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 Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]

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Joy Killamanjiro
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MessageSujet: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Mar 3 Nov - 12:26

[post de contexte]








L'Aria de la Ruche





« - C'est encore une nuit glorieuse qui s'annonce ce soir à Muzikland, une nuit fabuleuse puisque la troupe du Seigneur Barrak, qui répète depuis un an, se produit pour la première fois au sein du Palais Symphonique ! Oui, l'Opéra Onirique se tient enfin ce soir, et c'est tout Dreamland qui se presse pour voir la beauté du son raffiné, distillé par les meilleurs artistes de Muzikland ! Bien entendu, il faut, pour assister à cette première, une invitation parmi les rares envoyées par le Seigneur Barrak, qui a minutieusement choisi, sélectionné les plus fins auditeurs parmi les mélomanes, les passionnés parmi les connaisseurs, la crème des musiciens de Dreamland parmi les professionnels ! Je suis Théa Wilde, grande reportrice pour la Dream-TV, en direct ce soir pour vous, pour toi qui n'aura pas la chance d'être à Muzikland ce soir, mais rassurez-vous chers téléspectateurs, car nos oniro-caméras sont partout pour vous, pour que vous soyez au cœur de l'événement, au cœur de ce qui sera une soirée inoubliable dans le sein des saints de ce qui représente le summum de la musique et du son, dans toutes ses formes, dans Dreamland. Avant que les invités ne se présentent pour la fameuse montée des marches, je vous propose un micro-trottoir, avec de braves gens qui ont fait le déplacement pour toucher, essayer de parler ou du moins apercevoir les quelques noms célèbres qui nous sont parvenus !


- Alors vous, monsieur, vous attendez qui ce soir ? Patino Gervais, de la Tour des Arts ? Ou Augustine de la Fouillasse, nouvelle égérie du Dream Glam ?

- Euh vous savez moi j'suis pas du quartier, j'ai vu du monde et je pensais qu'il y avait de la soupe au gruau gratis...z'auriez pas deux trois essences de vie ?
- zap -
- Mademoiselle, que pensez-vous d'un tel événement ? C'est une bonne chose pour votre Seigneur ?
- Écoutez, je trouve qu'en cette période de crise profonde, les contribuables de Muzikland veulent avoir autre chose que du divertissement élitiste pour une centaine de personnes faisant partie de la classe dirigeante, privilégiée ! Ce simulacre aristocratique dit à toute la population de trimer pour divertir la grande bourgeoisie, et je le dis comme je le pense, ça va péter !
- zap -
- Monsieur, et vous Madame, pourquoi vous êtes venus là ce soir ?
- On est venu voir Tony de Borliday. Mon Joe est allé à tous ses concerts, on a tous les dixeuh de lui, il a même son visage de tatoué sur sa cuisse, hein dis-y Joe !
- zap -
- Madame, je vois que vous avez un dépliant de l'Opéra de ce soir ? Vous n'avez pas pu avoir une place ?
- J'ai bien essayé de demander une place à Barrak directement, mais la sécurité m'a empêché de lui parler ! C'est comme ça qu'on traite les fans maintenant, vous voyez ! C'est grâce à nous s'ils en sont là maintenant, c'est nous, les ptites gens, qui méritons de monter les marches de l'Opéra !


- Comme vous le voyez, des réactions enthousiastes, des gens qui sont impatients de voir les invités qui ne devraient pas tarder à arriver, d'ici quelques instants, incessamment sous peu, bientôt tout bientôt, j'en vois une qui arrive, non...attendez, je vais m'avancer un peu, c'est du direct hein, alors oui, ah non, c'était juste une personne qui tentait de passer les barrières pour entrer...je vais essayer d'avoir une interview exclusive pour Dream-TV, oui, pardon, oui, pardon, c'est Dream-TV...ah, voilà, oui, voilà jeune homme, vous avez essayé de passer les barrières, vous êtes en direct sur Dream TV, est-ce que vous pouvez dire en direct à nos téléspectateurs les raisons de votre geste un peu fou, nous voulons savoir !
- Oh bah il paraît que la Reine Désirée était de la fiesta ce soir, alors j'ai vu l'approcher, tenter ma chance quoi !
- C'était un geste très courageux, qui n'a pas été entendu par la sécurité si j'en juge par votre situation actuelle…
- Ouais, bon, ils m'ont fait un peu mal, sans doute une côte pétée, mais ça valait totalement le coup ! J'en profite pour faire une dédicace à ma Maman que j'aime très fort, tous les potes du Metal Garage, à savoir Pit Bull, Gros Marteau, Jambon-Beurre, Radis Noise, Vaness, Toto l'Escargot, Tobias, Mathieu sans Cheveux, euh...big up aussi à la classe de musique de Monsieur Larsen, Louisa, Bobo l'Alcoolo, Scarto, Noémie, et Philias pour la soirée de samedi – il comprendra c'que je veux dire ce con !
- Ah bah ça en fait du monde !
- Et aussi euh, voilà, j'aime une fille de la promo en secret, j'ai composé une sérénade en do mineur pour elle, alors euh, voilà, si elle veut l'entendre, j'suis à la place 250 de l'Amphi Mezzo, les nuits du mardi ou du jeudi, voilà...dédicace à toi Philippa. Et big représente à tous mes potes du quartier du Luth, les gratteurs des bars et à Barrak, notre Seigneur !

- Hé bien voilà qui promet ! Notre Seigneur a de nombreux fans ce soir, ce qui devrait donner une ambiance de folie autour de l'Opéra, son propre Palais, surtout que les premiers invités arrivent...alors alors...oh, je vois déjà une tête bien connue ! Salvatore Orycto, Prince du Royaume de Pâques !








- Salvatore Orycto, dont les talents de négociateurs ne sont plus à démontrer est aussi, on le sait moins, un virtuose du violon depuis son plus jeune âge, ce qui justifie complètement sa présence ce soir, de par son statut de jeune Prince de Dreamland, et par sa qualité de mélomane et de musicien accompli. On sait aussi par des sources sûres qu'il est l'ambassadeur de son père à Muzikland, ce qui nous laisse à penser qu'une alliance est possible entre ces deux royaumes, à condition qu'il n'y ait pas de fausses notes ce soir ! Salvatore a l'ouïe fine, et nul doute que son jugement musical pèsera dans les critiques lors du premier entracte !


- Derrière lui, et ce n'est pas vraiment une surprise, arrive Fumarola, le Seigneur de la Fumée
Oui, ce n'est pas une surprise car, comme chacun sait, Fumarola habite dans le palais des ambassadeurs, dans une cohabitation difficile avec Salvatore Orycto, sur le même sujet concernant la diplomatie entre Muzikland et le Royaume de Pâques. Leurs présences à tous deux montrent toute l'importance politique, nous dirons même géopolitique de cette soirée placée sous le signe de la musique et de la beauté ! Fumarola affiche tout de même son sourire habituel, une manière de dire qu'il vient avant tout pour le divertissement, et pour afficher clairement sa présence aux côtés du Seigneur Barrak.









- Après quelques instants, voici arrivée une voyageuse de dernière minute, et non des moindres, à savoir Cristobelle et Avril Smith, deux voyageuses accompagnées par une nouvelle reine de Dreamland, Cerana Apis. La première est la 46ème de la Major, et son pouvoir du scorpion, joint à son talent pour la chasse, l'ont rendue très célèbre parmi les voyageurs. Sa capacité de combat et son bonnet des plus absorbants l'ont amenée très loin, dans la cour des grands Seigneurs de Dreamland. Sa présence ici relève du remplacement, puisque son Seigneur, le Maître des Dunes Ocres, n'était pas disponible mais voulait souligner toute l'importance d'une invitation de Barrak, en envoyant son meilleur élément auréoler cette grande première. Il apparaît également que Cristobelle semble intéressée par la jeune reine insecte, Cerana Apis, dont l'installation récente à l'Arbre des Rêves a été suivie de près par les Seigneurs alentours, et par les Seigneurs insectes surtout. Nul doute qu'après ce soir, les scorpions compteront de nouveaux alliés...ou de terribles ennemis. Car Cerana Apis s'est distinguée par la création d'une race anthropomorphe, qu'elle poursuit dans sa ruche, pour dit-elle : « donner la voix de l'évolution à tous les insectes de Dreamland ». Une remarque qui n'est pas passée inaperçue, puisque Barrak a fait d'elle son invitée d'honneur, dans un Opéra titré l'Aria de la Ruche, la Reine Immortelle ! A ses côtés, Avril Smith, alias les Doigts d'Argent, la star capricieuse, la Jimmy Hendrix de la guitare Highway, a toujours ses habitudes ici, à Muzikland, et cette soirée n'est pour elle qu'un concert de plus, sans doute ennuyant en comparaison des tubes qu'elle a pu jouer elle-même dans toute la ville. Son avis précieux comptera, puisqu'elle fait partie des invités de marque de cette première.







- Pendant un temps, les marches furent vides, mais voici un nouveau couple qui arrive, mais qui n'est pas réellement ensemble dans la vraie vie : le jeune prodige Kurogane Ito, nouveau garde royal du Seigneur Barrak depuis son geste lors de l'attentat des Indépendantistes Dubstepistes ! Le sauveur du Royaume, messieurs-dames, qui mérite un tonnerre d’applaudissements ! A son bras, la Reine toujours très en beauté, Beryl, la pierre la plus précieuse de son Royaume selon les dires de Barrak, qui entretient avec cette femme aux goûts exquis une amitié de longue date, loyale et sans nuages, ce qui commence à devenir rare par les temps qui courent ! On imagine que ces deux-là ont beaucoup de choses à se dire, puisque Beryl possède son propre Royaume tandis que Kurogane, jeune Prince des Lances, est parti à l'aventure peut-être pour fonder le sien un jour, qui sait ?







- Non loin, je vois déjà un couple arriver, mais il ne se tient pas par le bras, c'est même tout le contraire ! Et pour cause, je vois qu'il s'agit de Lysandre Videl, le 2507ème de la Major, un espoir pour le Royaume du Temps, qui commence à se faire un nom, à commencer par son aide cruciale dans l'émergence de Cerana Apis à l'Arbre des Rêves. Il est évident que la Reine a voulu remercier les personnes qui l'ont aidée à devenir pleinement une reine reconnue par ses pairs de Dreamland, sans quoi il ne serait peut-être parmi tous ces gens qui nous font rêver, mais selon nos dernières sources, il aurait été d'un sang-froid et d'une humanité pour faire renaître la Reine...ce qui le rend aussi exceptionnel que tous les autres invités ce soir. La femme derrière lui est d'une toute autre trempe, puisqu'il s'agit de la directrice des forces musicales, qui font régner l'ordre dans Muzikland. J'ai nommé Daphnée la Cantatrice, celle qui est la seule entraînée par Barrak à la Todo Vocce, la Technique des Mille Voix. Une voyageuse d'exception, numéro 26 de la Special suite à l'arrestation du criminel sauvage et sourd Ethyl Batyron, qui s'était emparé du palais pour le faire sauter. Il paraît que Daphnée a postulé pour jouer le rôle principal de l'Opéra, mais Barrak a préféré Sandra Cocotte dans ce rôle très particulier de Reine insecte. Pour les mélomanes qui nous regardent ou qui nous écoutent, nous savons tous que nous pourrons retrouver Daphnée avec son groupe de Technovores et sa dubstep vocale dans les endroits d'habitués du Royaume, nous parlons entre connaisseurs !







- Ah, je vois qui arrive maintenant, et ce n'est pas une surprise ! Adémard, le grand critique de toutes formes artistiques, arrive maintenant dans sa traditionnelle écharpe de velours orange ! Il est évident qu'il est un invité d'exception et de classe superbe pour une telle soirée, qu'il relèvera sans nul doute par sa critique, ses visions, et son opinion qui fait toujours sens ! On avait parlé de Crystyna, la célèbre rubriqueuse de mode du Dream Mag, qui fait la pluie et le beau temps dans la mode onirique, qui a travaillé longtemps au Dream Glam avec Adémard, et qui entretient encore la flamme dans le journal, mais un changement de une sur la dernière robe d'Athia l'a retenue au journal, et c'est Adémard, le directeur de la rédaction, qui a pris sa place, et quelle place ! Nous serons après la représentation pendus aux lèvres de cet homme dont le métier se conjugue à la perfection à la beauté, qu'il connaît par cœur…









- Juste derrière lui arrive un invité attendu également, Lord Chyropterion, dont la fortune arrose littéralement une bonne partie des royaumes de Dreamland. Vampire et philanthrope, artiste et milliardaire, sa présence est évidente sur bien de points, et l'on suppose, dans la case politique, que son déplacement n'est pas uniquement dû à l'amour de l'art, dont il est friand. Rassurez-vous, habitants de Muzikland, les finances de Barrak sont excellentes, mais l'argent appelle l'argent, la richesse se parle toujours dans le même langage, avec l'opulence...Le raffinement du Lord dont la bibliothèque en marge de Kazinopolis concurrence celle du Seigneur des Mots est en tout cas visible et somptueux, une fois de plus !










- L'Opéra va bientôt commencer et nous allons rentrer avec les derniers invités, je crois que nous avons fait le tour des plus célèbres des personnes présentes, à moins que certains se soient faufilés entre les mailles du filet, ce qui est fort possible connaissant quelques habilités de camouflage des voyageurs voire même des seigneurs ! Nous allons rentrer à l'intérieur du Palais sous peu, ce qui nous permettra de voir si certains ont réussi à nous esquiver, mais j'en doute ! Oh, que vois-je, un couple de retardataire arrive, on ne l'attendait plus à vrai dire ! Attendez, que je reprenne mes fiches...montre-les à l'écran, Rodrigo, je galère là tu vois bien…














- Ah oui, il s'agit de Lilianne, qui se fait appeler Lilianna, la jeune Princesse itinérante du Royaume des Wordmen, Héritière à la troisième place du Royaume des Mots. Les mauvaises langues l'appellent la Princesse du Camping, mais elle est aussi Celle qui se trouve dans toutes les zones de Dreamland, à la recherche, selon l'article on ne peut plus mince qu'elle a laissé au Dream Mag, de la beauté dans le voyage, de l'aventure dans le commun, et de la passion dans la rencontre. On pourra noter qu'elle n'a pas enlevé son habituel sweat violet montrant ces horribles yeux, comme quoi l'Opéra accepte toutes les tenues autorisées...règle respectée par le jeune homme qui la suit en dégageant la cravate de son costume, je crois reconnaître Joy Killamanjiro, illustre anonyme dont le nom parcourt la périphérie de Mathematica, environ 400ème de la Baby League, et qui a participé à l'installation de Cerana Apis avec Lysandre Videl. Le jeune protégé est donc le dernier à passer les portes avec nous...ah non, il a un souci avec sa carte d'invitation, ce qui fait beaucoup rire la Princesse, mais voilà Cerana qui apporte une autre invitation...ah, la jeunesse…c'est tout pour l'instant, je vous laisse en compagnie du spectacle, l'Aria de la Ruche, par Barrak, Seigneur du Son, bonne séance, et on se retrouve à l'entracte ! »





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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Mar 3 Nov - 14:33

- Alors, mon ptit bonhomme, vous la voulez comment cette coiffure ?
- Heu, classe. J'ai un truc après !
- Vous êtes bien conscient que je suis luthier spécialisé dans la lyre, pas dans la coiffure ? Je me débrouille avec le bois, les cheveux c'est autre chose !
- Vous êtes le coiffeur le plus près sur le chemin...
- Ça doit venir du fait...que je ne suis pas coiffeur, mon gars !
- Tentez quelque chose, on verra bien, j'suis déjà à la bourre !

Joy devant la glace, fermait les yeux et respirait fort pour se calmer. Il savait que cette nuit changerait à jamais sa vision de Dreamland. Les "grands", dont parlaient tant ses frères et sa sœur, seraient présents, et lui parmi eux, paumé comme un nombre négatif au milieu d'un ensemble positif. Seulement invités parce que Cerana Apis, la reine qu'il avait aidée à s'installer après l'écroulement de son nid à l'Arbre des Rêves, avait sympathisé ou quelque chose dans ce genre là avec Barrak, le Seigneur du Son. Il fallait au moins reconnaître que Cerana avait le sens de la reconnaissance, mais peut-être un peu trop prononcé au goût du jeune voyageur. Il s'était senti prêt, jusqu'à arriver en marchant devant le palais Symphonique, l'Opéra de Muzikland, le palais du Seigneur lui-même, un bâtiment imposant et richement décoré, dont des rumeurs indiquaient un événement important ce soir. Joy était alors rentré dans la première boutique venant, un luthier spécialisé dans la lyre bon marché mais sonnant juste, un brave type essayant de le coiffer devant un miroir fissuré.

- Faites comme avec vos lyres, s'il vous plaît, c'est important !
- J'essaie, mon gars, j'essaie...c'est pas évident, j'ai jamais coiffé personne...
- Faites de votre mieux...vous êtes mon seul espoir !
- Pourquoi vous vous mettez dans cet état ? C'est juste un opéra...l'Opéra de Barrak, l'un des grands Seigneurs de Dreamland, qui aura invité tous ses meilleurs amis, contacts, éléments, alliés...dans une pièce qu'il aura lui-même créé, ce qui ajoutera de la grandeur, j'aimerais bien avoir une place moi-aussi...hé, gamin ? gamin ! t'es en train de glisser !

Joy, à force que le vieux luthier moustachu (très joliment d'ailleurs) énonçait les forces en présence, glissa petit à petit pour se retrouver au sol à se lamenter sur la misère évidente de sa tenue. Il avait rêvé d'un marcel rouge marquant "Pentakill", un pantalon ample noir et ses tongues habituelles quand la lettre lui était parvenue.




Le ptérodactyle-postier s'était excusé du retard, en raison de l'impossibilité de trouver Joy facilement dans Dreamland. Du coup, il avait l'invitation pour le soir même, et s'était dépêché de prendre un métro pour aller à Muzikland. Il ne remettrait plus les pieds dans le métro, mais ceci était une autre histoire...
Il se regarda dans le miroir et vit une coiffure ressemblant vaguement à trois grosses mèches...il ressemblait au chanteur M, mais en moche, ce qui était déjà quelque chose. Ne tenant plus, il prit les ciseaux et coupa ses cheveux longs. Il verrait dans les nuits suivantes s'ils repoussaient...au pire, ça resterait comme ça, et ça passerait pour l'Opéra. Il enleva tous les cheveux comme il put, demanda un sèche-cheveux au luthier, ou un balai ou n'importe quoi, et le vieux revint avec un plumeau et une bouteille violacée. Il en servit un petit verre au voyageur, qui regardait le breuvage, un peu méfiant.


- Vous m'empoisonnez pas j'espère ?
- Aucune chance mon gars, c'est une spécialité de luthier. On appelle ça le Vibratoire, on en boit quelques gouttes pour tester d'oreille l'accord des instruments qu'on fabrique...c'est presque un outil de travail...à 65%, soit !  
- Ça a un goût de cassis...
- Y'en a.
- Et de poire.
- Ça non.

Joy but d'un trait sec le breuvage, toussa fortement en se massant la gorge. Des cordes tranchantes de miel cisaillaient sa gorge qui brûlait de l'intérieur, en bulles sonores. Il rotait effectivement de manière mélodique et incontrôlée.

- Effets secondaires.
- Je peux te prendre une petite bouteille de ce truc ? J'ai un ami qui sera sans doute très intéressé par ça...puis je lui ai rien ramené, la loose...


Se sentant d'un coup beaucoup plus tranquille et titubant, Joy coiffa une dernière fois ses cheveux, retira son bandeau et ajusta son costume. Le résultat était plus ou moins réussi, le costume était sale puisqu'il l'avait piqué à un voyageur rencontré dans le métro après une baston malencontreusement perdue entre ce dernier et un voyageur léonin qui lui avait rendu quelques heures de sommeil, tendance inconscience. Il embrassa comme un fils embrasse son paternel le vieux luthier et lui promit de revenir après l'Opéra, dans six heures. Déglutissement douloureux en pensant aux six heures de spectacle, mais Joy partit d'un bon pas, et commença à chantonner, à parler avec des gens, demander du feu pour une petite clope, si bien qu'il s'aperçut qu'il s'était perdu dans la ville, ou plutôt que l'Opéra, le palais où se passait la cérémonie, était à l'opposé de là où il se dirigeait. Il activa son pouvoir et traça dans les rues, tout en jurant qu'il ne serait jamais à l'heure. Finalement, il arriva avant-dernier, avec une jeune créature qui le stoppa net dans son élan, et fort heureusement, devant les marches du palais où la foule s'amassait, quelques journalistes, qu'il n'avait pas remarqués de suite. Il ajusta sa cravate qui l'étranglait et lui donnait envie de vomir le Vibratoire, mais il tint bon, passa devant la jeune créature habillée pour une séance de glande entre lycéens et salua la foule. Il remarqua qu'elle avait les oreilles pointues, et que des gens tentaient de l'approcher, de la toucher. Sans doute une célébrité inconnue de Joy, comme il y en aurait beaucoup...

Approchant du personnel vérifiant les cartes d'invitation, Joy tendit la sienne, qui fut refusée de manière impassible par une sorte de majordome tout aussi indifférent au sort du jeune ado.


- Y'a un souci ?
- On n'a pas de Killimankiro sur les listes, monsieur, veuillez faire demi-tour.
- Mais c'est moi, je m'appelle Joy Killimanjiro, vous avez mis un k au lieu du j !
- Veuillez faire demi-tour monsieur, ou nous appelons la garde sonore !
-Je vous dis que l'erreur vient de vous...je pensais que ce serait anecdotique, mais je ne savais pas qu'on était au Royaume des...

Il fut interrompu par les rires de la jeune créature derrière lui, que la scène faisait visiblement pouffer. Joy se retourna, la dévisagea, et se surpris à être un brin gêné par le regard de la fille, qui assumait complètement son comportement vis-à-vis d'un inconnu. Le voyageur essaya de lancer une réplique avant de partir, quand une main frêle se posa sur son épaule, suivie d'une voix qu'il connaissait.

- Bonsoir, cher ami. Des problèmes avec votre invitation je présume ? Barrak a mal compris quand je lui ai épelé Killamanjiro...alors qu'il m'a dit connaître votre mère il y a quelques années, pourtant.
- Reine, enchanté de vous revoir en une telle occasion.


Oubliant les convenances, Joy lui fit la bise comme s'il s'agissait d'une amie normale, ce qui offusqua ou charma le public autour, et fit hausser un sourcil amusé à la jeune créature. Cerana Apis, loin d'être choquée, rosit légèrement des joues et présenta une autre carte au voyageur, celle-ci comportant le bon nom de famille, corrigé.

Spoiler:
 

- Ce sera bon avec ceci monsieur ?
- Veuillez entrer, et pardonnez-moi, monsieur.
- L'erreur est humaine, et donc manifestement de chez vous. Bonne soirée tout de même, vous ne faites que votre travail !

Entrant dans le hall, Joy donna "son" costume, releva ses manches et prit une flûte d'un champagne puissamment orangé, très fruité, très relevé dans ses bulles. Cerana Apis lui glissa à l'oreille, telle une mondaine confirmée, qu'ils se retrouveraient dans la salle, mais que le hall était le premier endroit pour se rencontrer, juste avant le spectacle qui débuterait dans 20 minutes. Le temps de se jauger, selon elle. Elle s'éloigna vers ce qui devait être un lapin habillé en aristocrate. Joy vit Lysandre occupé à discuter, et n'osa pas le déranger tout de suite, alors il resta tout seul, à observer tranquillement en lisant le dépliant du spectacle. Il retint un sourire choqué quand il vit le résumé de la pièce, reprenant quasiment biographiquement l'histoire de l'Arbre des Rêves de Cerana Apis...la Reine sous terre, la trahison de l'être aimé, la guerre civile du nid, le réveil de la Reine, l'escalade vers la surface et enfin l'affirmation royale de la Reine...tout y était, sauf Lysandre et Joy. De quoi présager de passer un bon moment. Perdu dans ses pensées, les souvenirs des combats, le clan de ses coccinelles, il ne vit pas la jeune créature entrée avec lui s'approcher et le dévisager.

- Vous venez souvent dans un Opéra dont vous ignorez tout ?
- Pardon ?
- Vous lisez ce dépliant comme si vous découvrez l'histoire de la pièce.
- On peut dire ça comme ça, ouais. Je découvre.
- Et que pensez-vous du choix de Sandra Cocotte comme cantatrice ?
- Quissa ?
- Sandra...Cocotte.
- C'est son vrai nom ou c'est un pseudo ?
- Heu...si on en croit son interview dans le Dream Mag de cette semaine, c'est son vrai nom.
- Ha d'accord. Jamais entendu parler d'elle, et très franchement, je m'en fiche. Je viens pour voir deux amis.
- Oh, je vois.

Joy, finissant son verre, observa la jeune fille qui semblait blasée, en regardant la foule présente dans le hall.

- Et vous, pourquoi venez-vous ?
- Les pièces de Barrak me font pleurer, toutes. Il y a tant d'émotions, de musicalité, de raffinement...j'espère que l'histoire sera intense, aussi.
- Je peux toujours vous donner quelques infos en avance, j'ai mes sources.
- Ah oui ?
- On peut dire ça comme ça, ouais.
- Non mais non...ça me plairait...mais je veux garder la surprise...le suspens...l'émotion, vous comprenez ?
- Comme vous voulez. Mais à un moment...il se passe quoi déjà ?
- Taisez-vous !
- Sinon je m'appelle Joy. Enchanté mademoiselle...euh...?
- Joy ? Le Joy de la Reine Cerana ? Euh...Lilianna...salut.
- Ça ne va pas ?  
- Je ne pensais pas qu'il était si jeune, en fait.  
- Il aime bien parler à la troisième personne du singulier malgré son jeune âge, oui.  

La jeune fille se mettait à sourire. Cela rassurait Joy...on ne pouvait pas avoir 20 ans et venir s'emmerder dans un tel endroit à cet âge...sauf si on est invité par une Reine de Dreamland. Cette pensée lui fit venir une question à poser à la jeune fille, mais celle-ci était en train de parler à une vieille créature ; Joy la quitta, quand un jeune en costume et nœud papillon se présenta à lui en le prenant par le bras, assez fortement.

- Que ce soit clair, blanc-bec, la Princesse des Mots, c'est chasse gardée.
- Okay, alors je veux bien qu'on soit entre gentlemen, mais tu as deux secondes pour me lâcher le bras, mon vieux. Et j'vois pas de quoi tu parles, accessoirement !
- Tu parlais à la Princesse des Mots, Lilianne. T'imagine pas pouvoir faire quoi que ce soit pour atteindre sa famille, on la surveille.
- C'est bien pour toi, mec, mais j'vois pas en quoi ça me concerne...
- Vous êtes bien tous pareils, vous les voyageurs...
- Ecoute, je vais aller me reprendre un verre, je vais aller voir un ami, et on va faire comme si tu ne m'avais jamais parlé, ça t'évitera les regards gênés pour le futur. Compris ?
- Quoi ? Tu penses pouvoir me donner des ordres ? Je suis...
- Allez, salut...

Tous des cinglés, dans cet Opéra. Prenant une deuxième flûte, Joy vit Lysandre venir vers lui. De quoi trouver une conversation digne de ce nom, sans s'emmerder avec les gens de la haute. Joy pensait cela fortement, mais une envie irrésistible le faisait loucher de temps en temps vers la Princesse non loin. Peuh.


Dernière édition par Joy Killamanjiro le Jeu 5 Nov - 23:07, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Jeu 5 Nov - 22:57


En parcourant les lignes de son invitation, Lysandre se caressa machinalement le menton du bout des doigts en affichant un air circonspect. Une fois sa lecture terminée, il fit glisser son regard du courrier à sa factrice. La créature était quelque chose de vraiment spécial. D'abord parce que pour parvenir à le retrouver dans un tel endroit tenait soit du miracle, soit de l'entourloupe. Il se trouvait bel et bien au milieu de nulle part avant qu'elle n'arrive, allongé sur un promontoire herbeux au cœur d'une plaine déserte. Pour une fois, il avait choisi d'oublier Chronos, d'oublier Verne, de ne rendre compte à aucun des Meteors qu'il avait récemment rejoints et de mettre de côté la quête de l'Arbre des Rêves. Il voulait simplement passer la nuit à siroter une des dernières bouteilles de vin d'Ingurgite qui lui restaient en observant les phénomènes uniques dans le ciel qui surplombait cette plaine déserte. Il ne savait pas vraiment, d'ailleurs, ce qui était à l'origine de ces aurores boréales multicolores qui se découpaient en visages et formes reconnaissables, porteuses de sens. Il n'y avait pas vraiment de Rêveurs dans les environs, ni de créatures. Le spectacle était juste beau, et il aurait aimé pouvoir en profiter jusqu'à son réveil, dans la solitude apaisante qu'il avait appris à apprécier depuis qu'il connaissait le monde des rêves. Le plaisir de perdre du temps lui était désormais infiniment précieux.

Mais si l'on omettait qu'elle était passée outre cette isolation qui aurait dû rendre le Contrôleur du Temps introuvable, la factrice était tout à fait singulière dans son genre. Petit brun de femme à couettes rousses, elle arborait deux oreilles pointues caractéristiques et une paire de dents de castor proéminentes. Son visage, humain, était recouvert de tâches de rousseurs que seuls parvenaient à percer ses deux yeux émeraude brillants comme des lampes derrière ses lunettes à hublot. Elle était vêtue d'une tenue colorée de arlequin qui se terminait en deux longues babouches dorées, et de derrière son dos battaient frénétiquement une paire d'ailes de fée. Pour compléter ce tableau improbable, une longue besace de postier lourde d'une multitude d'enveloppes et de cartes pendait en travers de sa poitrine, ne semblant pas l'handicaper outre mesure dans son évolution à travers les airs. Si une chose pareille avait pu le retrouver sans problème, que penser de l'incapacité de Verne à mettre la main sur lui ?

"Z'avez un problème m'sieur ? Fit la fille d'une voix haut perché incroyablement agaçante, profitant de sa réplique pour faire une bulle du chewing-gum qu'elle mâchait depuis le début.
- Je me demandais simplement comment vous êtes parvenue à me trouver.
- Hé, j'suis postière moi hein. C'est mon boulot de trouver les gens."

Silence. Lysandre n'avait pas grand chose d'autre à ajouter et attendait que la gamine le laisse seul.

"Bah j'attends mon pourboire ! Faites pas vot' radin, pour être invité par Barrak en personne vous d'vez en avoir plein les fouilles."

Soucieux de s'en débarrasser, il fouilla dans ses poches pour trouver quelques restes d'essence de vie qu'il lui envoya d'une pichenette. Il crut percevoir des dollars s'afficher dans les yeux de son interlocutrice qui effectua un salto sur place, avant de lui dire aurevoir et de prendre de l'altitude. Toujours un peu surpris de lire son nom sur un tel papier de prestige, il s'y reprit une deuxième fois pour bien être sûr qu'il n'y avait pas erreur. Ce n'était pas le seul problème auquel il était confronté, puisqu'il n'avait pas la moindre idée de comment rejoindre Musikland à partir de cet endroit. En outre, le fait d'être ainsi exposé à la lumière et aux mille yeux de Dreamland n'était pas ce qui était le plus discret s'il voulait continuer à passer sous les radars du Seigneur du Temps. Mais avait-il encore envie de fuir ? Cela faisait plus d'un an qu'il était Voyageur, désormais en ligue M, et comptant à son actif un certain nombre de succès non négligeables. Peut-être était-il temps de sortir de l'ombre, et d'oser faire un doigt d'honneur à Chronos. Un de plus. Cette réflexion parvint à le convaincre que répondre à l'invitation du Seigneur du Son était probablement la bonne chose à faire. Il n'en était qu'au début de sa nuit, aussi avait-il un peu de temps devant lui, mais il s'agissait de ne pas trop traîner non plus. Si Barrak était un Seigneur comme il avait l'habitude d'en croiser ou d'en entendre parler, il devait être à cheval sur les mots et le risque de trouver les portes de l'Opéra closes malgré son carton n'était probablement pas une fable.

Aussi Lysandre se pressa-t-il en usant de son pouvoir d'accélération temporelle sur lui-même, abandonnant son spot idyllique pour se diriger vers la dernière ville qu'il avait croisée sur sa route. De là, il se renseigna sur le meilleur trajet possible pour atteindre Musikland en un minimum de temps. Le métro restant la meilleure option, il emprunta une ligne qui l'amena directement à destination. Il ne fit guère de mauvaises rencontres hormis une petite frappe qui avait voulu lui prendre son manteau mais qui avait détalé dès lors que la Dague du Temps avait brillé de son éclat d'argent une fois hors de son fourreau.

Le jeune homme s'arrêta directement au quartier civil afin de trouver un endroit où se changer et se préparer à l'événement. En sortant de la gare, il constata qu'il y avait là toute sorte de créatures et de Voyageurs qui évoluaient librement à travers les rues. Il traversa une avenue bondée jalonnée par des boutiques et des bouis-bouis de toute sorte, jusqu'à tomber sur l'objet de sa recherche. Un tailleur de luxe, qui se présentait sous la forme d'une boutique blanche aux fenêtres quadrillées, et dont le panneau indiquait en lettres stylisées: The Swift Tailor. Effaré, Lysandre ne put retenir un hoquet de rire. Quelles étaient les probabilités pour qu'une boutique porte le même nom que sa technique de combat ? Il y avait peut-être là-dedans une influence temporelle qui dépassait la seule coïncidence. Sans doute une forme de prescience, de réminiscence inversée ou quoi que ce soit auquel il ait pu se montrer sensible par le passé. Ou dans l'avenir relatif, avec répercussions à travers les trames. Laissant sur le pas de la porte les considérations métaphysiques sur les probabilités temporelles, il pénétra à l'intérieur.

Une foule de mannequins vêtus de tenues de soirées masculines et féminines s'y entassaient, cumulant autant de chapeaux hauts-de-forme que de voiles de mariées. Çà et là, des mètres ruban pendaient de chaque côté des épaules, près à l'emploi. Le point commun à tous ces vêtements sauta aux yeux de Lysandre lorsqu'il remarqua que chacun d'entre eux comportait un accessoire métallique étrange en forme d'instruments de musique toujours différents, de taille peu encombrante mais suffisamment importante pour être voyant. Au bureau, à côté d'une caisse enregistreuse se trouvait une vieille femme à l’œil malicieux et aux oreilles pointues qui l'observait en silence. Il s'approcha, la gratifiant d'un sourire avant de lui adresser la parole.

"Madame, bonjour.
- Bonjour jeune homme, en quoi puis-je vous être utile ? Fit-elle d'une voix chantante.
- Je ne suis pas très au fait des coutumes vestimentaires de Musikland, je pense donc qu'une démonstration vaut mieux qu'un long discours."

Ce faisant, il sortit son invitation d'un pli de son manteau et la présenta à son interlocutrice. D'un air amusé, celle-ci la parcourut rapidement avant de la lui rendre et dressa un doigt dans les airs, qu'elle se mit à agiter sous son nez.

"Ah... Oui, tout le monde ne parle que de ça ces derniers temps. La fameuse Aria de la Ruche qui va mettre à l'honneur Cerana Apis. Alors comme ça vous êtes un des invités de Barrak ? Hé beh."

Lysandre dressa un sourcil. Cerana Apis. Cela commençait à faire un moment qu'il avait vécu son aventure avec l'Arbre des Rêves, et avec elle sa rencontre de la Reine insecte. En se remémorant cet épisode, il fit rapidement le lien et se demanda si la concernée n'était pas à l'origine de cette invitation. Après tout, il n'était pas suffisamment reconnu dans Dreamland par ailleurs pour pouvoir bénéficier de la considération d'un Seigneur tel que Barrak. Si Cerana Apis était directement le sujet de la pièce, il n'était pas improbable qu'elle lui ait demandé de l'inviter. A bien y réfléchir, il n'y avait d'ailleurs pas d'autre explication. Lysandre s'interrogea d'ailleurs également à propos de Joy qui avait peut-être été invité aussi, lui qui avait partagé cette péripétie en sa compagnie. Il n'eut pas le temps de méditer à la réponse car déjà la vieille femme se levait pour s'emparer d'un mètre-ruban et contournait son bureau pour le rejoindre.

"Ça va vous coûter dans les quelques centaines d'essences de vie pour avoir quelque chose de présentable qui convienne à votre taille, jeune homme, fit-elle en commençant à prendre ses mesures.
- Je n'ai malheureusement pas grand chose sur moi. En revanche, connaissez-vous les vins d'Ingurgite ?"

La créature s'arrêta, repassant devant lui et le fixant droit dans les yeux de son air malicieux.

"L'un des meilleurs crus qu'il m'ait été donné de goûter au cours de ma longue vie, jeune homme. Mais pas donnés, d'autant que les producteurs eux-mêmes se livrent à un marché noir qui ne cesse de faire grimper les prix de la distribution classique. Vous en avez ?
- Je connais bien les producteurs, croyez-moi. Et voyez-vous, il m'en reste actuellement deux bouteilles."

Trois, en vérité, mais Lysandre refusait catégoriquement d'envisager abandonner le tout à la vieille. Celle-ci ne le fit de toute façon pas attendre en le voyant sortir de moitié les dites bouteilles de sa sacoche, lui offrant un visage lumineux.

"Vendu. Bougez pas, j'en ai pour deux minutes."

Elle disparut dans son arrière boutique et lorsqu'elle commença son travail, le Voyageur temporel perçut des flash lumineux provenir de derrière la porte, ainsi qu'une succession de courtes mélodies dissonantes. Lorsque la cacophonie multicolore s'arrêta, elle reparut devant lui, les bras chargés d'une tenue d'un gris anthracite resplendissant. Pas vraiment gêné par la perspective de se dévêtir devant une femme qui avait dû en voir d'autres et des nombreuses, il retira ce qu'il avait sur lui pour enfiler le costume. Il alla se poser devant un miroir juché entre deux mannequins pour admirer le résultat. L'habit était taillé au poil, s'ajustant à ses contours avec ce qu'il fallait de marge. Son œil fut ensuite attiré par son visage, qui lui paraissait plus large, plus masculin encore qu'à l'accoutumée et dont quelques poils de barbes apparaissaient sur ses joues. Ce qui le frappa le plus furent ses deux prunelles qui avaient perdu leur bleu marine pour arborer une couleur d'or inhabituelle. Il avait l'air encore un peu plus noble qu'à l'accoutumée. Presque monarque. Stupéfait, il se tourna vers la vieille et lui présenta sa mine interrogative. L'intéressée émit un petit rire.

"Vous allez à l'opéra, non ? Il est bien normal que le masque qui couvre votre visage chaque jour soit un peu différent une fois proche de la scène. Ne retirez pas le piano accroché à votre poitrine, ça gâcherait l'effet magique."

Lysandre porta deux doigts au petit badge métallique qui répondait à son interrogation préalable à propos du point commun à chaque tenue de la boutique. Très satisfait du résultat, il sourit à la vieille femme et déposa les deux bouteilles promises sur son guichet, se retournant pour sortir en lui glissant une politesse. Juste avant qu'il ne passe la porte, elle lui lança:

"Et vos autres vêtements ?
- Je viendrai les récupérer à la fin. Veillez bien sur eux."

Après quoi il sortit. Sans perdre de temps, il se dirigea en direction du Palais selon les indications des passants, cherchant toujours la voie la plus courte. Il parvint finalement en bordure de ce qui était le quartier militaire et aperçut des véhicules de transport marchant au son, vraisemblablement destinées à traverser cette zone du Royaume pour aller jusqu'à l'Opéra si l'on se fiait aux indications chantées par quelques poteaux indicateurs. Il se dit alors qu'il arriverait bien à l'heure, ce qui fut un soulagement pour lui. En s'approchant de la première voiture venue, il fut soudainement arrêté par une main qui se posa sur son épaule. En se retournant, il fit face à un type qui faisait bien sa taille, ce qui était assez rare pour le souligner. Une créature visiblement, et un policier musical au regard de son uniforme et de son maintien strict.

"Vous êtes Lysandre Videl ? S'enquit-il abruptement.
- Oui c'est bien moi, répliqua le jeune homme en dégageant son épaule d'un mouvement appuyé. C'est pour quoi ?
- Le Seigneur Barrak vous souhaite la bienvenue à Musikland. Suivez-moi, nous allons vous conduire au Palais séance tenante."

Sans ajouter de fioritures à son discours, le soldat s'éloigna en direction de ce qui ressemblait à un poste de garde. Agréablement surpris, le jeune homme lui emboîta le pas et le suivit jusqu'à arriver devant le dit poste, devant lequel un large véhicule de luxe semblait l'attendre. Le type se posta près d'une porte qui s'ouvrit à son approche et fit signe à Lysandre d'y pénétrer. Intrigué par un tel traitement de faveur, le Contrôleur du Temps entra et l'on referma la porte derrière lui.

"Alors c'est vous, fit une voix féminine."

En face de lui se trouvait une femme relativement jolie, à la coiffure stricte et à l'air rude. Les yeux saphir et perçants, les traits fins, elle était vêtue d'une longue robe de soirée bleu pastel qui recouvrait ses jambes croisées, et arborait une paire de boucles d'oreille clinquantes. Le genre de beauté froide qu'il lui arrivait de dérider après quelques verres à moitié vide. Au vu de son attitude et de ses bras replié autour d'elle, la jeune femme l'avait expressément attendu là. Même si la raison lui en échappait, Lysandre fut flatté de l'attention et lui adressa un sourire charmeur. Ses traits lui disaient vaguement quelque chose, mais il ne parvenait pas à mettre le doigt dessus.

"Bonsoir. Je n'ai pas l'honneur de savoir à qui je m'adresse.
- Vraiment ? Et si je dis Daphnée la Cantatrice ?"

Lysandre se départit immédiatement de son sourire au profit d'une mine de surprise non feinte. Juste en face, à portée de bras, se trouvait la 23ème de la ligue S. Avoir reconnu ses traits n'était plus un mystère, dans la mesure où il avait déjà vu son visage apparaître sur les Dreamags. Elle n'était pas qu'une combattante exceptionnellement puissante, puisque du fond de ses souvenirs remontèrent des lectures où il avait apprit sa fonction de chef de la police de Musikland. En marge, elle était également à la tête d'un groupe d'électro qui rencontrait un réel succès.

"Ne faites pas cette tête là, fit-elle avec emphase. Et n'allez pas vous faire des plans sur la comète. Si je veux vous avoir près de moi ce soir c'est pour éviter que vous ne laissiez libre court à votre... originalité, au cours de la soirée.
- Pardon ? S'enquit Lysandre qui reprenait le fil de la conversation.
- Il faut vous faire un dessin ? Si ça n'avait tenu qu'à moi j'aurais purement et simplement annulé votre invitation. Mais Barrak tenait à votre présence, pour faire plaisir à la Reine Apis. Alors il faut faire avec.
- Et pourquoi cette hostilité ? Demanda le jeune homme qui commençait à être piqué dans son orgueil.
- Oh, vous ne me la ferez pas à moi, répondit-elle en le fustigeant du regard. Plus personne n'en parle parce que ça remonte à plus d'un an et que vous vous êtes plus ou moins tenu tranquille depuis... Mais je suis parfaitement au courant de ce que vous avez fait à l'époque. Vos pauvres congénères... Vous êtes un Voyageur Killer depuis ce moment. A dimension fratricide, par-dessus le marché.
- Ha."

A ce moment, la voiture s'ébranla et se mit en mouvement. Il y eut un moment de silence. Le visage plein de colère, Daphnée semblait outrée par le comportement de son interlocuteur. A dire vrai, Lysandre lui offrait une expression complètement neutre, qui montrait que tout ça lui passait complètement par-dessus la jambe. Et cette attitude la rendait furibonde.

"C'est mon rôle de me renseigner, je suis l'inspectrice générale de la police musicale. Je ne me suis pas arrêtée là. J'ai aussi fait un tour du côté de votre vie dans le monde réel.
- Vous êtes une sacrée stalkeuse, fit le jeune homme d'un sourire goguenard."

Daphnée s'empourpra sous les nerfs qui commençaient à la tendre sérieusement. Lysandre ne se cachait pas de se moquer ouvertement d'elle et manifestement, c'était plus qu'elle ne pouvait en supporter. Elle semblait au bord de la rupture.

"Vous êtes flic. On devrait se comprendre. Pourquoi un tel décalage avec vos activités dans Dreamland ? Des complexes refoulés ?
- Simple question de conséquences. Vous êtes consciente que tout ça n'est pas réel, n'est-ce pas ? Je n'ai jamais tué personne.
- Vous vous croyez si malin. Soyez bien sur vos gardes, car à la moindre entourloupe je vous réduis en poussière. Vous écraser ne me prendra pas plus d'un instant, gardez ça à l'esprit. Barrak n'a pas besoin d'un scandale dans son propre Opéra.
- Si scandale il y a, il ne viendra pas de moi. Tiens, dites-moi, vous qui êtes si bien renseignée..."

La Voyageuse fronça davantage encore les sourcils, n'appréciant véritablement pas que son interlocuteur se paie sa tête.

"... Est-ce que Joy a été invité ? J'apprécie bien ce gamin, et honnêtement l'avoir dans les parages allégerait un peu ma conscience.
- Joy Killamanjiro, oui. La Reine Apis a également souhaité sa présence. Il est bien moins susceptible de poser des problèmes que vous, c'est un chouette garçon d'après ce que j'ai pu apprendre de lui. Quelqu'un de bien qui n'a pas besoin d'être surveillé, lui au moins.
- Vous me brisez le cœur.
- Taisez-vous. Je ne veux plus rien entendre jusqu'à ce que nous arrivions."

Le sourire aux lèvres, Lysandre esquissa un simulacre de révérence du bout des doigts et obtempéra. Le reste du trajet se déroula dans le calme, la jeune femme gardant les yeux rivés sur la fenêtre et ignorant superbement le Contrôleur du Temps.

♪ The Red Carpet ♪

Ils ne mirent pas bien longtemps à traverser le quartier militaire, et parvinrent finalement en bordure de l'immense Palais de Musikland. Le bâtiment s'offrit à la vue de Lysandre avec majesté, lui rappelant la signification du mot "opulence". En pénétrant dans une masse populaire qui se densifiait rapidement, le véhicule dut ralentir progressivement jusqu'à s'arrêter. Daphnée, d'un signe de la tête, intima à Lysandre de la suivre lorsqu'elle descendit. Il lui emboîta le pas et il finirent les derniers mètres à pieds, la foule se fendant sur le passage de la célèbre Voyageuse. Le visage indéchiffrable, Lysandre marcha à ses côtés et ils s'approchèrent des marches de l'Opéra tel un couple désaccordé, l'un et l'autre regardant de chaque côté sous les flashs des appareils et l'agitation ambiante. Un pas après l'autre ils gravirent l'escalier prestigieux comme s'ils nageaient dans une galaxie de lumière et de paillettes. Une expérience unique pour le jeune homme qui embrassait pour la première fois la grâce d'être célèbre. Arrivés en haut, un homme en costume leur demanda leurs invitations. Après sa compagne, Lysandre présenta son carton et on lui céda le passage. La montée des marches n'avait duré qu'une minute, alors qu'elle lui avait semblé s'étirer sur une éternité.

Lorsqu'il pénétra dans le hall, il leva les yeux devant le faste de l'endroit. Le plafond s'élevait à une hauteur vertigineuse et de haut en bas, tout semblait taillé dans le marbre et l'or. Des broderies et des rideaux couleur rubis arpentaient les murs en arabesques, d'immenses lustres pendaient au plafond en répandant leur lumière éclatante et une multitude de grands miroirs jalonnaient les côtés pour donner plus de profondeur à un espace déjà gigantesque. S'arrêtant un instant pour se retourner vers lui, la Cantatrice lui adressa un regard sérieux et lui lança:

"A partir de maintenant je ne vous lâche plus des yeux."

Après quoi elle le laissa seul. Dans un soupir, Lysandre balaya la salle du regard en essayant de repérer quels étaient les invités, mais il ne vit pas Joy. Un peu déçu, il s'empara au vol d'une flûte de champagne qu'un serveur apportait sur son plateau, et se dirigea vers le buffet, lorsque du coin de l’œil il reconnut la silhouette longiligne et chaloupée de Cerana. Elle croisa son regard au même moment et ils se dirigèrent l'un vers l'autre en se souriant. Saisissant la main de la reine insecte, il y déposa délicatement un baiser et prit la parole d'un ton amical:

"Cerana. Je suis heureux de vous revoir. La dernière fois vous étiez une usurpatrice, aujourd'hui vous voilà reconnue et honorée par vos pairs. Félicitations."

Affichant une expression à mi-chemin entre la gêne et la satisfaction d'un tel traitement, elle lui répondit d'une voix chaleureuse:

"Je ne suis moi-même on ne peut plus heureuse de vous retrouver. C'est à vous que je le dois Lysandre, à vous et à Joy. Je ne vous remercierai jamais assez pour m'avoir permis de réaliser à quel point je faisais fausse route.
- J'ai d'ailleurs cru comprendre que je vous devais cette invitation.
- C'est exact, j'ai demandé à ce que vous soyez tous les deux présents.
- Je n'ai pas encore vu le garçon, malheureusement.
- Ne vous inquiétez pas, il ne devrait plus tarder. Je vais voir ce qu'il en est à la porte, profitez-en pour vous mêler aux invités, nous parlerons lorsque nous aurons plus de temps à nous.
- Entendu."

Cerana s'éloigna, laissant Lysandre observer alentour les visages qui lui inspiraient plus ou moins confiance. Il n'était pas vraiment dépaysé avec ce genre de buffets de gala, la seule innovation majeure ayant été sa propre montée des marches. Habituellement s'il côtoyait l'élite du monde réel, c'était avant tout dans le cadre de ses enquêtes qui l'amenaient en règle générale à entrer par les petites portes. Toujours accepté par les grands, jamais intégré, ils ne pouvait pas ni ne voulait faire partie de leur monde. Il connaissait l'étiquette, en avait adopté les codes, mais demeurait dans cet entre-deux indéfini qui avait toujours constitué un flou dans ses repères sociaux dès lors qu'il avait fait ses armes dans la Brigade des Mœurs.

Brièvement, il aperçut une sorte de noble aux oreilles de lapin qui discutait avec un grand gaillard solide entouré d'une légère fumée et en lequel il reconnut vaguement le Seigneur Fumarola. Au loin, faisant semblant de s'intéresser à une conversation, Daphnée le regardait fixement. Faisant mine de se désintéresser d'elle, il poursuivit son observation. Il reconnut un visage, celui d'une jeune femme rockstar étant apparue quelques mois plus tôt en faisant preuve d'un talent fulgurant grâce à sa guitare magique. Le genre de princesses capricieuses dont il ne raffolait guère. Son regard s'arrêta enfin sur un jeune homme, une créature au regard de ses oreilles, qui était en compagnie d'une jolie femme, créature elle aussi. Tous deux semblaient relativement calmes et chaleureux, ils étaient probablement les plus avenants de l'assemblée. Finalement, le reste des invités ne lui disait pas grand chose et ne lui inspirait que de l'indifférence, aussi s'apprêtait-t-il à se diriger vers le couple pour s'introduire lorsqu'il fut arrêté par une main qui se posa au creux de son coude. Tournant la tête, il se retrouva face à une Voyageuse somptueuse à la peau mâte et aux cheveux clairs qui lui adressait un sourire éloquent. Elle semblait plus âgée que lui d'une bonne dizaine d'années, mais restait tout à fait splendide.

"Bonsoir. Je m'appelle Cristobelle, enchantée. Vous êtes ?
- Lysandre, enchanté également, répondit-il en lui rendant son sourire.
- Oh, Lysandre ! J'ai cru voir Dame Cerana discuter avec vous, je n'ai plus à me demander pourquoi. Quel dommage que vous ne soyez pas au programme de l'Aria. J'aurais adoré voir la représentation de vos prouesses.
- Ha tiens donc, je n'étais pas au courant de ça."

La Voyageuse émit un petit rire étrange.

"Je suis là en tant que représentante de mon Seigneur, le Maître des Dunes Ocres. Il est très intéressé par l'arrivée de cette nouvelle reine insecte, et lorsque nous aurons tous les deux un peu de temps, j'aimerais m'entretenir avec vous à son sujet.
- Bien sûr, avec plaisir.
- Je vais vous laisser, on se voit plus tard ?"

Lysandre acquiesça et l'observa partir, peu dupe de l'intérêt qu'elle lui portait en réalité. S'il n'avait pas été là pour Cerana, elle serait passée à côté de lui comme devant le décor. Souriant à sa propre réflexion qui était loin de le mettre en valeur, il se dirigea vers le fameux couple en contournant divers groupes, quand sa marche fut arrêtée par un type statique qui se mit en travers. Manquant de le percuter, il se stoppa net. En le détaillant de bas en haut, Lysandre remarqua qu'il était richement vêtu et que son maintien avait quelque chose de très aristocrate, très raffiné. Une chevelure blanche tombait sur ses épaules et il le fixait d'un regard rougeoyant immobile, presque sans vie. La silhouette tout entière n'évoquait guère autre chose que la froideur, et lorsqu'il ouvrit la bouche pour lui parler, à la froideur se substitua la glace.

"Veuillez excuser mes manières... Je suis profondément confus, fit-il en laissant anormalement traîner ses s.
- C'est moi, j'aurais dû regarder où je mettais les pieds.
- Il n'y a pas de mal. Permettez-moi de me présenter, je suis Chyropterion, Lord de mon état si le titre ne vous paraît pas trop imbu."

Lysandre avait déjà entendu ce nom. Il se remémora vaguement qu'il s'agissait d'une sorte de banquier, ou de créancier.

"Je m'appelle Lysandre, Lysandre Videl. Enchanté, Lord Chyropterion.
- De même, Voyageur. De même. Je vous souhaite de passer une excellente soirée.
- Je vous remercie, bonne soirée à vous aussi.
- Et prenez garde, fit le Lord en s'approchant doucement. Il y a ici des individus qui font froid dans le dos."

Sur ces paroles, il s'éloigna comme s'il glissait sur le sol, son long vêtement traînant derrière lui à la manière d'un Dracula assumé. Lysandre, un poil désarçonné, l'observait partir lorsque son regard fut happé par le buffet où il reconnut une silhouette familière. Vraisemblablement, Joy était arrivé sans qu'il s'en rende compte. Tant pis pour le couple qu'il n'avait jamais pu rejoindre malgré sa tentative, il fit marche arrière et se dirigea vers le garçon. Ce dernier semblait absorbé dans une vive discussion avec un pingouin qui avait l'air hostile, aussi le Contrôleur du Temps fronça-t-il les sourcils en s'approchant d'eux. Malheureusement ou heureusement pour lui, le type s'en alla avant qu'il ne parvienne à leur hauteur. Lorsqu'il arriva sur le garçon, Lysandre lui adressa un large sourire amical et lui tapa gentiment l'épaule avant de lui tendre son poing.

"Ça fait plaisir de te voir, Joy. Tu as l'air de te porter comme un charme. Est-ce que tu as vu Cerana ? Elle est resplendissante."

Il s'arrêta un moment, esquissant un mouvement de la tête en direction du précédent interlocuteur du garçon.

"Dès que je te retrouve, c'est dans les ennuis. Qu'est-ce qu'il voulait ce gars ?"
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Ven 6 Nov - 16:46

Le matheux sourit en voyant Lysandre s'approcher, lui aussi paumé dans ce cercle bien trop mondain pour deux voyageurs comme eux  ; cela étant, il fallait reconnaître que le costume de soirée allait beaucoup mieux au voyageur temporel qu'à Joy, qui était lentement mais sûrement en train de s'étrangler avec sa cravate mal réglée qu'il décollait de sa gorge environ toutes les cinq minutes. Il répondit à son appel du poing, une manière de se retrouver comme deux vieux potes ayant passé leurs vacances dans un nid de mucus, un nid dirigé par deux cinglés, dont l'une avait lancé l'invitation par ailleurs...de quoi sourire, surtout en voyant le synopsis de la pièce.


- Tu n'as pas l'air trop mal non plus, dis-moi...Cerana est ravissante, effectivement, même si encore moins de vêtements l’amènerait au nudisme...Je suppose que c'est une tenue de circonstances, j'ai vu plusieurs créatures de type femelles aux oreilles pointues porter exactement la même surface d'habit, à peine de quoi faire un paquet de mouchoirs.  


Il siffla sa flûte de champagne tel un malpropre ne sachant pas savourer un excellent vin aux bulles sélectionnés par les meilleurs vignerons du Royaume de l'Alcool, un millésime coûtant une petite fortune dans les marchés officiels et clandestins, quand on avait les moyens. Devait y avoir de la pomme ou de la poire, peut-être même un zeste de citron pour relever le tout, selon le jeune voyageur, qui essayait tout de même de faire bonne figure en faisant semblant d'analyser le contenu du verre en cristal. Cela lui rappela qu'il avait une surprise pour Lysandre, qu'il avait embarquée dans le doute, ne sachant réellement s'il serait présent ou pas ce soir. C'était l'occasion, puisque l'Opéra allait commencer. Sortant la petite bouteille de Vibratoire, il répondit au sujet du jeune frustré qui bavait sur la Princesse.

- Oh, une broutille...un jeune Seigneur, je crois. Il n'a pas aimé que la Princesse des Mots me fasse la converse. Le genre de gars qui pense qu'il peut parquer des femmes selon son bon vouloir, tu vois le bonhomme...je l'ai gentiment expédié, faut pas déconner...


Disant cela, ses yeux quittèrent pendant quelques secondes son comparse, et il se perdit à observer la jeune Princesse, qui discutait avec une bande de jeunes, sans doute des Princes et des Princesses, qui semblaient pas ailleurs l'ennuyer ferme. Se voyant observée, elle leva son verre en direction de Joy en lui souriant, ce qui le ramena vers Lysandre, un peu rougi par l'échange. Il avait senti son cœur battre plus fort, comme quand Scarlet se moquait de lui en lui tapotant les cheveux, mais cette fois, son pouvoir venait de s'activer de manière inconsciente, sans qu'il le décide. Il secoua un peu la tête et fit un signe à Lysandre, pour lui montrer sa petite trouvaille. Il montra la bouteille bleutée, étiquetée Vibratoire, et en déposa la moitié dans tous les verres pleins posés sur la table d'honneur, où le vin partait valser entre les invités de prestige de l'Opéra. Les bulles se mirent à chantonner tout bas dans les verres, et le champagne devint pendant un moment légèrement bleuté, un peu vert, avant de reprendre sa couleur normale. Différence notable : les bulles étaient désormais dorées, et allaient du haut au bas du verre. A peine Joy eut-il le temps de saisir deux flûtes qu'un serveur, en train de se faire engueuler par le maître d'hôtel, s'empara prestement du plateau et l'amena dans ce qui ressemblait à un attroupement. Joy se tourna en même temps que Lysandre, car bien sûr le maître-créateur de la soirée venait d'apparaître, à savoir Barrak himself, dans une tenue dorée et pourpre, semblable à un Empereur romain, que des notes de musique relevaient par la cape. Majestueux et imposant, tout le monde applaudissait parmi la foule, tandis que le serveur poussait un peu pour apporter le plateau aux nouveaux venus.

Car Barrak n'était pas venu simplement bien habillé, il était surtout bien accompagné, et d'une étrange façon. A ses côtés, un Seigneur que tout le monde connaissait, impossible de passer à côté quand on lisait au moins une fois dans sa vie le Dreamag. Il s'agissait ni plus ni moins que de Frost, Seigneur de Glace, qui affichait, dans une tenue glacialement stylisée bleutée et indigo comme un kimono richement décoré, un sourire à la fois moqueur, et enthousiaste. Il semblait heureux d'être là, aux côtés de Seigneurs réputés, mais Joy eut cette impression particulière, comme s'il se fichait dans le même temps éperdument d'eux.

De l'autre côté, un voyageur masqué avec le masque d'Obito de Naruto contrastait avec le sérieux et l'élégance des Seigneurs présents. Tatoué de partout, il était facile à reconnaître : Tomoe Irezumi, le numéro uno de la Major, se tenait aux côtés de Barrak. Selon les interviews de Dreamag que Joy avait lues, Tomoe adorait les spectacles, le cinéma, sa présence était donc tout à fait légitime à l'Opéra, même si le style était bien différent de ses premières amours. Il était évident pour Joy que Tomoe avait calculé son entrée, avec ce masque si dérangeant...


Masque de Tomoe:
 

...et le fait qu'il soit quasiment torse nu, si on exceptait les colliers à piques qui pendaient depuis son cou tatoué. Il portait également un jean taille basse noire et franchement crade, avec des ceintures cloutées, à pointes, avec des têtes de morts, et ce qui semblait relever d'un manque de goût quasiment criminel. Un vrai phénomène de foire, mais toute la société mondaine était en train de retenir son souffle, les Seigneurs le regardant avec une pointe de méfiance et d'excitation. Ce gars...ce gars lançait des pulsions guerrières à tour de bras, juste en se pointant comme s'il sortait d'une convention d'otakus, impressionnant !

- Woh, tu sens cette pression, Lysandre...?

Pour un rookie comme Joy, un tel personnage était fascinant, troublant, dangereux, excitant. L'élite des voyageurs, qui ne disait rien au jeune voyageur, était tout de même d'une classe folle, d'une fantaisie qui lui plaisait. L'originalité alliée à l'aventure alliée à la puissance ultime...de quoi faire rêveur l'ado, dont les yeux pétillaient et ne manquaient pas une miette du spectacle qui se jouait devant ses yeux. Il fut sorti de ses rêveries par une voix féminine, qu'il connaissait depuis environ vingt minutes.

- Ça fait moche tous ses tatouages, tu ne trouves pas ?

Oh, la Princesse des Mots s'était placée à côté de lui pour assister à l'entrée du monarque du Son, qui saluait ses invités en saisissant une flûte de champagne...que proposait le serveur qui avait dérobé le plateau sur lequel Joy avait déversé le Vibratoire. Il se mit à trembler, et bredouilla, aussi naturellement que possible.

- C'est...comme une peinture mouvante... ou vivante, je ne sais plus comment on dit. Euh Lysandre, je t'ai dit ce que faisait le Vibratoire ou pas ?

Inutile de développer plus loin, Barrak venait de donner sa flûte à Frost, et Tomoe demandait une paille pour boire la sienne. Ouais, il n'avait pas pensé à tout, le tatoué, visiblement...Joy serra les mâchoires, jusqu'à ce que l'assemblée, portant un toast pour l'arrivée du Seigneur et de ses invités, entende de long en large un énorme...

- BUUUURP !

Barrak, mécaniquement, plaqua sa main contre sa bouche, les yeux écarquillés par la surprise puis sembla passer de la colère à la compréhension, de la compréhension à l'observation minutieuse de ses convives, puis de l'observation tendue au rire, quand Frost rota à son tour, suivi de près par Tomoe. Devant le public crispé au possible devant cette scène d'une absurdité et d'une impolitesse rarement atteintes dans les lieux autorisés de Dreamland, les trois commencèrent à roter tout en rigolant et donc en chantant, selon les fameuses propriétés du Vibratoire. Joy fit un facepalm en voyant le regard de Lysandre, puis esquissa un sourire coquin...l'incident diplomatique fut évité, mais de justesse. La Princesse des Mots, à côté de lui, le regarda comme s'il était mêlé à cette farce de Barrak, ce qui accru de manière exponentielle les regards furibonds du jeune premier ayant la chasse gardée sur ladite Princesse. Joy n'en avait cure, car le public se prit enfin à rire tandis que les trois derniers invités rotaient mélodieusement et partaient sur un concours, à tel point que certains lèches-bottes commencèrent à leur attribuer des notes selon le plus joli rot.

Cerana vint ensuite les voir, tandis que la Princesse allait chercher sa place. La Reine des insectes rayonnait, elle était solaire et éblouissante, une sourire terrible et une grâce dans ses mouvements captaient tous les regards. Une véritable beauté de Dreamland, suivie du regard par la jeune Princesse en sweat punk, avec un intérêt que Joy nota...avant de se confronter au regard du jeune premier chasseur, ce qui fit soupirer Joy de dépit. Il finirait par se battre en duel avant la fin de la nuit, à coup sûr. Heureusement pour cette nuit Lysandre serait là s'il tombait une nouvelle fois dans les pommes à forcer de trop tirer sur la corde. Cerana les prit donc tous les deux contre elle, non point pour le spectacle, mais Joy sentit - et Lysandre devait sûrement le sentir aussi - un véritable attachement, sincère et ému, quant à leurs deux présences en ces lieux.


- Mes amis, je suis contente de vous revoir de nouveau...nous allons prendre le chemin de la loge qui m'est réservée, attendez juste...

Une voix forte et puissante se fit entendre derrière le dos de Cerana. Barrak s'approcha d'elle et la prit par la taille, d'un sourire entendu, et toisa les deux voyageurs.

- Ainsi, vous voilà, les fameux héros de mon Opéra emprunté de mythologie, de grandeur, de drames, aux épopées fabuleuses de faibles hommes surmontant tous les obstacles, et l'aide apportée, humble et rustique, à la royauté parfaite, fourmillante de beauté, et bien sûr...féconde.

Joy tiqua sur le dernier mot, qui était malvenu pour relancer une discussion diplomatique avec un Seigneur de Dreamland louchant sur la poitrine de Cerana Apis. Il se fendit d'un sourire non-feint et répondit assez simplement.

- Les faibles hommes ont parfois plus de ressources que la royauté, n'est-ce pas ?

Pendant un instant, Joy sentit son esprit séparé en deux.
Le côté droit se disait : "okay, bon, c'était une super réplique, mais maintenant tu vas mourir étranglé et violé dans les prisons de Barrak. Pourquoi tu n'as pas fait dans l'humour subtil et balancer un très drôle : comment ça va ? Obama bien, et vous, Seigneur Barrak ? mais non, non ! Il fallait que tu joues la provocation, espèce de petit con ! C'est ça notre rationalité ! Non, je n'ai pas voté pour ça ! Yes We Can ! Ah ah, très drôle, blague filée ! Mais arrête de jouer au plus malin merde, tu vois bien qu'on va finir par se faire poignarder dans une ruelle à ce rythme !".
Le côté gauche, par contre, vivait avec plus d'inconscience : "lol".

Le Seigneur du Son fut surpris par l'audace du voyageur, mais sourit aimablement, bien assuré de sa position et de son pouvoir. Après tout, le mathématicien n'était qu'un voyageur, est un gamin, quasiment un bébé pour lui.


- Vous avez tout à fait raison, Tweanings, c'est pourquoi nous, Seigneurs de Dreamland, aimons tant posséder les voyageurs.
- Vous voulez dire fréquenter ? Tweanings ?
- Ça dépend des Seigneurs...et oui, pardon, j'ai oublié votre véritable nomination, mais dans le spectacle, vous êtes Tweanings, et votre ami s'appelle Abercrombie.

Un sourire carnassier termina la réplique, qui laissa Joy assez mal à l'aise, quoique légèrement encouragé dans une colère sourde et inexplicable. Il écouta à peine Lysandre dialoguer avec Barrak, ruminant des répliques qu'il voudrait balancer dans la poire du Seigneur du Son. Mais, politesse mondaine oblige, et surtout Cerana, qui le regardait avec de grands yeux tendres, il garda son calme et se concentra sur la Reine insecte, simplement pour être à la hauteur de l'invitation - donc de la confiance et de l'honneur - qu'elle lui avait adressée. Pendant que Lysandre poursuivant sa discussion, il proposa son bras à Cerana, et entama le chemin vers la loge.

- Tout va bien au Royaume de l'Arbre ? Le nid est installé ?
- Oui, et les habitants de l'Arbre sont les meilleurs voisins qu'on puisse imaginer. Leur sympathie et leur générosité n'ont pas de limites...je suis content, pour mon peuple, qui grandit, et pour l'Arbre...notre projet était fou, je le conçois très clairement maintenant, et je vous remercie de nous avoir montré la voie...le bon choix, le bon chemin...
- J'en suis ravi, Cerana, et j'espère que votre prospérité ne fait que commencer ! Sur une note plus personnelle, comment se portent les coccinelles ?
- Les co...oh, oui, le gang du Bon-Dieu ! Assez bien, elles collectionnent les articles où votre nom apparaît !
- Aha, il faudra que je passe voir ça un de ces quatre, quand vous aurez cessé les mondanités...
- J'ai un rôle à tenir, Joy Killamanjiro, un rôle que vous et Lysandre m'avez donné !
- Et cela vous sied à merveille, ma Reine.
- Que vous êtes flatteur...nous sommes arrivés. Tenez, ces lunettes vous permettront de zoomer à loisir n'importe où dans la salle, et elles augmentent les détails, l'ouïe et l'odorat ! Car tout est éclairé avec des bougies parfumées qui sont changées à chaque acte !
- Ces lunettes là ? Mais ce sont...

Des vieilles lunettes 3D, parfaitement. Une antiquité que Joy n'avait pas vu depuis une éclipse des années 90, un verre rouge, l'autre bleu, énorme avec des bords en carton blanc, impossible à porter réellement, surtout si on voulait faire dans du distingué.

- Vous voulez dire que toute la salle va porter ces lunettes ?
- En effet, c'est pour mieux percevoir toutes les nuances dans les costumes, et entendre parfaitement les chanteurs et les musiciens.
- Si vous le dites...

Surtout ne pas rire. Il entra dans la loge, et vit un Opéra décoré d'or, richement sculpté, avec une verrière absolument sublime.




Il laissa bien évidemment Cerana s'installer au bord de la loge, pour avoir une vue optimale sur la scène. Il se plaça derrière, laissant une Reine ridée s'asseoir à côté de Cerana. La Reine du botox raté selon Joy, qui soupirait du trajet parcouru depuis le hall. Elle était accompagnée par une sorte de créature aux cheveux gominés, bien habillée, environ 50 ans de moins, ce qui laissait penser à un gigolo, ou un jeune connard profitant de sa grand-mère. Dans tous les cas, le mec pas franc du collier, qui regardait Joy avec une pointe de dégoût dans son sourire goguenard. Et Cerana en laissant de la bave couler sur son pantalon chichement repassé. Joy, l'air de rien, activa son pouvoir et resserra au maximum le nœud de cravate du type, qui commença à suffoquer tant et tant qu'il dût partir aux toilettes. Lysandre arriva enfin, se plaça à côté de lui, et Joy lui montra avec un grand sourire les lunettes 3D nécessaires pour voir la pièce. Surtout ne pas rire.

- Prêt pour la gloire, Abercrombie ?

Il mit ses lunettes sur le nez, et essaya la vision ainsi que l'écoute optimisée. Mouais, faudrait voir pendant la pièce, mais c'était pas flagrant. Il zooma un peu dans le public, et remarqua, dans la loge d'en face, la Princesse des Mots le regarder, dans une loge ne comportant que les mêmes jeunes que ceux du hall, et toujours ce garde-chasse qui regardait Joy avec un air menaçant ! Lili-Anna lui fit un signe de la main, Joy y répondit poliment tandis que l'autre gusse se mit à mordre le dossier du siège de devant, de rage. Quand le noir emporta la salle et que les bougies remplacèrent totalement la lumière, Joy sortit de sa poche le reste de la petite bouteille de Vibratoire et se tourna vers Lysandre. Il fut coupé par un comédien qui lança la pièce.  



Comment une beauté parfaite peut-elle naître de l'enfer ?
Entre les feux, les tourments, les larmes et l'amer
Comment une déesse a-t-elle vaincu ses démons ?
Est-elle forte ? Rusée ? Discrète ? Riche en amont ?

Fallait-il Ô ciel terrible, voûte peuplée de harpies sauvages
La laisser choir de si haut, la laisser vivre de courage ?
Fallait-il, Ô monde sans pitié, demeurer aveugle de charité
Car quand elle pleure, ses larmes sont des amours morts-nés

Que dis-je ! Des amours qui se meurent de n'avoir jamais vécu
Comme le nourrisson tête à son sein, comme l'amant à son...
Ce poème d'épopée relate l'histoire du Pardon de la Reine Serani
Relevée des morts par un couple : Tweanings et Abercrombie !




- On va avoir besoin de ça, j'crois. T'en es ?
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Lysandre Videl
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Mar 17 Nov - 17:57

[HJ: j'ai volontairement laissé un ou deux lecteurs en taille de visionnage pour avoir des images en mesure d'illustrer mes propos.]

"Ho, la princesse des Mots... Fit Lysandre en suivant le regard de Joy."

Il connaissait bien ce genre d’œillades, ce comportement, cette attitude timorée. Les premiers émois étaient toujours les plus marquants. Son visage se fendit d'un sourire et il posa sa main sur l'épaule du garçon. Le léger ricanement qui émana de son gosier aurait suffit à exprimer l'état d'amusement dans lequel la situation évoquée par le mathématicien l'avait mis, mais il avait bien entendu décidé de ne pas s'en contenter. Se positionnant en face de lui, il lui adressa un regard malicieux avant de prendre la parole.

"Honnêtement je comprends son intérêt. Elle est mignonne, dans son concept. Tu n'es pas d'accord ? Si j'étais plus jeune de quelques années, et bien qu'elle soit sans doute déjà plus âgée que moi..."

Il laissa sa phrase en suspension, le temps pour son visage de perdre un peu de sa teneur railleuse pour légèrement s'assombrir. Sans qu'elle change complètement de registre, son expression faciale annonçait qu'il s'apprêtait à proférer des paroles plus sérieuses.

"Je ne sais pas ce que tu as en tête, mais si ça implique de t'en rapprocher, ne t'y attache pas trop. C'est un conseil que je te donne et je te donnerais le même si nous étions dans le monde réel, en particulier considérant ton âge. Mais là c'est encore autre chose, tu risques d'y laisser des plumes. C'est une voie sans issue, on en a eu l'exemple avec Seth et Cerana et leur cas comportait peut-être les circonstances les moins douloureuses."

Il porta une gorgée de champagne à ses lèvres, savourant les différents arômes qui en composaient la solution. Puis en reportant son attention sur le jeune prince frustré, il le désigna d'un bref signe de la tête.

"Enfin... Si je te dis ça, ça n'a rien à voir avec cet ahuri. C'est toujours la même histoire. Des créatures qui se méprennent sur la place qu'elles occupent. S'il te pose des problèmes à l'avenir n'hésite pas à faire appel à moi, je serai ravi de trouver un moyen de t'en débarrasser."

A ce moment, Joy lui présenta une petite bouteille bleue dont il répandit le contenu à l'intérieur des flûtes de champagnes disposées près du buffet. Intrigué, Lysandre se demanda si le garçon était bien sérieux de vouloir ainsi droguer les invités de la soirée, et son réflexe professionnel fut dans un premier temps d'esquisser un geste pour l'en empêcher. Mais il se rappela aussitôt qu'il était dans le monde des rêves et qu'il n'y avait pas selon lui de véritables conséquences à une telle farce. Il se dit aussi que le Voyageur des mathématiques n'était pas du genre à causer du tort pour causer du tort, et se ravisa. Il nota néanmoins avec surprise sa propre propension à confondre s'en sans rendre compte la réalité alternative qu'était Dreamland avec son quotidien. Cette pensée lui arracha un rictus à mi-chemin entre la sidération et l’auto-désapprobation.

S'apprêtant à demander à son compagnon ce qu'il avait fait du champagne, il fut soudainement interrompu par un brouhaha qui extirpa tous les invités de leurs affaires en cours. En se retournant, il constata l'arrivée du maître des lieux et de ses invités de marque. Barrak avait revêtu une tenue de toute splendeur qui honorait pleinement son statut de Seigneur du Son, ce en dépit de son physique de croche musicale. A sa gauche se tenait un Voyageur masqué que Lysandre ne reconnut pas immédiatement. Son accoutrement ne lui inspira dans un premier temps qu'une mine rieuse, tant elle détonait avec l'ambiance de la soirée. Mais en s'attardant sur ses tatouages et en commençant à percevoir l'aura dominante qu'il dégageait ostentatoirement à l'intention de l'assemblée, il se remémora qu'il ne s'agissait ni plus ni moins que de Tomoe Irezumi. Aussitôt, Joy lui fit part de son admiration.

"Du grand spectacle, c'est sûr. Jusqu'à ce qu'il se fasse éjecter de sa position au classement, fit-il en toute mauvaise foi."

De toute façon, ce n'est pas vraiment lui qui m'intéresse...

Lysandre braqua son regard sur la créature qui se tenait à droite de Barrak.


Frost, Seigneur des Glaces, tout de bleu vêtu et le visage aussi neutre qu'un joueur de poker. Le physique de guerrier du Roi Cauchemar et sa présence en cette nuit particulière achevèrent de satisfaire Lysandre. A présent qu'il était tout frais Meteor, Frost était son ennemi naturel, l'un des leaders de l'Alliance Elémentaire. Le sang du Voyageur temporel se mit à bouillir et son rythme cardiaque s'accéléra. Inconsciemment, il laissa les flux temporels caresser ses contours, et ses yeux s'imprégner d'un pétillement subtil. Si l'armée étoilée avait voulu frapper un grand coup, cette nuit aurait été parfaite. Mais Barrak s'était bien gardé d'annoncer publiquement la venue du Seigneur des Glaces, et sa présence à l'Opéra n'avait pas été mise en lumière par la montée des marches. Il fallut quelques instants à Lysandre pour qu'il recouvre son calme. En l'état actuel des choses, isolé comme il était et face à un adversaire d'une telle envergure, il ne serait pas en mesure de réaliser la moindre action coup de poing. Qu'à cela ne tienne, cette nuit serait pour lui l'occasion d'observer en détail le comportement de l'adversaire.

Il fut extirpé de l'objet de son attention par la voix de Joy, qui l'en détourna. Lysandre remarqua immédiatement la présence de la princesse des Mots qui s'était discrètement rapprochée d'eux pour se placer aux côtés du garçon. Laissant échapper un bref hoquet de rire, il répondit:

"Non tu ne m'as rien expliqué. Je suis enchanté, Lilianna, c'est ça ? Dit-il ensuite en se tournant vers la baroudeuse dont il avait déjà entendu parler çà et là. Lys..."

Interrompu par l'énorme rot qui émana du gosier du Seigneur du Son, le Contrôleur du Temps dressa un sourcil. Barrak fut bientôt imité par Frost et Tomoe, et tous trois partirent en canon de régurgitations, provoquant l'hilarité générale. Les yeux de Lysandre furent attirés par les flûtes de champagne bleutées que les trois personnalités avaient en main, avant de revenir se poser sur le visage de Joy. S'esclaffant littéralement, le Contrôleur du Temps comprit qu'il s'agissait là de l'effet du Vibratoire et que le garçon était directement responsable de l'absurdité de la situation. Ce fut à ce moment que Cerana les attrapa délicatement par les bras, désirant les emmener à sa loge, avant qu'ils ne soient coupés par l'intervention de Barrak en personne. Un peu en retraits, Tomoe et Frost semblaient les obserber, l'un derrière son masque factice, l'autre derrière son masque naturel. D'une oreille distraite tandis qu'il soutenait le regard du Seigneur des Glaces, il écouta l'échange entre Joy et le Roi de la Musique. Il esquissa un sourire à la réplique du garçon et focalisa dès lors son attention sur Barrak, qui en vint à avouer ouvertement et publiquement avoir oublier leurs noms.

Voilà pourquoi nous ne sommes pas au programme de l'Aria... Tweanings et Abercombie, il se fout de notre gueule ?

Le fait d'avoir été littéralement oublié par une créature toucha profondément l'orgueil de Lysandre. Davantage encore lorsqu'il constata, de l'aveu de la propre bouche de l'auteur, que leur rôle avait été considérablement diminué dans la trame scénaristique. Aussi lorsqu'il fut question de possession de Voyageurs, son sang ne fit qu'un tour.

"C'est que Tweanings et Abercrombie n'appartiennent à personne sinon à eux-même, répliqua-t-il immédiatement après que le Seigneur ait annoncé la couleur. Il y a peut-être en eux comme une volonté de conquérir le monde des rêves qui leur tend les bras. Voilà probablement d'où vient la force qui les pousse à triompher de leurs épreuves.
- Voilà surtout qui est bien présomptueux, intervint Frost en faisant un pas en avant et en esquissant ce qui ressemblait curieusement à un sourire enjoué.
- L'auteur est bien souvent dépassé par son oeuvre, mon ami, fit Barrak à l'intention de Frost. Et si Abercrombie ici présent nous en délivre d'ors-et-déjà son interprétation personnelle, je ne peux que m'en féliciter."

Malgré ses propos bienveillants, Barrak observait Lysandre d'un air circonspect. Au même moment, Cerana glissa au Contrôleur du Temps un regard doux qui se voulait tempérant avant d'embarquer Joy vers son balcon. La méfiance du Seigneur de la Musique à l'égard des Voyageurs était de notoriété commune, et l'attitude du jeune homme n'était sans doute pas pour le mettre en confiance. Curieusement, Barrak avait immédiatement désamorcé un échange verbal qu'il craignait voir dégénérer. Cela était probablement dû à sa volonté de ne pas causer d'esclandre au cœur de son Opéra, comme la Cantatrice l'avait indiqué précédemment. Et justement, avant même que Lysandre n'ait l'occasion de reprendre la parole, Daphnée surgit dans son dos en posant une main sur son bras. En apparence, le geste était délicat. Mais en réalité, sa poigne de fer étreignait le membre du Voyageur temporel avec une vigueur incomparable.

"Seigneur Barrak, peut-être faudrait-il à présent laisser les invités rejoindre leurs loges ?
- Vous avez raison, Daphnée. Abercrombie, j'espère qu'après avoir assisté à la représentation, vous aurez matière à revoir ou confirmer votre jugement."

Lysandre acquiesça d'un signe de la tête et observa le Seigneur s'éloigner en compagnie de ses invités de marques. Frost le suivit du regard en partant, jusqu'à ce que le mouvement de tête du Roi des Glaces ne puisse plus paraître naturel aux yeux d'un éventuel observateur. Au cours de son bref échange avec Lysandre, la créature avait vraisemblablement perdu son masque d'ennui pour afficher une expression réjouie sans doute suscitée par le divertissement qu'avait été pour lui le jeune homme.

"J'avais raison de vous tenir à l’œil, claqua la Cantatrice sur un ton glacial lorsque les trois hommes furent hors de portée.
- Je crois que je commence à saisir à quel point je peux vous paraître irrésistible, rétorqua Lysandre en tentant en vain de se dégager le bras, mais vous ne pouvez pas m'agripper comme ça, ça frise l'indécence.
- Imaginez un seul instant que votre épisode avec Chronos vous ait échappé, répondit-elle en ignorant son propos, Frost aurait pris cela pour une offense. Il n'accorde leur liberté à ses Voyageurs que parce qu'ils le divertissent. Une trahison comme la vôtre n'entre pas dans cette considération."

Elle le tira par le bras, l'entraînant à sa suite contre son gré en direction de la salle de représentation. Lysandre se tut un instant tandis qu'ils s'avançaient parmi diverses files de spectateurs. Il n'avait jamais eu l'intention de déclencher le moindre scandale, ni la moindre effusion de sang. Il n'était pas en position de le faire de toute façon. Il se savait même suffisamment conscient des mondanités pour enrober son discours de telle manière que la moindre pique passe comme le glaçage sur un gâteau.

"Vous vous faites bien trop de souci, Daphnée. Ça pourrait vous jouer des tours, essayez de vous détendre un peu. Je sais de quoi je parle.
- Vous n'êtes pas digne de confiance, et je ne relâcherai pas mon attention tant que cette nuit ne sera pas terminée."

Lysandre ricana. Il sentit aussitôt la pression se resserrer autour de son bras et la douleur suscitée par ce mouvement l'arrêta aussitôt, obligé de lâcher un "Aoutch" évocateur. La Cantatrice le déposa devant le rideau qui conduisait au balcon de Cerana Apis et l'y laissa en lui annonçant se trouver juste à côté, le menaçant d'extermination au moindre pet de travers. Lysandre balaya ces déclarations d'un revers de la main et s'introduisit de l'autre côté de la membrane de tissu, découvrant ainsi l'immense salle de représentation. Il s'arrêta un instant pour la contempler depuis sa position de hauteur avant de finalement trouver sa place aux côtés de Joy. Ce dernier lui présenta aussitôt les lunettes 3D.

"En espérant que le meilleur soit à venir, répondit-il en posant la bricole sur l'arrête de son nez."

S'il avait su à quel point l'ironie de cette phrase était grande, peut-être aurait-il préféré se coudre la bouche avec du fil de fer. Quoiqu'il en fut, un mouvement proche sur le balcon capta son regard. Un type semblait s'étrangler avec sa propre cravate et commençait à gesticuler. Lysandre n'y prêta pas grande attention, puisqu'il aperçut au même moment Daphnée dans son champ de vision. Comme elle l'avait promis, la Cantatrice se trouvait là avec son air froid, en train de l'observer depuis le balcon adjacent. Ce fut alors que les lumières s'éteignirent, libérant le Contrôleur du Temps du poids de son regard. Un artiste entra en scène pour déclamer quelques vers, que Lysandre marqua d'appréciation d'un geste de la bouche qui voulait dire "not bad". A la fin des trois quatrains, il attrapa sans se faire prier la bouteille que lui tendait Joy et en but une gorgée avant de la lui rendre. Sur scène, le comédien quitta les lieux pour laisser place à deux Voyageurs. Probablement dépendant du Royaume du Son, les deux humains devaient manifestement représenter Tweanings et Abercrombie. Le premier était un peu plus petit que le second et arborait une longue chevelure châtain. L'autre portait un bonnet et une petite barbe d'une couleur aussi noire que le jais.

En portant la main à son front, Lysandre pesta déjà intérieurement sur le choix des acteurs. Ils paraissaient tous les deux de la même tranche d'âge, contrairement à Joy et Lysandre qui avaient bien une demi-génération de décalage. Et si le barbu était censé endosser son rôle, la chose était ridicule. Lysandre n'était ni brun, ni barbu. Pire, la barbe l'insupportait et s'il tolérait présentement les quelques poils qui parsemaient son visage neuf, c'était uniquement parce que ce visage n'était pas le sien. Il voulut expirer un long soupir d'exaspération, mais c'est à la place le rot gargantuesque du Vibratoire qui en émana. L'éructation fit sursauter la vieille bonne femme qui se trouvait à côté de Cerana Apis et qui poussa un gémissement de désapprobation bien snob. La Reine insecte, elle, étouffa un petit rire en plaçant sa main devant sa bouche. A ce moment, le rideaux s'ouvrit et les spots illuminèrent les décors, révélant que tout était mouvant, changeant selon un cycle mécanique ou magique. Plus visibles, les deux acteurs se révélèrent être étrangement ressemblant à Orelsan et Gringe, les Casseurs Flowters. Sous l’œil désabusé de Lysandre l'instru démarra et contre toute attente, c'est bien un rap qui émana de la bouche des comédiens.

♪ Tweanings and Abercrombie ♪

Les paroles se succédèrent en flot, voulant sans doute symboliser d'une part l'insouciance et l'impétuosité de Joy lorsque le petit aux cheveux longs tenait la réplique, et d'autre part souligner les appréhensions temporelles vaincues de Lysandre dans la bouche du grand barbu. A mesure que ce premier morceau s'écoulait, Lysandre sentait les effets du Vibratoire lui embrumer l'esprit et le détacher de son état d'incrédulité. Lorsqu'il arriva à son terme et que les applaudissements retentirent dans la salle, il se joignit mécaniquement à la parade, observant sans vraiment les voir les deux Voyageurs quitter la scène. Se substituèrent à eux un troisième comédiens, accompagné cette fois par une multitude de danseurs et d'acteurs qui commencèrent à remuer leur bouche en même temps que lui tandis qu'il entamait sa chanson. Résolument orientée rock, celle-ci voulait probablement présenter le personnage de Seth Brundle, si l'on se fiait au lourd et grave "SEITHAN" qui résonna dans l'immense sale à son arrivée.

♪ Seithan ♪

Empreintes de démence dans la forme comme dans le fond, les paroles du morceau témoignaient de la farouche volonté de Barrak de présenter le personnage comme le bad boy, le fou, le dangereux maniaque prêt à tout pour satisfaire ses pulsions et ses désirs, jusqu'au mépris du cœur de la Reine bien aimée. C'était le briseur de cœur, le malin narcissique, l'inconséquent stratège. Lysandre, sans doute aidé par le Vibratoire qui commençait à prendre les manettes de son esprit, ne perdit pas de vue la plume objective du Seigneur de la Musique, qui à travers la chanson laissait planer un sentiment de pitié et de peine autour de Seithan. Comme si l'homme s'était perdu en cours de route, vaincu par ses propres démons. Lysandre fut saisi d'effroi en constatant qu'il était lui aussi susceptible de se perdre. En glissant un regard à Joy, il lui en voulut presque de l'avoir laisser absorber ce liquide qui lui faisait ressentir la musique bien plus intensément qu'il ne l'aurait voulu. D'autant que l'effet allait crescendo, et qu'il sentait venir le point culminant. Lorsque Seithan quitta le centre des planches pour se positionner sur le côté, c'est finalement la grande cantatrice Sandra Cocotte, interprète de la reine "Serani", qui fit son apparition. Elle entama alors un chant auquel Seithan lui donnerait apparemment la réplique, mais dont elle serait la voix première. Et dès les premières mesures, malgré lui sous l'effet du Vibratoire, Lysandre se sentit partir quelque part loin, très loin dans la mélo-galaxie.

♪ Serani ♪
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Ven 20 Nov - 13:29

Une fois sa partie de la bouteille avalée, Joy se cala dans son fauteuil, en souriant, attendant les effets de la boisson des musiciens. Il suivit Lysandre dans un rot mélodieux et fit un grand sourire provocateur à la vieille dame d'autant plus choquée, qui se mit à s'éventer avec un éventail représentant une partition.
Il entendait déjà les murmures entre les spectateurs se moduler, prendre forme jusqu'à lui, tandis que le premier comédien disparaissait dans le noir, amenant à la prochaine scène. Cette dernière se dévoila par deux voyageurs, représentant sans doute ces fameux Tweanings et Abercrombie, dont les noms avaient fait tant rire les créatures aristocrates qui échangeaient dans le hall, au sujet de la pièce.

Il zieuta rapidement Lysandre et vit une moue colérique déformer son visage d'habitude impassible ou confiant. Manifestement, l'interprétation de leur nuit de sauvatage par Barrak ne lui plaisait pas tant que ça. Il fallait dire que les deux voyageurs ne leur ressemblaient absolument pas, ce qui ne chatouilla pas l'esprit de Joy, qui s'en moquait royalement. La logique de la scène n'était pas arithmétique, et à partir de ce postulat, tout était dès lors permis pour le Seigneur du Son. Même un rap à l'opéra, ce qui plut étonnamment au jeune voyageur, qui voyait en cette modernité – pour ne pas dire, comme les puristes, une hérésie – une volonté de mettre en avant toutes les musiques possibles, créées, pensées et valorisées. L'effort méritait d'être salué, dans un tel lieu, avec des personnages qui s'imposaient naturellement et qui auraient mettre sur scène ces pièces infinies où le public ne comprend rien, avec la tragédie bruyante et des cantatrices faisant visiter l'intégralité de leurs gorges. Joy n'était pas totalement convaincu par l'emportement de la musique classique, et ses choix différaient d'un compositeur à un autre, selon aussi les goûts de ses parents. Il se souvenait de la passion de son père pour Brahms et De Bussy, quand sa mère préférait la musique d'église, les chants grégoriens et les pièces religieuses. Étrangement, il lui arrivait de cuisiner en écoutant pour la millième fois Carmen, de Bizet. Malgré ça, Joy et son frère Pete écoutaient plutôt du jazz, après avoir goûté au rock, trop simple pour le premier, une révélation soudaine pour le second qui s'est mis à la guitare après l'écoute des solos de John Frusciante.

Repensant à ses chemins musicaux, Joy sentit le Vibratoire faire son effet, et maintenir son oreille dans une justesse impeccable, lui permettant de savourer d'autant plus la musique. Après les deux voyageurs, Seth avait le droit à son apparition, un peu plate, voire attendue, sans emportement mais reproduisant un schéma de pensée similaire à celui de l'original. Joy décrocha quelque peu et regardait la Princesse des Mots, dans sa loge, les mains dans son sweat à capuches, les larmes aux yeux. Il la contempla longuement, essayant de comprendre comment elle pouvait donner autant d'émotions à une pièce pareille, une copie de la réalité, sur un passage avec un personnage aussi détestable...puis arriva la star de la pièce, la dénommé Sandra Cocotte, habillée comme si elle allait à la plage, avec de l'or, une couronne, des paillettes et déguisée en mouche sublime – ou une abeille ratée, selon les contours et les fanfreluches de sa robe. Dès les premières notes, Joy comprit pourquoi Sandra avait été choisie pour ce rôle. Sa voix était la « bonne », la voix qu'il fallait, qui répondait à l'émotion, aux notes, au rythme, au moment, qui parlait juste, qui disait tout ; elle se livrait, s'abandonnait tout en gardant une force incroyable, des montées et des descentes, des cris et des murmures, les larmes dans la fureur et la puissance dans le désespoir. Incroyable interprète, si bien que le mathématicien, sous l'effet du Vibratoire, activa son pouvoir pour mesurer mathématiquement l'incroyable prestation de cette Serani, belle et tragique, auréolée par sa beauté autant que par son chant. Joy se perdit dans les méandres des décibels magiques qu'elle envoyait, happé comme tout le reste du public, et fondit totalement dans l'esprit de Serani, l'autre Reine insecte, l'alter-ego de son amie Cerana, qui la mettait à un niveau presque divin simplement par le chant. De quoi justifier le public de prestige et le monde dans la capitale musicale ! Durant un laps de temps silencieux, Joy eut juste le temps de dire à voix haute, pour Cerana et Lysandre.


- Putain, c'est beau…

A la fin du chant entre les deux amoureux, Joy se surprit à sentir des larmes couler, et désactiva son pouvoir. Un temps de silence ramenait le public à la réalité, et un tonnerre d'applaudissements suivit, pendant de longues minutes. Le jeune voyageur, à l'image de Cerana, était debout et applaudissait à tout va, encore transporté par cette scène.

La pièce reprenait, les lumières faisaient apparaître des décors symbolisant la surface, le peuple aérien qui vivait au-dessus du Palais de Serani. Un acteur apparut, débonnaire et commandant, ce qui fit s'esclaffer Joy : Barrak avait même pensé à placer ce brave vieux Kandiraton ! Appelé Komdirêlotre, c'était dans la pièce le commandant, le maire, le patriarche du peuple qui se demandait ce qui se passait sous ses pieds, ignorant tout de l'amour en cours, des plans du couple. Des petits êtres, semblables à des lutins gambadant, sautillant, tournaient tout autour de Komdirêlotre, s’affairaient à mille choses, des travaux, des discussions, dans une hystérie et une puissance rythmée, très rythmée, qui rendait la scène surréaliste et comique.





Cette présentation, en quelques sortes, du peuple de l'air, futur colocataire de la Reine Serani, était remplie de tendresse et d'amusement, même pas de moquerie ou de condescendance. En lisant entre les notes, Joy pouvait y voir l'accord de Barrak, l'acceptation du peuple de l'Arbre des Rêves à côté de Cerana Apis – quand l'inverse était plus acceptable ! - ce qui donnait, mystérieusement, et peut-être aussi volontairement, une place géopolitique, politique, voire diplomatique à cette pièce. Les Seigneurs eux aussi comprendraient le message, affiché très clairement, livré avec une invitation. La classe de Barrak était immense, si Joy occultait son traitement des deux voyageurs.

Ces deux gusses revenaient, d'ailleurs, après des applaudissements polis et la reprise des discussions pour commenter, dire un mot, ajouter une précision, de la part du public. Les deux voyageurs étaient sur une scène réinventée à la fois comme une ville d'insectes et comme un labyrinthe dans le souterrain, parti explorer les tréfonds des abysses du peuple de la surface, aidés au début par ce brave Komdirêlotre. La musique changea du tout au tout, puisque les deux voyageurs ne chantèrent plus, mais l'orchestre personnel, le philharmonique Barrakien, prit le relais dans une explosion de notes, et, Joy eut un spasme de surprise, se mettait à faire du jazz, comme il en avait peu entendu !
L'orchestre, en effectif réduit, utilisait les notes pour exprimer la situation, l'absence de contrôle, la déconstruction progressive de la confiance, des idées reçues, de la sécurité, pour laisser le danger venir, la tension à la guitare électrique, et cette impression d'avancée continue, cette marche répétée, dans une variation de rythmes, d'instruments montrant que les deux voyageurs, qui se mettaient à suivre la musique en dansant, en mimant, en se donnant complètement sur scène pour que les corps disent le plus de choses possibles, étant dans une situation particulièrement périlleuse, une nouvelle épopée, un récit épique revisité à la manière du Maestro, avec une excellence musicale et une innovation qui bouleversaient totalement le jeune voyageur. Il finit la bouteille de Vibratoire pour l'occasion et se pencha au balcon, pour mieux observer les musiciens et la scène, complètement fascinés.






Il ne pouvait pas dire combien de temps le morceau l'avait happé, mais à un moment, il sentit une
main sur son épaule. Il voyait le dos de Lysandre s'éclipser par l'entrée de leur loge, en silence. La main appartenait à une créature, un homme au visage tendu, habillé comme un ouvreur de salles, d'un costume noir liseré d'or.


- On a besoin de vous. Tout de suite.


Le jeune voyageur regarda Cerana Apis, qui pleurait à chaudes larmes devant les deux voyageurs descendaient vers l'enfer. Il lui prit l'épaule, lui fit deux gestes de la main : le premier pour dire qu'il sortait, le second pour signifier de rester là, que tout allait bien. Elle hocha la tête et reprit le cours de la pièce, mouchoir à la main. Joy sourit et suivit l'homme à l'extérieur. Il se retrouva dans le couloir désert, les marches à descendre, sans trop savoir pourquoi on l'avait fait sortir, et pourquoi Lysandre était parti en premier, sans même le prévenir. Il l'avait vu avant la pièce avec celle qui s'occupait de la sécurité générale dans la ville, et se demandait s'il n'y avait pas un rendez-vous galant là-dessous. Le voyageur temporel était plutôt bel homme, sa présence dans un tel endroit devrait en charmer quelques unes, à en juger par les regards qu'on leur avait adressés à leurs arrivées. Mais pendant la pièce ? C'était vraiment étrange, et intriguant. En même temps que Joy se questionnait, il sentait ses pas donner des accords imparfaits...le Vibratoire revenait à la charge, dans une vague très puissante, et hélas, en vain.

Au détour d'un couloir, dans un creux où se tenait un canapé de velours rouge, la Princesse des Mots regardait par la fenêtre. Elle alla naturellement vers Joy, tandis que l'ouvreur de salle fit quelques pas pour se tenir à côté, mais assez loin pour les laisser parler.


- J'ai vu que vous aviez quitté votre place...On m'a dit qu'à l'Opéra, certains hommes en profitent pour changer de loge, mais je crois qu'il vaut mieux que vous n'alliez pas dans la mienne…
- Heu…

Putain de Vibratoire, des sonorités commençaient à envahir le crâne de Joy. T'en as trop pris, gros.

- J'ai vu votre intérêt pour cette pièce, j'ai lu en vous ce que je ressentais aussi, et…

Soudain, Joy vit des lettres apparaître sur sa main, sur son bras, des lettres parler à ses oreilles et commencer à faire battre son cœur de plus en plus vite. Ce n'était pas l'amour, c'était une crise cardiaque en direct live, les lettres augmentaient la pression sanguine avec une puissance démesurée, et il se sentit partir, entendant les battements en lui, le flux de sang l'envahir de partout, dans une harmonie mathématique qui se déréglait. Son propre corps. La Princesse des Mots poussa un cri de surprise et se mit à incanter rapidement des lettres qui s’agrippèrent, et il sentit tout son corps revenir à la normale. Durant un temps qui lui sembla infini, il plongea son regard vert brillant, en raison de l'activation de son pouvoir par réflexe de survie, dans le regard noir de la Princesse, tandis qu'elle parlait pour contenir ce qui semblait être son pouvoir totalement incontrôlé. Joy n'entendit plus rien, sinon leurs deux voix, leurs corps sûrement, qui se parlaient en chantant. Il se vit transporté, aérien, tenant la Princesse dans ses bras, contre lui, dans une danse qui n'avait que des mots, que des notes, que leurs regards comme pas. Une danse hors du temps, non écrite sur le papier, jamais composée en partition.




Ce qu'on devait appeler les atomes crochus. Totalement calmé, Joy se sentit libéré de l'oppression des lettres, et libéré des effets du Vibratoire. Il cligna des yeux et vit les yeux de la Princesse embuée de larmes, ses mains le tenir en tremblant, et sa bouche près de la sienne.

- Je...je m'excuse, je ne maîtrise pas totalement mon pouvoir et toi..tu es...vous, pardon, vous…ça va ?
- Dites...on m'a fait sortir pour une raison précise, je suis navré…je...je ne sais pas quoi te...vous dire...


La tête de l'ouvreur de salles apparut entre celles des deux, qui se tenaient l'un contre l'autre. La Princesse s'enleva d'un coup, prenant conscience de la situation, et elle regardait Joy avec une expression d'horreur mais avec de la déception énorme, comme si un lien avait été rompu. Joy n'entendait plus leur chant, et se concentra de nouveau sur l'homme qui l'avait accompagné, et qui, bien gentiment, avait assisté à la scène sans rien dire.

- Vous venez avec moi ?

Il adressait une main tendue vers la Princesse, pour inconsciemment renouer le lien qu'ils avaient formé l'espace d'un instant. Elle hocha la tête mais se plaça derrière lui quand il reprit sa marche. Ils parleraient plus tard, pour l'heure, quelque chose se passait, on demandait pas un voyageur sans raison.

La raison, il la vit bientôt. Dans un appartement privé, la loge d'un comédien de la pièce, un corps se tenait, comme une araignée écrasée, les pattes dans tous les sens. Lysandre était déjà sur place, avec celle qu'on appelait Daphnée, originaire de Muzikland, avec des hommes du son faisant partie des forces musicales de la ville. Visages serrés, traits tendus. Lysandre se leva, et laissa Joy regarder le corps. Une femme, à moitié nue, elle devait être en train de s'habiller ou de se changer, elle jouait une coccinelle à en juger par sa tenue. Tailladée de partout, le corps était dans un sale état.


- Bon, merci de m'avoir fait venir, mais pourquoi nous sommes là ? J'veux dire comment l'enquête peut nous concerner ?

Il se tournait vers Lysandre, comme si lui pourrait en savoir plus. Il voyait cependant son air pincé, il y avait quelque chose en plus, quelque chose qu'il redoutait en venant. La soirée n'était pas anodine, la soirée ne serait pas tranquille. Il regarda la Princesse des Mots, machinalement, qui se penchait et développait des mots tout autour pour lire ou trouver des traces, selon quelconque pouvoir lui appartenant. Joy restait hébété, craignant et désirant voir ce qu'on lui cachait.

C'est Daphnée qui apporta ce qu'il voulait. Elle montra, dans une boîte, deux énormes scorpions rouges, les pinces énormes, leurs dards croisés formant une croix. Du sang sur les carapaces, et des yeux les défiant, appelant au combat. Joy les regarda, et l'évidence arriva.


- Cerana est en danger, danger imminent ! Attendez...du coup qui la surveille ?

Les yeux écarquillés, il vit les deux scorpions éclater de rire dans leur boîte, que Daphnée fit taire en tranchant d'un cri le dard de l'un d'eux. Ses hommes partirent en trombe vers la loge de la Reine insecte, tandis qu'une réunion de crise s'imposait.
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Lysandre Videl
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Lun 23 Nov - 16:06

C'est lorsque le Vibratoire entra en communion avec la sensibilité rythmique de son pouvoir temporel que Lysandre perdit la notion de l'espace. Chaque oscillation, chaque envolée vocale de la cantatrice se mit à résonner en lui à la manière de réduplications musicales. La fibre corporelle du Contrôleur du Temps vivait la partition de l'orchestre au remous de ses portées, glissant sur les vacillations des pauses et semi-pauses, croches et demi-croches, blanches et noires pointées. Sa matière organique se faisant à la fois caisson de basse et métronome, le jeune homme se muait en instrument biologique, relais intime d'harmonie. Il perçut peu à peu sa conscience de lui-même s'envoler le long d'une stratosphère mélodique où les tonalités, les accords et les gammes se répercutaient en mille déclinaisons du classique, en un spectre sonore presque tangible. Hérissés sur sa peau parcourue de frissons, ses poils réagissaient aux balancements de l'air qui vibraient en osmose avec ses sens et son pouvoir.

"C'est beau mais c'est loin... Susurra Lysandre en réponse à la voix distante de Joy."

Le tonnerre d'applaudissements et l'arrivée de l'interprète de Kandiraton ainsi que des représentants du peuple de l'Arbre ne rompirent en rien son état de grâce. Ils prolongèrent au contraire l'ondulation des ondes sonores à l'intérieur de son corps ainsi que son voyage à travers les sphères abstraites de la musicalité. Lorsque débuta la narration de l'odyssée profonde de Tweanings et d'Abercrombie, Lysandre focalisa son attention sur la scène où les mouvements et les danses des deux Voyageurs censés les représenter accaparèrent son regard comme le pendule d'un hypnotiseur. Au creux de son diaphragme, juste sous son cœur, le Vibratoire pétillait violemment jusqu'à lui couper le souffle. En proie aux palpitations, Lysandre expulsa une onde de flux temporels de part et d'autre de son anatomie, figeant malgré lui le type étranglé par sa cravate dans un ralentissement arythmique et incontrôlé. Le Moi du Voyageur temporel fut quant à lui happé par sa propre mémoire, revenu au moment de la descente dans la ruche, de la fureur des combats, de la découverte de la matrice natale en rayons de miels.

Ces moments de félicité furent interrompus par la rudesse d'une main qui se posait sur son épaule. Un instant perdu, égaré dans ses repères spatiaux, Lysandre papillonna des yeux et tourna la tête de droite à gauche afin de se repérer. Ses yeux tombèrent sur ses mains, il s'aperçut alors qu'il se cramponnait frénétiquement au dossier du siège de Cerana. Il serrait si fort le cuir enrobé de velours que les jointures de ses phalanges en devenaient blanches. Relâchant la pression, il écarta les doigts et prit une inspiration saccadée, comme s'il remontait à la surface d'une apnée prolongée. Puis il tourna la tête vers l'arrière, constatant que la personne qui l'avait tiré de sa torpeur n'était autre qu'un ouvreur de salle aux traits crispés.

"Daphnée la Cantatrice vous fait appeler, lâcha la créature sans autre forme de cérémonie."

C'est presque machinalement que le Contrôleur du Temps se leva de son siège, encore un peu hébété par sa toute fraîche expérience. Il se glissa à travers les rideaux et se retrouva nez à nez avec Daphnée dans sa superbe robe bleue. Le regard perplexe et cerné, Lysandre laissa échapper un rot inattendu en se plaçant la main devant la bouche. Le regard exaspéré que lui adressa la Voyageuse acheva de lui provoquer un hoquet de rire déjà bien entamé par l'effet du Vibratoire sur son plexus solaire.

"Ce n'est pas le moment, claqua-t-elle, glaciale. Viens immédiatement avec moi."

Elle tourna les talons et s'élança dans les escaliers, dévalant les marches quatre à quatre avec une dextérité qui défiait les lois de l'escarpin. Surpris par un tel empressement et toujours en train de rassembler ses esprits, Lysandre dut se précipiter pour la rejoindre. Tandis qu'ils s'engageaient dans une succession de galeries et de couloirs, il l'interrogea sur les raisons qui requéraient sa présence, non sans la taquiner à la volée.

"Alors ça y est, on se tutoie maintenant ? J'aurais imaginé le processus plus long. Qu'est-ce qu'on fait, on va dans ta loge ? Demanda-t-il en lui adressant un sourire amusé."

La Cantatrice dut s'apercevoir qu'elle s'était trompée dans sa manière de s'adresser à lui, rompant la distance qu'elle avait naturellement imposée entre eux dès le début. Elle se mordit inconsciemment la lèvre inférieure en signe d'auto-flagellation et fronça les sourcils. Manifestement, elle était suffisamment troublée en oublier quelques-unes de ses priorités et cette pensée intrigua profondément le Contrôleur du Temps.

"Il s'est passé quelque chose de grave, dit-elle d'une voix monocorde. J'ai besoin de vous.
- ... De toi, insista-t-il."

Elle lui jeta un regard, leva les yeux au ciel et finit par concéder:

"De toi.
- Envolée, la crainte que je puisse devenir la cause d'une guerre onirique ? S'enquit le jeune homme d'un air satisfait.
- Tu disais bien que si scandale il devait y avoir, ça ne viendrait pas de toi ?
- Et je le maintiens.
- Je n'ai pas d'autre choix que de te faire confiance. Tu étais dans mon champ de vision toute la soirée, et ce qui s'est passé, ça ne peut pas être de ton fait, donc...
- Est-ce que tu vas enfin me le dire ?"

Exaspérée par l'interruption de son interlocuteur, la Cantatrice s'arrêta brusquement au milieu du couloir qu'ils étaient en train de traverser approcha sa tête de la sienne en plaquant ses mains sur les hanches d'un air sévère. De sa position, Lysandre pouvait voir son visage coléreux encadré par deux portraits mouvants accrochés au mur qui se trouvait derrière elle. Ils représentaient de probables illustres cantatrices Voyageuses du passé, chacune d'entre elle arborant la même grande robe bleu pastel. Sans doute une institution à Musikland.

"Je savais que ça allait être compliqué, alors nous allons procéder autrement, commença-t-elle d'un ton impérieux. Que les choses soient claires, Videl. Je connais les mecs dans ton genre et je ne les aime pas. TU es à MON service. TU suis MES directives. TU adoptes MON rythme. Pas l'inverse. Il est hors de question que tu commences à te la jouer loup solitaire et à courir partout hors de contrôle, à prétendre être ce que tu n'es pas et à vouloir tout diriger. Range tes manies et tes tendances obsessives dans le dernier recoin de tes poches. Sinon, on ne va pas s'entendre et tu vas devenir un problème. Et je t'ai déjà dit comment je traitais mes problèmes."

Le jeune homme croisa les bras, étirant son sourire sur ses lèvres. Le comportement de la Voyageuse commençait à lui apparaître dans des contours plus nets que lors de leurs tout premiers échanges. Elle semblait roidie par de mauvaises expériences, interprétant le moindre comportement masculin un temps soit peu assuré par la marque évidente d'un risque de se brûler les ailes. Et dans le cas présent, l'attitude de Lysandre menaçait le bon déroulement de son office dans la mesure où elle semblait désespérément avoir besoin de son apport. Bien qu'il ne sache pas la nature de cet apport, il percevait la réticence de Daphnée à devoir baisser sa garde pour l'obtenir. En d'autres termes, le sérac apparent dissimulait quelque chose moins austère qui peinait simplement à se manifester. Mais le Contrôleur du Temps avait déjà décidé de gratter la glace.

"Ça doit donc être très sérieux, répondit-il d'un ton conciliant.
- C'est bien que tu le comprennes, fit-elle en reprenant sa marche.
- Je t'écoute, enchaîna Lysandre en lui emboîtant le pas.
- Je dirige de la sécurité et de la police du son, j'ai donc une certaine expérience des enquêtes et des chasses à l'homme... Et j'ai aussi des hommes très compétents sous mes ordres. Mais là c'est différent. Le temps est compté, on n'a que jusqu'à la fin de l'Aria si l'on veut éviter l'incident diplomatique. Ou que la situation ne s'aggrave. Je ne fais pas partie de la police dans le monde réel, je ne dispose pas des mêmes connaissances procédurales, des mêmes réflexes, des mêmes habitudes... Alors j'ai besoin d'un vrai flic avec moi. Voilà pourquoi tu es là.
- L'incident diplomatique ? Ce serait grave à ce point ?
- Constate par toi-même."

Elle se positionna sur le côté d'une porte ouverte et lui désigna l'intérieur d'un geste du bras. Le Voyageur temporel passa l'encadrement et s'arrêta en découvrant le spectacle qui l'y attendait. Des créatures de la police du son se tenaient autour du cadavre d'une actrice de la représentation à moitié vêtue d'un costume de coccinelle. Dans un état assez moche. Pénétrant à sa suite dans la loge privée, Daphnée posa la main sur une boîte qui attira son attention. A l'intérieur, deux scorpions recouverts de sang à l'air vindicatif. Le regard de la Voyageuse lui en dit suffisamment long pour qu'il comprenne que les armes du crime se trouvaient devant ses yeux. Il s'approcha du cadavre. Au même moment, les hommes de Daphnée esquissèrent un mouvement pour l'en empêcher, mais la jeune femme les apaisa d'un signe de la tête. S'agenouillant, Lysandre dressa un sourcil à la vue des blessures et de la position des membres de la défunte. Du bout des doigts, il tâta l'un de ses biceps contorsionnés.

"Je ne vois que les écorchures causées par les dards et les mandibules, fit-il à voix haute. Les muscles sont anormalement contractés, sans doute à cause du poison. Ce corps ne comporte aucune signature."

L'arme du crime en-elle même suffit à signer le crime... Songea-t-il. La Voyageuse des Dunes Ocres, comment s'appelait-elle... ? Arabelle ? Cristobelle ? Pourtant ça paraît trop simple. Trop évident. Quel genre d'assassin se désignerait directement comme coupable ? Et pourquoi s'en prendre à une comédienne...

Plus important, l'usage d'insectes pouvait aussi tout à fait désigner une cible. Une cible comme Cerana Apis. Mais tandis que Lysandre méditait à toutes les éventualités, Joy pénétra dans la pièce en compagnie de la Princesse des Mots. Il aurait presque été amusé par la vue du duo, qui semblait définitivement être attiré comme les deux parties d'un aimant. Mais il avait l'esprit trop lourd de questions pour s'attarder sur eux. Se redressant pour laisser la vue du corps au garçon, il observa la créature se répandre en mots pour analyser la pièce. Voilà qui serait sans doute utile pour trouver une trace quelconque, si toutefois elle s'avérait efficace. A ce moment Joy posa des questions en s'adressant vraisemblablement à lui-même en premier lieu, jusqu'à ce qu'il mentionne le danger concernant Serana. Les scorpions rirent, Daphnée les calma aussitôt tandis que ses subordonnés quittaient les lieux à toute pompe. Les yeux écarquillés, Lysandre fixa intensément la Cantatrice du regard. Il n'en croyait littéralement pas ses yeux.

"Je partais du principe que tu gardais un œil sur chaque invité d'importance de la soirée, fit-il d'un ton surpris mais avant tout rhétorique. Ne serait-ce que Cerana, qui est le clou de la soirée. Pour ne pas dire du spectacle.
- J'ai des hommes postés aux quatre coins de la salle de représentation. Mais il est impossible de placer un policier dans chaque loge.
- Je vais me passer de faire le moindre commentaire sur la sécurité de l'Opéra.
- Tu as raison, n'en fais aucun, rétorqua-t-elle du tac au tac en le fustigeant du regard."

Lysandre croisa les bras et s'assit de moitié sur la table de la coiffeuse qui se trouvait apposée contre le mur, et jeta un coup d’œil qui se voulait rassurant à Joy. Quand bien même Cerana serait seule, il doutait de la propension du tueur à frapper directement dans sa loge. Du moins pour l'instant.

"Pour répondre à votre question Joy, fit Daphnée en déposant la boîte non loin d'elle, j'ai besoin de votre aide parce que je sais déjà que vous n'êtes pas suspect. Vous tenez à la Reine Cerana Apis, votre réaction en est bien la preuve. En l'état actuel des choses, j'ai besoin de toutes les bonnes volontés susceptibles d'apporter leur aide. L'Aria de la Ruche était censée montrer à tous que Barrak est en mesure de faire reconnaître une Reine à Dreamland. Prouver s'il en était encore besoin qu'il est une force sur laquelle il faut compter en cette période de trouble où la guerre gronde. Il est hors de question qu'elle fragilise sa position aux yeux des autres Seigneurs.
- Dans ces conditions, j'imagine qu'il est hors de question d'interrompre la représentation ? S'enquit Lysandre.
- Pas dans l'immédiat, en effet. Et pas à moins que ça ne devienne absolument nécessaire. Nous devons être en mesure d'endiguer la crise au plus vite, et si jamais l'affaire doit être révélée, il faut qu'elle puisse permettre de vanter l'efficacité avec laquelle Barrak a mis la main sur le tueur. Bien que j'aie déjà quelques idées derrière la tête, je suis ouverte à vos suggestions.
- Je vois. Dans ce cas il faudrait peut-être que tu établisses une liste des suspects potentiels. Ceux que tu jaugeais à titre personnel les plus dangereux avant même de les rencontrer... Commença-t-il son énumération en lui jetant un regard lourd de sens et peut-être de reproches ostentatoirement feints. Ceux que tes renseignements t'indiquaient de tenir à l’œil, et ceux que tu crois capables de maîtriser ce genre de scorpions. Ensuite, le mieux serait que tu..."

Il fut interrompu à ce moment par l'arrivée impromptue d'un policier du son essoufflé, qui s'appuya sur l'encadrement de la porte pour ne pas s'écrouler. Il venait vraisemblablement de piquer un sacré sprint au regard de l'humidité qui couvrait son visage et auréolait ses aisselles.

"L'équipe de l'aile ouest... Il reprit son souffle. Ils ont découvert un cadavre dans la loge de Seithan, directrice Daphnée... Et je reviens de l'aile nord où ma propre équipe a trouvé un autre corps."

La Cantatrice tressaillit et se tint subitement plus droite alors même que Lysandre pensait que c'était impossible.

"Ok, les dominos tombent en se multipliant, il faut stopper la chose avant qu'elle ne devienne hors de contrôle. Lieutenant Ré-Mi, accompagnez Joy jusqu'à l'aile nord. Princesse Lilianna, votre aide nous serait précieuse. Je ne suis pas en mesure de vous demander de faire quoi que ce soit pour nous l'apporter, mais sachez que Barrak vous serait très reconnaissant si vous acceptiez de le faire.
- J'aimerais aller avec Joy, fit aussitôt la créature en interrompant ses manipulations magiques.
- Merci infiniment votre Altesse. Toi, dit-elle enfin en se tournant vers Lysandre, tu viens avec moi, termina-t-elle en prenant soin d'emporter la boîte à scorpions avec elle."

Lysandre adressa un coup d’œil en pitre à Joy et disparut de la pièce dans le sillage de la Cantatrice. Elle courrait déjà à grandes enjambées, ce qui parut une fois de plus complètement improbable au Contrôleur du Temps compte tenu de la taille de ses talons aiguilles. Se calant sur son rythme, il lui demanda:

"La petite princesse est sûre ?
- Je l'ai toujours considérée plus sûre que toi.
- J'imagine que ça répond ma question."

Il traversèrent un compte indénombrable de galeries, couloirs et corridors le long desquels Lysandre n'hésita pas à booster le rythme de leur course en les enveloppant d'une zone de Swift Tailor. La première accélération temporelle provoqua chez Daphnée un soubresaut étrange et il la vit rouler des yeux comme elle ne s'y attendait pas, mais à voir par la suite le léger sourire qui arrondissait le coin de ses lèvres, il comprit que la sensation lui plaisait. Il bloqua son pouvoir lorsqu'ils parvinrent devant la loge de l'acteur interprétant l'amant de Serani, où il trouvèrent l'équipe mentionnée par le lieutenant Ré-Mi. L'air accablé, les policiers du son accueillirent leur chef avec un certain soulagement. Au sol se trouvait  une autre femme, cette fois-ci en tenue d'abeille. Une flaque de sang où baignaient ses longs cheveux s'étendait autour de son crâne tourné de profil, et Lysandre n'eut pas besoin de s'approcher pour distinguer les deux énormes trous rouges situés sur sa gorge, desquels deux minces filets écarlates s'écoulaient jusqu'au sol. La scène lui évoqua instantanément Lord Chyropterion. Le maintien et la manière de se déplacer de la créature n'avaient laissé aucun doute sur sa nature lorsqu'il avait échangé quelques mots avec lui plus tôt dans la soirée.

Maintenant, l'usurier vampire ?

En se tournant vers sa compagne, Lysandre constata que le visage de celle-ci avait grimpé d'un cran dans la fureur.

"C'était la compagne de l'acteur à qui avait été attribuée cette loge. Le... Non, les assassins ne se contentent pas de taper en plein sur la politique diplomatique de Barrak. C'est une mise en scène macabre, ils y prennent du plaisir.
- Tu penses qu'ils sont plusieurs ?
- Pour frapper aussi vite à des endroits si éloignés les uns des autres à l'intérieur du Palais ? Je ne vois pas d'autre solution."

Lysandre se tut un moment, son regard passant de la boîte que Daphnée tenait sous le bras au corps blanchi, voire bleui par la perte sanguine. Les éléments étaient trop évocateurs et précis pour témoigner d'une réalité évidente. Les personnes ciblées étaient a priori bien trop intelligente pour se désigner à travers la mise en scène d'une telle besogne. Mais de fait, il fallait prendre en compte la propension de ces mêmes individus à compter sur l'improbabilité d'une telle défaillance pour se disculper. Et tandis qu'il réfléchissait aux potentialités, un bruit précipité suivit d'un mouvement de course retentit depuis le couloir. D'une embardée presque synchrone, Daphnée et Lysandre bondirent à l'extérieur pour voir détaler une silhouette à toutes jambes. La Cantatrice rejeta son bras en arrière et généra une onde sonore frémissante au bout de ses doigts. Les restes du Vibratoire dans l'organisme de Lysandre faisant encore effet, il fut parcouru d'un frisson.

"Je vais annihiler cette ordure, claqua la Voyageuse."

Lysandre réagit aussitôt et se plaça de trois-quart devant elle, posant sa main sur son bras menaçant pour l'abaisser. Surprise par le contact, Daphnée l'observa un instant avant de froncer les sourcils.

"Pousse-toi de là !
- Arrête, ça ne sert à rien s'il n'est pas seul.
- Moi qui pensait qu'on s'était mis d'accord sur le fait que tu étais sous mes ordres et non l'inverse. Je ne le répéterai pas une seconde fois. Ecarte-toi Videl."

Le ton de Daphnée était dur, son visage de marbre.

"On s'est aussi accordés sur le fait que tu avais besoin de mes conseils. Alors écoute-moi."

La Voyageuse se tut, resta une seconde le bras en l'air, puis coupa court à son onde. Après quoi Lysandre lui adressa un sourire satisfait et partit en marche arrière, s'étendant en une multitude de lui-même le long d'une accélération temporelle. Il fut sur le fuyard en un rien de temps et le plaqua au sol d'une charge abrupte. Il le maîtrisa sans difficulté et se retrouva nez à nez avec une créature au visage apeuré, les yeux exorbités et le nez retroussé par la terreur.

"A... Arrêtez ! Je n'y suis pour rien ! Regardez ! Regardez ! Je transporte un message de la part du grand Adémard pour Dame Beryl ! Je passais juste par là... pitié !
- Qu'est-ce que tu racontes ?"

Le pauvre hère agitait une enveloppe sous le nez de Lysandre, qui perçut alors un parfum des plus enivrants. Le cachet de cire qui scellait le courrier comportait l'étrange marque d'une rose. A la vue et à l'odeur, Lysandre suspecta quelque chose d'effectivement hors de propos. Sans relâcher son emprise des genoux sur son captif, il commença à l'ouvrir pendant que Daphnée et un des policiers du son présents dans la loge ne les rejoignent. Lorsqu'ils furent à côté d'eux, le Contrôleur du Temps parcourait déjà les premières lignes.

What the f...
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Joy Killamanjiro
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Mar 24 Nov - 11:59


Décidément, c'était pas un soir pour sortir écouter de la bonne musique, pour certains. Les corps commençaient à tomber comme des mouches, de quoi virer à la panique générale. Celle qui gérait les troupes musicales et qui semblait être bien copine avec Lysandre lançait des ordres à tout va, et, assez benoîtement, Joy y répondait sans trouver quoi que ce soit à redire, ou ajouter. Il aurait pu répondre à Lysandre, cependant, à son regard amusé devant la Princesse des Mots, ce qui commença à exaspérer le jeune voyageur...Les femmes amusaient le voyageur temporal naguère si sérieux, mais le gamin n'avait pas autant d'expérience, et bien évidemment la maturité d'un adulte en la matière. Quoique...rester goguenard après trois morts, c'était pas évident.

La directrice des forces musicales ainsi que Lysandre partirent à grandes enjambées, laissant le lieutenant Ré-Mi prêt à bondir. Lilianna, sans prévenir, posa une main sur Joy, une sur le Lieutenant, et énonça très clairement : « aile nord ». Les lettres entourèrent les trois corps, et ils se téléportèrent, emportés dans une voix remplie de mots, de symboles, de lettres de toutes les langues, comprimés dans une multitude de voix, comme autant de chemins possibles, avant d'arriver, cinq secondes après, dans l'espace d'habillement où trônaient des centaines de costumes. Les gardes eurent un mouvement de recul et les mirent en joue, jusqu'à reconnaître leur lieutenant, qui se mit à vomir sous le choc du déplacement. Joy avait le tournis et alla directement vers la droite, rencontra une série de costumes et tomba dedans en faisant un bruit complètement ridicule. Il se redressa, un chapeau de mousquetaire sur la tête, des châles bariolés et deux kimonos sur les bras. Lilianna retint un rire, mais le regardait à moitié gênée et amusée. Le matheux garda le chapeau pour l'occasion, et s'approcha du corps.

Il s'agissait d'une costumière, frappée dans le dos. Des lettres de sang marquaient comme un tatouage ses omoplates. Deux lettres, plus précisément : un I et un D.



- La marque des Indépendantistes Dubstepistes…


Joy s'approcha, et vit l'arme du crime : un pic à glace, planté dans la colonne vertébrale. Le sang issu de la plaie avait servi à signer le meurtre...une mise en scène macabre, qui donnait un mobile, un suspect, et une violence terrible. Joy était agenouillé et regardait le dos, l'inclinaison du pic. Il activa son pouvoir pour déterminer comment l'objet pointu s'était retrouvé là, et déduisit que le meurtrier était très grand, assez fort pour planter la quasi totalité du pic dans le dos, et plutôt adroit. D'après l'angle d'inclinaison, un individu faisant plus du mètre quatre-vingt, forte corpulence ou musculature puissante...ce qui laissait environ 30 % du public, dans la possibilité où l'assassin était dans le public. Autant chercher un rêveur bourré de type masculin dans Delirium City…

Lilianna, les yeux devenus violets par l'utilisation de son pouvoir, semblait chercher quelque chose dans la main dans la pauvre créature, et s'empara d'une lettre. Parfumée, décorée de liserés d'or, encre argentée, elle portait la signature de la Reine Beryl. Lilianna parcourut la lettre et la tendit à Joy. Il s'agissait davantage d'un billet doux que d'une lettre, puisque Beryl invitait le jeune Kurogane Ito à le rejoindre dans son hôtel particulier après la représentation, pour parler diplomatie et goûter la boisson favorite de la Reine, le nectar de diamant. Après la lecture d'une telle missive, Joy s'assit devant le corps et commença à réfléchir, sentant que quelque chose leur échappait. Il demanda aux gardes d'amener des cartons et un feutre, pour retracer tous les éléments en leur possession…


Les gardes arrivèrent, bloquant le passage du personnel de l'Opéra, curieux ou apeuré, qui voyait deux adolescents discuter autour du corps, et Joy inscrire des choses sur un tronc d'arbre en toc. Coiffé comme un mousquetaire, tandis que Lilianna s'était enveloppée dans un grand kimono blanc et noir montrant l'envol d'oiseaux vers une lune. Le contrecoup du choc, le refroidissement, l'abattement, tout ça demandait une chaleur et du réconfort. Mais le mathématicien, quant à lui, s'agitait en formules et raisonnements déductifs pour se calmer.


- Premièrement, principe d' Henseiberg : ce qu'on observe est modifié par l'observation. On a tué en même temps, à plusieurs endroits, dans des lieux ouverts. Le but n'est pas seulement la visibilité, le but est de créer suffisamment de mouvement...pour soit se cacher, soit pour continuer d'agir. Deuxièmement, les armes du crime : scorpions et pic à glace, quand une voyageuse-scorpion et Frost sont présents ce soir. Tiercement : une revendication qui suit l'actualité, celle des Indépendantistes qui se frottent un peu trop à Barrak en ce moment. Trois suspects, des mobiles possibles...mais la coordination, la simultanéité n'est pas hasard, le hasard n'est que la coïncidence du pauvre. On cherche soit à créer le chaos, soit à créer la panique, soit à faire passer un message. Le seul problème, mes chers assassins, c'est qu'en raisonnant en mathématicien, je pourrais peut-être déterminer où et quand seront les prochains...si vous bougez…

Le voyageur inscrivait des formules sur la surface, pour essayer des explications, des prédictions, tandis que Lilianna, yeux violents écarquillés, balayaient la pièce du regard. Elle battait l'air comme si elle chassait des papillons, sentait, goûtait ce qui semblait être dans sa main, pour faisait un mouvement de relâchement, comme si elle donnait son envol à un oiseau.

- Il y a eu très peu de cris, si je remonte dans l'écho des lettres laissées dans l'air. Elle a été prise par surprise alors qu'elle rangeait un costume...en me concentrant un peu mieux, j'arriverai peut-être à entendre plus de choses, comme les pas ou des bruits de passage.
- Quel genre de maîtrise des mots avez-vous ? Vos compétences sont exceptionnelles…
- Les bruits, les sons, les vibrations...je peux mettre des lettres sur absolument tout. C'est pour moi comme des onomatopées, vous voyez ? Je me suis spécialisée dans la trace littéraire, c'est-à-dire la fouille d'échos, de mots échangés, qui subsistent dans l'air. C'est une magie, une magie que je maîtrise par ma noble naissance. On m'a dit qu'il s'agissait d'un don…et vous, Joy ?
- Un peu similaire, je vois le monde comme un ensemble de formules mathématiques...Tout m'apparaît comme étant un calcul, une formule, un résultat, une géométrie, et je peux modifier ce que je veux…
- C'est la première fois que j'entends parler d'un tel pouvoir…
- Je suis né à Mathematica, et ça semblait plutôt dans la logique du Roi Euclide...il était surpris, mais curieux. Intéressé. Positivement.
- Et que faites-vous sur cet arbre, alors ?
- J'ai utilisée une chaîne de Markov pour établir un algorithme de travail, à partir des probabilités.
- Vos mots ne me parlent pas, je suis...navrée…
- Ah, euh, pardonnez-moi...j'ai établi l'idée suivante : en montrant des armes et des mobiles différents, le ou les meurtriers vont continuer à tuer. Reste à savoir où. En prenant des zones non encore touchées par les assassins, et des personnalités présentes ce soir par intérêts, il suffit de proposer des solutions...c'est un peu comme jouer au Cluedo, si vous voulez.
- Au quoi ?
- Ah oui, pardon, c'est un jeu...de mon monde...enfin le monde réel...enfin le monde humain...enfin le...le...la réalité du réveil ?
- Je vois, vous jouez au détective, en somme ?
- En somme, il suffit de prendre une suite de probabilité à un instant t, et de la faire varier selon les valeurs/possibilités des probabilités à chaque instant précédent. Une magnifique loi qui conjugue mon pouvoir et celui de mon ami Lysandre.
- C'est fascinant !
- Oui, mais il me manque l'information du côté de Lysandre...nous avons besoin de vos capacités ici, du coup...Lieutenant Ré-Mi, vous avez un moyen pour communiquer instantanément avec votre directrice musicale ?

Le lieutenant bredouilla quelque chose, perdu par les explications des deux adolescents, et se mit à courir. Joy, concentré sur ses formules, commençait à concevoir des probabilités et entrevoyait les prochaines zones de meurtres, si jamais ce n'était pas déjà trop tard pour sauver des vies. Lilianna, quant à elle, semblait soudainement perdue, cherchant au plafond sans trouver ce qu'elle voulait.

- Un problème, Princesse Lilianna ?
- Lilianna suffira. Oui, je ressens des mots, mais je ne les trouve pas. Ils ne sont pas accessibles.
- C'est possible ?
- Oui, s'ils sont loin, s'ils sont effacés, s'ils sont murmurés, ou s'ils sont cachés volontairement.
- Quatre possibilités, voyons...La distance dans un lieu fermé, c'est impossible, car vous pouvez réduire la distance où que vous soyez.
- Oh, je n'avais pas pensé...vous songez à un fonctionnement comme un sonar ?
- C'est ce que j'avais compris de votre pouvoir, mais on pourrait l'inverser, non ?
- Vider le lieu de toutes lettres pour déterminer précisément la source ? Oui, j'y pensais, mais ça demanderait…
- Je m'occupe de faire sortir tout le monde et le matériel.
- Restez avec moi, votre silence sera tolérable, et vous m'aiderez à trouver la source.

Le jeune voyageur sourit et expliqua le plan aux gardes. Pendant ce temps, il faisait tourner son pouvoir à plein régime pour accumuler les probabilités. Quant la salle fut vidée, occupée uniquement par les deux détectives improvisés et la zone du meurtre, Lilianna se mit de nouveau à traquer les lettres, tandis que Joy reprenait ses calculs. Il y avait encore tellement de possibilités, mais selon le déroulement de l'Opéra, les coulisses, les loges, les machineries pour le décor, ainsi que les parties communes comme des toilettes ou les arrières-salles sont prioritaires...le palais serait gardé, mais pas forcément les recoins, les corridors, les culs-de-sac. Il restait encore, comme armes signataires, celles d'April, d'Orycto, Fumarola, Beryl, Kurogane, Adémar. Kurogane était exclu, il ne connaissait personne et s'était mis les Indépendantistes à dos...s'il s'agissait bien de ce groupe ! April n'avait aucun mobile, Adémar n'avait pas besoin de tuer pour asseoir sa domination, restait Orycto et Fumarola. Un Prince et un Seigneur, rien que ça !

- Joy...j'ai trouvé.

Lilianna tenait entre ses doigts fins le billet doux de Beryl à Kurogane Ito. Déjà étudié pourtant, sous toutes ses coutures.

- Vous êtes sûre ?
- Absolument, j'ai vérifié deux fois, les lettres viennent de là, mais sont bloquées par une magie que je ne connais pas…
- Que ressentez-vous, précisément ?
- Des lettres étouffées, plates, qui veulent parler mais qui sont...déguisées...je ne sais pas.


Joy prit le billet et activa son pouvoir. Il voyait distinctement la calligraphie utilisée par les lettres, l'épaisseur de l'encre, celle du papier, les mouvements précis de l'écriture. Il le tourna dans tous les sens, jusqu'à repérer une microfibre du papier, encrée en dehors des lignes d'écriture. Comme si une pointe venait modifier tout un calcul réalisé à la perfection.


- Oh, je vois...on tient...
- Un palimpseste ! Un message effacé sur lequel on a ré-écrit dessus ! C'est brillant !
- La magie est puissante, mais en affinant mes formules d'observation, je peux déceler une once minuscule de l'ancienne écriture...Maintenant, peut-on lire le message effacé…
- Je peux soulever les lettres pendant un temps, et lire l'écho de l'autre message !
- Je peux vous aider à soulever les lettres en utilisant le déplacement vectoriel, aussi !

Les deux, allongés tête contre tête, se concentrèrent pour l'opération, quasiment chirurgicale, et commencèrent à lever les mots du papier, dans une coordination parfaite. Joy sentait cependant son pouvoir faiblir, mais il fallait tenir. Il entendit Lilianna murmurer quelque chose, avant de relâcher complètement les mots sur le papier. Le jeune voyageur sourit en pensant aux efforts demandés par la restauration d'un palimpseste, et saluait l'efficacité de deux pouvoirs de Dreamland. Pendant ce temps, Lilianna appelait ses propres murmures, qui formèrent un message sur le mur. Un message en lettres de fumées.

- What the f…
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Lysandre Videl
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Jeu 26 Nov - 12:46

La prose sucrée du fameux Adémard força Lysandre à tirer légèrement la langue de dégoût. Le langage était flottant, fleuri, flagorneur à souhait. Il était question d'ébats amoureux passés et à venir, d'invitation à la copulation et de spiritualité sexuelle. Quelque chose d'à la fois terriblement amusant mais profondément malsain se dégageait des lettres couchées sur le papier. Le jeune homme pouvait presque visualiser l'auteur, individu sordide plus que mûr interpellant une jeune femme pour lui demander de lui rendre service sous les draps en l'échange de quelque menue monnaie. La stratégie avait pourtant déjà dû fonctionner s'il fallait en croire les quelques descriptions qui s'essaimaient au fil de la lecture. Achevant de parcourir la dernière ligne, le Contrôleur du Temps tendit le papier à la Cantatrice et la laissa découvrir par elle-même l'étendue du malaise. Ce faisant, il relâcha la pression sur son captif affolé et se releva, le redressant avec lui tout en le maintenant fermement sous son contrôle.

"Adémard... Laissa simplement échapper Daphnée d'un air nauséeux.
- Je ne vois pas qui c'est.
- Un grand journaliste et critique d'art qui travaille notamment au Dream Glam. Ce genre de lettres... Ça lui correspond tout à fait. Nos services de renseignement nous ont permis de confirmer certaines rumeurs selon lesquelles il entretiendrait de nombreuses liaisons avec les Reines de Dreamland. Il séduit d'abord par le verbe... puis par le membre.
- Le verbe ? Avec ce genre de courriers ? Il faut bien reconnaître qu'il sait manier la plume... Mais quand même. J'ai eu l'impression de lire un vieux pervers adepte de massages thaïlandais prodigués par des prostituées. Et j'ai eu l'occasion de croiser ce genre de types avec mon travail.
- Le verbe, puis le membre, Videl. Si l'un ne suffit pas, ce qui est rarement le cas, il fait démonstration de l'autre. Il échoue rarement après avoir joué tous ses atouts."

Le Voyageur temporel dressa un sourcil, son esprit étant traversé par toute sortes d'images absurdes et grotesques. Puis il balaya l'air d'un geste de la main et désigna le messager.

"Qu'est-ce qu'on en fait ? Il ne vaut mieux pas le laisser répandre la nouvelle tant que la représentation n'est pas terminée. Et il n'est pas disculpé pour autant.
- Lieutenant Do-Ré, fit Daphnée en se tournant vers le policier qui l'accompagnait, emmenez-le en salle de contrôle. Je prends le relais avec votre équipe."

L'officier obtempéra en se saisissant du suspect, qui se mit à s'agiter et à protester en laissant presque couler des larmes sur ses joues.

"Attendez ! Vous ne pouvez pas, je n'ai rien fait !
- Vous serez relâché dès lors que votre innocence aura été établie, répliqua la Cantatrice."

La créature se mit à sangloter tandis que le lieutenant Do-Ré le faisait disparaître au détour d'un couloir. Lysandre et Daphnée se dirigèrent alors de nouveau en direction de la loge de Seithan, où la jeune femme donna quelques ordres à ses subordonnés afin de disposer du cadavre et de ne pas le laisser en l'état. Ils accompagnèrent tous les deux l'équipe en demeurant un long moment silencieux. Ce fut le Voyageur temporel qui reprit la parole en premier.

"La liste des suspect s'est allongée mais ne me paraît pas crédible.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
- D'abord les scorpions semblent faire de la représentante du Maître des Dunes Ocres une coupable toute désignée. Puis la marque de morsure sur le cou de la seconde victime alors qu'il n'y a, sauf erreur de ma part, qu'un seul vampire cette nuit à l'Opéra: Lord Chyropterion. Enfin, la présence du messager sur les lieux du crime qui pourrait, même si c'est peu probable, impliquer le critique. Je ne connais quasiment pas ces gens, mais seraient-ils suffisamment stupides pour signer leur assassinat comme un élève marquerait son nom sur une copie ?
- Bien sûr que non.
- Il y a aussi les victimes. Des comédiennes en costume d'insecte, dans des loges privées, pour désigner quoi, ou qui ? Dans quel objectif ? Je crois que quelqu'un essaie de brouiller les pistes. Le feedback de Joy et de la petite Princesse pourrait nous aider à y voir plus clair, cependant..."

Lysandre s'arrêta en plein milieu de sa tirade tandis que, débouchant sur une galerie pleine d'instruments de musique en exposition, le groupe découvrit une scène macabre. L'un des policiers, une jeune créature qui faisait vraisemblablement ses classes dans les forces du son, porta sa main à ses lèvres pour retenir une régurgitation qui resta dans sa bouche. Pendus l'un derrière l'autre le long du large couloir, deux cadavres se balançaient au bout d'une corde, un troisième se trouvait étendu sur un piano de marbre. Trois corps qui n'étaient pas là lorsque Lysandre et Daphnée l'avaient traversé en sens inverse pour venir sur les lieux du second meurtre, et pour cause. Le premier d'entre eux n'était autre que le lieutenant Do-Ré, les yeux écarquillés et la bouche grande ouverte qui déversait un flux continu de fumée opaque. Derrière lui, arborant une réplique à l'identique du masque de Tomoe Irezumi, Lysandre reconnut à sa tenue le messager apeuré. Le troisième enfin, s'avérait être celui d'un ouvreur de salle, celui-là même qui était allé chercher Joy et Lysandre sur leur balcon. Bras et jambes écartés sur l'instrument de pierre blanche, il maculait la couleur pure du piano d'une énorme flaque de sang qui s'écoulait comme plusieurs robinets ouverts le long du clavier jusqu'au sol. Aucune chance n'avait été laissée au malheureux, qui était littéralement empalé dans la pierre par une demi-douzaine de lances et de katanas. Hérissées en multiples diagonales sordides depuis l'intérieur de son corps, les armes lui donnaient un air de martyr.

Le Seigneur Fumarola, le numéro un et... les lances et les katanas, je ne vois pas... Songea aussitôt Lysandre en associant leurs marques aux "suspects". Qu'importe, c'est de plus en plus absurde.

Les policiers déposèrent le corps qu'ils portaient et se déployèrent aussitôt autour des pendus pour commencer à les détacher. Le plus jeune pleurait littéralement de voir son officier finir de la sorte. Le Voyageur temporel tiqua de la langue sur son palais buccal et s'approcha du cadavre de l'ouvreur en repérant un message tâché de sang planté en travers de sa poitrine par une lame étincelante. L'arrachant d'un coup sec, il parcourut les quelques lignes qu'il comportait. Sous l'effet des dernières traces de Vibratoire qui n'avaient pas encore été filtrées par son métabolisme, chaque mot entra en résonance avec lui à la manière de sonorités Dubstep.

♪ Dubstep Independantists ♪

Le Prince des Lances de Sérénité y passera à son tour. Tous y passeront en leur temps. L'Opéra se fondra en thermes du sang des traîtres où se baigneront les nantis. Mort à Barrak. Mort à sa Cour.
Shame on you who sell our Music. Shame on you who sell our Land.
Hasta la Harmonia siempre.
Les I.D. frappent où ils veulent, quand ils veulent.

Quittant des yeux le message, Lysandre se remémora l'actualité récente de Musikland et l'émergence d'un mouvement terroriste porteur d'une idéologie radicale allant à l'encontre de la gouvernance de Barrak, les Indépendantistes Dubstepistes. Ce groupuscule avait récemment tenté un attentat direct contre la personne du Seigneur de la Musique, stoppé par l'action d'un jeune prince itinérant. A la lecture du message, il fit le lien entre ce prince et celui que les terroristes désignaient comme appartenant à la contrée des Lances de Sérénité. Le Contrôleur du Temps, bien qu'encore en proie à la folie dubstepiste qui secouait ses entrailles selon un rythme inquiétant, comprit donc que l'action en cours à l'Opéra dépassait le cadre des crimes crapuleux ou psychotiques. Les indépendantistes étaient sur place. En se retournant vers Daphnée, Lysandre constata qu'elle tremblait de colère. La jeune femme arborait un visage crispé, empli d'une rage sourde à la raison. Son poing s'était refermé sur le courrier désormais froissé. Ses yeux ne se détachaient pas du visage hébété de son officier décédé et lorsqu'elle prit la parole, sa voix oscillait dans les tonalités.

"Ça vient de se produire, nous étions à côté... Et nous n'avons rien entendu. Pas un cri, pas le moindre bruit de lutte. Qui que ce soit, qui qu'ils soient, ils se moquent de moi."

Lysandre se tut. Il était moins affecté par la dureté de la scène -qui d'une part ne comportait que des créatures, et d'autre part commençait à lui devenir familière- que par l'état dans lequel se trouvait sa compagne, pour la simple et bonne raison qu'il savait à quel point une responsabilité de ce genre pouvait peser sur les épaules d'une seule personne. Échouer à sa tâche pouvait être perçu comme une humiliation. Il le comprenait parfaitement. Il songea également qu'elle n'était plus, dans l'immédiat, en mesure de prendre les commandes de son équipe. L'affect avait définitivement pris le pas sur la raison. Aussi se dirigea-t-il vers les policiers qui achevaient de déposer le dernier corps au sol pour leur donner quelques directives.

"Les Indépendantistes Dubstepistes se sont introduits dans les murs. Restez groupés et emportez les corps. Aucun d'entre vous ne doit être isolé, j'insiste sur ce point. La Cantatrice et moi allons rejoindre l'aile nord, pendant ce temps faites cerner l'Opéra. Personne ne doit entrer ni sortir, déployez toutes les unités disponibles et assurez une communication permanente avec l'intérieur. Cependant, maintenez le bon déroulement de la représentation: aucune information sur la situation ne doit filtrer, que ce soit à l'intérieur ou en-dehors de l'enceinte du Palais."

Les créatures l'observèrent puis se jetèrent des regards dubitatifs. Lysandre n'avait pas la moindre légitimé à leurs yeux, et même si ses ordres semblaient leur tomber sous le sens, ils n'étaient pas disposés à lui obéir. L'un d'eux s'apprêtait même à ouvrir la bouche pour lui répondre de manière cavalière lorsque Daphnée arriva à leur hauteur pour prendre la parole.

"Je suis encore aux commandes, Videl. Tu as la mémoire courte."

Le Contrôleur du Temps fronça les sourcils.

"Si ça n'avait tenu qu'à moi dès le début, je laisserais les terroristes faire leur boulot. Un Seigneur qui tombe est un signal fort envoyé à tout ce qui bouge dans Dreamland. L'ennui c'est que je déteste perdre, et que quand je commence quelque chose je le termine. Or, ces gars m'ont déjà devancé à deux reprises et j'ai déjà commencé à t'aider. Alors à défaut de comprendre comment ils se sont introduits dans le Palais, j'ai bien l'intention de stopper leur action coup de poing. C'est maintenant qu'il faut prendre des décisions si tu ne veux pas que la situation ne dégénère davantage, et tu ne m'as pas franchement l'air...
- Faites ce qu'il dit, le coupa-t-elle en s'adressant directement à ses hommes."

Les concernés semblèrent hésiter, plus surpris qu'autre chose de voir la Cantatrice adopter les directive d'un Voyageur qu'ils ne connaissaient au final ni d'Eve ni d'Adam. En percevant leur trouble, Daphnée s'impatienta.

"Maintenant, ordonna-t-elle en appuyant son regard."

Les hommes s'exécutèrent finalement par gestes empressés et fiévreux. Pendant qu'ils ramassaient les cadavres, Daphnée s'élança dans le couloir en direction de l'aile nord, invitant Lysandre à la suivre. Au bout de quelques secondes de course en silence, le jeune homme reprit la parole.

"Une idée de comment les Dubstepistes se sont introduits à l'intérieur ?
- Pas la moindre, malgré ce que tu peux en penser la sécurité était optimale et nous avons étudié expressément toutes leurs potentielles modalités d'action. Ils constituent une menace de premier ordre pour Barrak, je n'avais pas l'intention de les laisser de côté dans ma préparation de l'Aria.
- Je vois... Quant aux faux indices laissés sur les corps ce sont eux. Ce n'était pas destiné à être des signatures, mais des menaces. Ils sont en train de désigner leurs futures victimes. Le prince des Lances de Sérénité, qui c'est ?
- Kurogane Ito. Il a sauvé Barrak de leur première tentative."

Nouveau silence. A chaque seconde les choses s'accéléraient et l'ennemi, s'il avait désormais un nom, demeurait invisible. Lysandre ne savait pas vraiment où tout cela allait les conduire, mais il doutait fortement d'une éventuelle happy end. Et soudain, tandis qu'ils approchaient des escaliers conduisant à la salle de représentation, il eut la surprise de voir Daphnée les gravir au lieu de poursuivre en direction de l'aile nord. Il continua dans son sillage, attendant une explication.

"Le danger s'est rapproché de la salle de représentation. Le premier meurtre était le plus éloigné, les deux suivants se sont avancés de manière concentrique. Quant aux derniers... Enfin tu l'as bien vu par toi-même.
- La prochaine menace planerait donc au-dessus de la salle elle-même ?
- Peut-être pas dans l'immédiat, mais nous aurons de toute façon une chance de leur couper la route."

Marquant un bref temps d'arrêt, Daphnée poursuivit avec une phrase qui sembla sortir difficilement.

"C'était une bonne initiative que de leur donner les directives que tu as formulées. Je vais donc faire comme si je n'avais pas entendu ton pamphlet digne d'un Meteor.
- Ha ! Enfin un compliment, enfoui, caché, enterré sous une pique acide ! Gazouilla Lysandre. Comment se porte ta langue ? Pas trop écorchée ?"

Contre toute attente, la Cantatrice ne broncha pas ni ne répliqua, se contentant d'afficher un sourire crispé qui témoignait d'une véritable fonte de la banquise. A force de gratter, Lysandre aurait peut-être les moyens de se constituer brise-glace. Il esquissa un sourire en complaisance d'être parvenu à passer les premières résistances de la jeune femme. Le jeu promettait d'être long mais il était patient.

"Lieutenant Ré-Mi ? Fit soudainement la Cantatrice en portant sa main à la bouche, en forme d'entonnoir. Faites-moi un rapport de la situation de votre côté. Si besoin est, permettez au jeune Joy de communiquer avec moi."

Lysandre dressa un sourcil. Il s'agissait très probablement d'une forme de communication spécifique au pouvoir du Son et de la Musique, permettant de transporter en écho des sons à grande distance tout en camouflant, du moins l'espérait-il, les ondes à qui ne devait pas les entendre.
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Ven 27 Nov - 14:14

Le message étalé sur le mur en disait trop, ou pas assez, selon les points de vue. Il était signé, ce qui laissaient les deux enquêteurs improvisés dans une surprise jointe à un silence tendu, dans la prise de conscience de ce qui se jouait cette nuit.




~



Les Dubs Indépendantistes vont passer à l'action.
Leur chef, qu'ils nomment Infectious Noise, est présent ce soir, mais nous ne savons pas s'il agira avec le reste des commandos d'exécutions.
Nous connaissons la cible, il s'agit de Sandra Cocotte. Nous avons toutes les raisons de penser qu'elle sera tuée sur scène, pour marquer les esprits.
A l'eau.
Barrak sera affaibli par cette affaire, à vous de voir si les conséquences vous iraient, ou non.
Cerana Apis aura un tapis de sang pour sa première, voilà qui devrait arranger notre ennemi commun.



~




Les lettres de fumée indiquaient que des gens haut placés étaient au courant. Fumarola était au courant avant tout le monde, et pourtant il assistait en ce moment même à l'Opéra, sans frémir ni sourciller. Le billet doux venait donc de Beryl, pour le jeune Kurogane Ito, et camouflait un message de Fumarola...pour Beryl, ou pour Kurogane Ito ? Pour quelqu'un d'autre, peut-être ? Si tout ça n'était encore que de la mise en scène ? Joy commençait à la fois à y voir plus clair, à la fois à se noyer dans les probabilités. La voix de Liliana le sortit de l'eau.


- Infectious Noise...on a déjà le nom du cerveau.
- Et la cible, Sandra Cocotte. Tuée sur scène. Ce qui nous laisse un moyen pour la sauver.
- Marquer les esprits, dit le message...Je vois un moment où le meurtre serait marquant. Dans le déroulé de l'Opéra, de ce que j'ai lu de la structure composée par Barrak, après les combats qui ont lieu en ce moment des deux voyageurs Tweanings et Abercrombie...vient la renaissance de la Ruche de la Reine Serani, qui doit être la pièce maîtresse de l'ensemble.
- Comme tu sais ça ?
- Il faut de l'épique, du lyrisme, et du dramatique ! C'est dans la logique de composition d'un Opéra, et ça porte un nom très précis…
- Un solo ?
- L'oratorio. Ils veulent l'assassiner durant l'Oratorio de Serani, quand sa renaissance n'aura ni décor, ni fanfare, seulement sa voix et les chœurs de la Ruche...c'est brillant...et machiavélique…


Le jeune voyageur s'affaissa sur lui-même, la tête dans les mains. Pouvoir activé, il compta le temps qu'il restait avant la mise en place du plan des assassins, et essaya de déterminer des endroits possibles, avant que l'évidence ne lui apparaisse comme un éclair le foudroyant d'un coup.


- Comment j'ai pu louper ça !


Facepalm d'anthologie, qui le fit tomber à la renverse. Lilianna prit peur, et se jeta près de lui tandis que Joy serrait tellement ses poings que ses ongles rentraient dans sa peau, de rage envers lui-même. La Princesse, d'un regard très doux, prit ses mains et les déplia, et murmura des mots qui se collèrent aux entailles. Elle lui adressa un regard de fureur par la suite, empourprée par la colère.


- Pas la peine de te mettre dans des états pareils ! T'es malade ou quoi ?
- Je m'en veux, putain ! Je m'en veux ! Pourquoi je n'ai pas vu ça avant ! Je suis idiot ! Un vrai con !
- Dis plutôt ce que tu as découvert, Joy Killamanjiro !
- Les meurtres sont réalisés de manière concentrique. Sur un simple cercle mathématique reprenant l'Opéra aplani, j'aurais pu le voir ! Je suis parti dans des formules de probabilités, quand l'évidence me sautait aux yeux ! La cible est Sandra Cocotte, et les diversions se rapprochent toujours plus de la scène ! Ce qui compte, c'est que le meurtre passe des coulisses aux couloirs, des couloirs aux loges, des loges à la scène, de la scène à Sandra Cocotte !
- Et donc, comment on peut empêcher ça ?


Joy ferma les yeux et vit toutes les formules se bousculer dans sa tête. Soudain, il ouvrit les yeux. L'agencement des corps formait un triangle, il y avait encore des espaces vides. Le prochain meurtre aurait lieu dans la machinerie de l'Opéra, pour commencer à se rapprocher de la scène. L'Oratorio de Serani approchait, les assassins commençaient à visualiser le centre, leur cible, dans un plan conçu avec une précision quasiment maniaque. Il y avait du talent là-dessus, mais aussi, peut-être, une erreur. Si des gens découvraient les corps, pourquoi les amener tous vers le centre, pour empêcher le meurtre ? Il y avait une réponse simple à cette question : Sandra Cocotte allait mourir quoiqu'il arrive, et ce qui était alors visé, c'était l'impuissance. Peut-être, mais il fallait toujours essayer. Joy se leva d'un bond et prit la main de Lilianna.


- On va dans les rouages de l'Opéra, mets-toi bien derrière moi !
- Je suis une Princesse de Dreamland, je sais me défendre, voyageur !
- Justement, Princesse, il vaut mieux que ce soit un voyageur qui se fasse planter, plutôt que vous !
- Je...je ne voulais pas dire ça de cette façon…
- C'est pas grave, Princesse Lilianna, mais prenez conscience de vos mots à l'avenir !


En courant, Joy vit la Princesse sourire derrière lui. Il lui fit un signe de tête et accéléra la cadence jusqu'à arriver jusqu'aux machines montant et descendant les décors, activant les trappes des planches. Une dizaine de créatures était en train de travailler, quand l'une d'elles s'affaissa, sans un bruit car l'Opéra en cours, les combats martelés par des tambours de guerre, faisait un vacarme de tous les diables...qui se permettaient donc de tuer sans vergogne. Joy vit enfin l'assassin présumé : habillé dans un costume de femme, un masque argentée, des oreilles de lapin, un chapeau. Il voulait accuser le Prince Orycto, à première vue.


- Toi, arrête-toi immédiatement !!! HEY !


Crac, deuxième macchabée sur les bras. L'assassin n'écoutait pas Joy, ou peut-être était-il sourd. Il fonçait déjà sur le troisième membre du personnel, qui tournait le dos pour activer une manivelle, quand Lilianna passa instantanément devant Joy et forma un mur invisible en prononçant le mot « barrière ». L'assassin se tourna vers elle et s'ensuivit un combat qui démontra le talent de la Princesse au corps à corps ; elle esquivait tous les coups de couteau avec une agilité que Joy ne soupçonnait pas, et murmurait des mots offensifs qui déstabilisèrent rapidement l'individu masqué. Pas longtemps, car il sortit une sorte de pistolet avec un énorme canon, assez gros, et de la Dubstep en sortit, couverte certes par la musique de l'Opéra, mais assez bruyante pour assourdir Joy. Quand il retrouva ses esprits sous la mitraille musicale, il vit Lilianna danser entre les sons, tête en bas, en train de faire des roues et des mouvements impressionnants à une vitesse hallucinante, tandis que son adversaire mitraillait à coup de musique. Joy sortit une de ses pyramides, prit le temps pour viser, et l'envoya comme un boulet de canon, en vrille, droit vers le masque. La pyramide heurta le front de l'assassin, fissura le masque et revint autour de Joy, qui vit le visage du meurtrier. C'était une femme, l'air décidé, les yeux injectés de sang. Déterminée, c'était le mot. La perte de son masque la mettait dans une colère noire, et elle se mit à hurler en dirigeant les sons vers Lilianna. Joy en profita pour sortir deux autres pyramides, envoya les trois sur la femme qui dut faire un mouvement pour l'esquiver. Durant ce laps de temps, Joy utilisa son déplacement accéléré pour venir en face d'elle, concentrant les billes en sphère unique autour de son poing. Quasiment face à face, la femme dubstepienne écarquilla les yeux, surprise. Derrière elle, Lilianna avait formé une barrière qui la bloquait, puisque devant, Joy tendait le poing. Elle fut réduit au silence quand toutes les billes quittèrent le poing du voyageur pour la cribler. Sans marche funèbre. Joy regarda le visage de cette pauvre femme, et remarqua que les yeux bougeaient encore, puis une main, qui toucha une ceinture d'harmonicas cachée autour de sa taille. Lilianna fit un nouveau mot de protection silencieuse, et Joy se coucha sur elle pour la protéger au sol.
C'était comme une explosion vue par un sourd. Aucun son, mais dans la zone délimitée par Lilianna, tout explosa. Les décors autour furent bousculés, mais la protection avait endigué le pire, à savoir l'explosion massive de toutes les machines. Le type qui avait failli perdre la vie se retourna, vit les dégâts et se gratta la tête, ne comprenant absolument rien, devant la tache de sang et les deux jeunes gens allongés l'un sur l'autre. Joy, la tête dans le cou de Lilianna, l'entendait respirer très vite. Il se releva bien vite, et lui donna sa main pour qu'elle puisse se lever à son tour.



- Pas de mal ?
- Je...je crois…


Une fois remis de leurs émotions, Joy vit le lieutenant Ré-Mi venir vers eux, l'air paniqué en voyant la scène.


- La directrice souhaite vous parler, Joy !
- Mettez-moi en conversation protégée avec elle, alors. Je crois que les assassins font partie du mouvement des Indépendantistes Dubstepistes, ils peuvent peut-être entendre ce que nous disons, nous pirater, que sais-je…


Le lieutenant mit la main devant sa bouche, en forme d'entonnoir, et commença à parler tout seul. Joy entendit la voix de la dénommée Daphnée, et derrière elle Lysandre Videl ajouter des précisions et parler avec des hommes. Son camarade était encore en vie, ce qui était une bonne nouvelle…


- Quelles nouvelles de votre côté, Joy ?
- Beaucoup d'éléments, madame ! Nous avons intercepté un message du Seigneur Fumarola, qui indiquait que les meurtres allaient avoir lieu, visant à la toute fin Sandra Cocotte. Nous avons la preuve qu'il s'agit des Indépendantistes Dubstepistes, et nous avons le nom du chef du Mouvement, un certain Infectious Noise. Ils vont la tuer au moment de l'Oratorio de la Reine Serani. J'espère que Lysandre entend ce que j'dis ! Ils vont la tuer au moment de l'Oratorio ! Ils parlent également d'un ennemi commun...entre Fumarola et le destinataire du message, peut-être Beryl, peut-être Kurogane, peut-être quelqu'un d'autre...et d'une volonté d'affaiblir Barrak.
- Je vois, ça correspond avec quelques unes de nos pistes. Pas de traces des assassins jusqu'à présent ?
- Des traces, plus maintenant, mais nous venons d'en stopper un, habillé comme s'il venait du Royaume de Pâques. Nous l'avons réduit au silence, c'était une femme utilisant la dubstep pour se battre...Orycto était une feinte, comme tout ce que nous avons vu jusqu'à maintenant !
- On l'interrogera après pour en savoir plus !
- Madame, elle s'est faite sauter avec des harmonicas...je dois avouer que pour l'instant, c'est encore assez flou pour nous...on a réussi à éteindre l'explosion...enfin Lilianna l'a fait.
- Bien, faites sortir Fumarola pour un entretien, et évitez de prendre à l'avenir des risques inutiles. D'autres choses ?
- Je travaille encore des algorithmes pour trouver l'identité du cerveau de ces assassinats. On connaît le mobile, la cible, les assassins, le cerveau est forcément…
- Oui ?
- Forcément…
- Joy ? Vous êtes là ?
- Oui...je...je dois raccrocher, excusez-moi.


Il s'écarta du Lieutenant, se posa sur une machine à l'arrêt tandis que les techniciens faisaient une ronde autour du corps explosé de l'assassin. Lilianna vint à côté, et fit une barrière pour empêcher le bruit de l'Opéra de venir les gêner. Elle comprit dans l'instant que Joy se sentait très mal, qu'il avait compris quelque chose de terrible, de glaçant. Un éclair de plus.


- Je suis prête à entendre ce que tu as à dire…
- Je suis arrivé en retard, comme toi, en me perdant dans la ville, j'ai vu des affiches, des unes de journaux annonçant l'attentat déjoué par les indépendantistes...j'ai entendu la présentatrice annoncer les arrivants, les gens commenter les célébrités, et je me rappelle maintenant de ce que j'ai entendu.
- Tu penses qu'un invité est mêlé aux indépendantistes ?
- Pas un invité. Je pense à une personne qui fait de la musique dubstep, qui maîtrise le son, qui a des entrées partout à l'Opéra, qui peut même brouiller les pistes à sa guise...une personne qui est connue pour en vouloir dernièrement à Sandra Cocotte, puisque cette personne n'a pas eu le rôle de Serani !
- Tu penses à...NON !
- Daphnée elle-même...tout concorde. Elle a un groupe de dubstep, elle connaît le mouvement indépendantiste, possiblement, elle a le mobile, elle a la sécurité puisque c'est elle qui mène l'enquête, et en résolvant cette affaire avec un coupable tout désigné, elle retrouverait même la confiance du Seigneur Barrak !
- Elle ferait ça alors qu'elle mène elle-même l'enquête ?
- Elle mène un double jeu, et Fumarola le sait ! FUMAROLA ! Faut vite qu'on aille le voir ! Immédiatement !
- Tout de suite, en pleine représentation, dans sa loge ?!
- Il se trouve au bout d'une de mes probabilités, c'est la prochaine cible !
- Je me téléporte !
- Non, il ne faut pas qu'on éveille l'attention...Si tout est préparé par Daphnée, alors nous serons éliminés dès l'instant qu'elle saura qu'on sait...et Lysandre est avec elle.
- On fait comment alors ?
- Il faut...un mot de passe, une énigme...quelque chose pour le prévenir…
- J'ai trouvé !


A ce moment, Joy fut très surpris par le sang-froid et la capacité de raisonnement de la jeune Princesse. A peine effrayée, il la sentait presque débordante d'une énergie qu'elle ne montrait pas, qu'elle cachait presque aux yeux du monde. Elle parla avec le Lieutenant, qui relança une discussion avec Daphnée, demandant à donner un message à Lysandre.


- Souviens-toi de Seithan, le plus proche ami de Serani était le traître. Celui qui dirige les meurtres n'a rien à envier au Roi éphémère des insectes, selon Joy. Mets-toi en sécurité dès que tu peux, cette mise en scène n'est qu'un écran de fumée…


Fin de transmission. Le Lieutenant Ré-Mi soupira quand il vit les deux adolescents se remettre à courir.
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Lysandre Videl
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Mer 2 Déc - 15:57

Lysandre écouta silencieusement l'échange qui survint entre sa compagne et le lieutenant tandis qu'ils remontaient tous deux l'escalier. Il y eut ensuite un moment de flottement tandis que Ré-Mi déclarait partir chercher Joy. Ce ne fut que lorsqu'ils posèrent le pied sur le palier que Daphnée sembla prendre contact avec le garçon, occasionnant un arrêt momentané en haut des marches. Jetant des coups d’œil à droit à gauche, Lysandre se mit à surveiller d'instinct le couloir qui longeait les balcons, sondant les ouvertures potentielles. Ce faisant, il écoutait la discussion entre son jeune camarade et la directrice des forces de la police du son, recoupant les moindres informations qui lui parvenaient à l'oreille avec ce qu'il savait déjà. Puis vint le moment où l'adolescent lui parut troublé, et où l'entretien s'arrêta quelques instants.

"Infectious Noise... Commença Daphnée après que Joy ait quitté l'autre bout. C'est le nom qui est sur les lèvres de toutes les petites frappes de Musikland ces derniers temps. Depuis l'apparition des I.D.
- Un pseudonyme, j'imagine, risqua Lysandre.
- Bien sûr. Ce n'est pas le genre d'individu à agir à visage découvert. Les convictions, c'est bon pour galvaniser la chair à canon, pas pour les porter au risque de sa propre vie. Une explosion suicide à l'intérieur des murs... Heureusement que la princesse était là.
- Ils sont déterminés, on ne doit s'attendre à aucune pitié de leur part. Il faudra peut-être tuer avant d'être tuer.
- Personne ne tuera personne sans que j'en donne l'ordre.
- Tuer restant un concept relatif, par ici.
- Pour être au courant de qui tu es, je sais déjà ce que tu en penses, pas la peine d'en rajouter.
- Quoiqu'il en soit, je n'ai pas l'intention de les laisser faire sonner leurs cloches et leurs harmonicas si je me trouve à portée de concerto. Si tu vois ce que je veux dire."

La Cantatrice le foudroya du regard et voulut le remettre à sa place, lorsqu'elle sembla interloquée par un quelconque phénomène magique qui l'incita à reporter sa main en entonnoir. Cette fois Lysandre reconnut la voix Lilianna. Et son propos lui fit instantanément froncer les sourcils. Il y eut un bref échange avec Daphnée, puis la communication fut à nouveau coupée. Imperceptiblement, le jeune homme avait commencé à caresser du bout des doigts la poignée de la Dague du Temps sous sa veste anthracite. Ses yeux se posèrent sur Daphnée, qui le regardait d'un air incrédule, vraisemblablement perdue par les paroles de la royale créature.

Joy a coupé la communication au moment où il était sur le point de dire quelque chose d'important. Puis Lilianna reprend contact, et tutoie son destinataire. "Rien à envier"... "Mets-toi en sécurité"...

"Elle s'adressait à toi, fit la Cantatrice d'un air perdu.
- En me transmettant un message de Joy, oui."

Lysandre commença à faire quelques pas sur le côté, invitant implicitement sa compagne à le suivre.

"Tu penses qu'il a deviné qui est derrière tout ça ?
- C'est un garçon enthousiaste, très malin et plein de ressources.
- Je ne suis pas certaine que ça réponde à ma question.
- Moi non plus."

Il s'arrêta devant une fenêtre à moitié ouverte, passa sa main sur le carreau et l'écarta, faisant mine d'inspecter le mur d'enceinte extérieur. La vue d'ici sur Musikland était splendide. Le royaume entier s'étendait aux pieds du palais à perte de vue. Dire qu'il avait traversé tout ça pour arriver jusque là.

"Qu'est-ce qui se passe, Videl ? S'enquit Daphnée qui semblait s'impatienter.
- Toujours aucune idée de la manière dont les terroristes se sont introduits dans l'Opéra ? Rétorqua le Voyageur temporel en guise de réponse tout en refermant la fenêtre.
- On se demandera ça plus tard. L'urgence est de savoir comment arrêter l'action en cours.
- Je veux dire... Tu es pourtant en charge de la protection de Barrak et de ses invités. Tu m'as affirmé avoir étudié toutes les options."

Il s'arrêta là, laissant le sous-entendu faire son chemin jusqu'aux interprétations de son interlocutrice, qui afficha une mine résolue et posa ses mains sur les hanches en signe de mécontentement.

"La tâche devrait être partagée avec Lord Kar. Mais ce dernier a tenu à me remettre les pleins pouvoirs en ce qui concerne la sécurité du palais depuis l'attentat empêché par Kurogane Ito. Qu'est-ce que tu vas encore m'annoncer, que je suis une incompétente ?
- Est-ce vraiment de l'incompétence ?"

Comme la tension grimpa d'une gamme, le silence retomba comme une chape de plomb, uniquement troublé par les échos lointains des acteurs, des chants et de l'orchestre. Lysandre et Daphnée soutenaient le regard, l'un commençant lentement à tourner autour de l'autre, la mine en apparence enjouée mais surtout indéchiffrable. Le Contrôleur du Temps savait pertinemment qu'il n'avait aucune chance contre un adversaire de la ligue S, il n'était pas question pour lui d'affronter Daphnée. Mais si l'avertissement de Joy s'avérait véridique, il devait se tenir prêt à couvrir sa propre fuite. La Cantatrice, elle, affichait une mine pleine de colère, teintée d'une pointe d'incrédulité et d'indignation. Ils restèrent ainsi durant plusieurs minutes, Lysandre décrivant un cercle autour de Daphnée, cherchant du coin de l’œil les opportunités de repli les plus proches. Ce fut elle, n'y tenant plus, qui ouvrit la bouche pour rompre le silence.

"Tu ne comptes pas m'attaquer, tu es plus intelligent que ça.
- Va savoir.
- Tu es aussi suffisamment malin pour comprendre que ce dont tu m'accuses est absurde.
- Pourtant ça fait sens. Tu avais toutes les clefs en main pour les faire entrer sans que personne ne remarque rien. J'applaudis d'ailleurs la manœuvre, accéder au plus haut niveau de la sécurité pour ensuite la déjouer... C'est un plan formidable, qui t'aura sans doute pris des années.
- Comment est-ce que tu peux oser remettre en doute ma loyauté envers Barrak ? Ce n'est pas parce que la trahison est ton apanage que tout le monde est comme toi. Je n'ai d'ailleurs pas à me justifier auprès de t...
- Vois les choses en face, même si tu m'as berné et que j'ai horreur de ça, tu es démasquée. Pourquoi continuer à nier ? En ce moment Joy et Lilianna doivent être en train de s'entretenir avec Fumarola. Ce type a l'air d'en savoir long sur tout ce qui se trame ce soir et c'est pour ça que tu leur as demandé de l'isoler. Tout ça est vraisemblablement bien plus complexe qu'un simple attentat terroriste. Il y a complot.
- J'aurais sciemment risqué de faire intervenir des Voyageurs sur lesquels je n'avais aucune prise, aucun pouvoir, leur laissant la possibilité d'interférer dans mon plan si longuement mûri ? Si quelqu'un doit être suspecté à cause de son attitude ici, c'est toi."

Lysandre ne répondit pas. L'argument était valable, mais pouvait aussi bien servir de fumisterie. Il se contenta de moduler les flux temporels autour de lui en empoignant son arme. Percevant immédiatement la manipulation, Daphnée sembla se contracter et sa voix sortit de sa gorge avec la violence d'un coup de fouet.

"Tu vas rester sagement ici. Je considérerai la moindre esquisse de mouvement de ta part comme une tentative d'attenter à la vie de Barrak et de ses convives.
- Suis-moi, je te fuis... Lâcha Lysandre dans un sourire plein d'amusement destiné à camoufler l'adrénaline qui faisait battre son cœur à tout rompre."

Sur ces mots, il s'étira en une multitude de lui-même vers l'arrière, et disparut au détour du couloir en Swift Tailor. Il eut le temps de la voir pester bruyamment et de s'élancer à sa poursuite. Faisant volte-face pour diriger sa course, il s'empressa de trouver son chemin en direction de la scène. Il traversa un couloir, puis descendit un escalier en suivant les quelques indications qui figuraient sur les murs. Se fiant à sa conscience intime du temps qui passe, il estima que le moment de l'Oratorio ne tarderait plus. Et si Joy lui avait indiqué avec empressement que l'attaque sur Sandra Cocotte aurait lieu à ce moment-là, c'était qu'il estimait ne pas avoir l'occasion d'interférer lui-même.

Il est hors de question que je perde la partie, songea-t-il à la manière d'un gamin évoluant sur un jeu de plateau.

Il déboucha finalement sur une succession de pièces et de couloirs sombres qui semblaient provenir de la salle des machines en direction du lointain, le mur situé directement au fond de la scène. Il longea sans plus réfléchir la paroi noire, percevant comme jamais les basses et les vibrations qui émanaient des instruments et des amplis situés de l'autre côté. Les acteurs qui attendaient d'entrer en scène, et quelques-uns qui provenaient des coulisses poussèrent des exclamations de stupeur en le voyant arriver à cette allure surnaturelle. Il s'arrêta juste au bord du rideau, pleine vue sur la scène plongée dans la pénombre pour que la disparition du décor se fasse en douceur.

C'était pile le bon moment, Sandra Cocotte venait vraisemblablement tout juste de prendre sa place pour l'Oratorio, de même que la petite centaine d'acteurs censés représenter la ruche, qui serviraient de chœur. Lentement, les spots illuminèrent à nouveau les planches, le maestro battit la mesure, et les premiers instruments de l'orchestre poussèrent la mélodie de concert avec les chœurs. Sandra Cocotte demeurait silencieuse, son solo n'était pas encore arrivé. Lysandre, caché derrière le velours rouge, jeta un coup d’œil à la salle. La densité du public lui donna le vertige, mais il s'efforça de balayer des yeux les devants de la scène, repérant le moindre mouvement suspect. La musique gagnait en puissance et en intensité, signalant que le solo approchait, lorsque une silhouette se découpa dans la pénombre qui devançait les premiers rangs, attirant son attention. Deux hommes de la police du son jaillirent de chaque côté de la scène pour tenter de lui couper la route, mais ils furent immédiatement propulsés au sol. La musique couvrait tout bruit parasite, et les spectateurs avaient les yeux rivés sur la cantatrice qui s'apprêtait à ouvrir la bouche. La silhouette leva la tête vers elle, un éclat scintillant jaillissant au niveau de son visage.

Le moment d'entrer dans la lumière...

"Leap Second !"

S'engouffrant dans le couloir temporel, le jeune homme fut devant Sandra Cocotte au moment où l'assassin fondait sur elle, drapé d'une longue tenue violet sombre et d'un masque argenté, armé d'une énorme guitare électrique couleur platine. Les capitales "NOISE" étaient gravées sur le front du masque. Ne s'attendant manifestement pas une telle apparition, l'indépendantiste eut un temps d'hésitation. Derrière lui, Lysandre sentit le souffle de la Voyageuse qui émit un petit soupir de surprise. Un murmure d'exclamation parcourut la salle pardessus l'Oratorio. Une expulsion Dubstep jaillit des cordes tandis que l'assassin abattait son instrument, déstabilisant Lysandre qui ne réussit qu'à moitié à contrôler son Slow Motion. Le coup en fut néanmoins atténué et il le para tant bien que mal, roulant avec son adversaire sur les planches. L'orchestre s'arrêta alors, laissant la place aux cris et aux exclamations. Le Contrôleur du Temps se retrouva sous Infectious Noise, qui le maintint fermement au sol et brailla d'une voix métallique transformée sous vocodeur.

"PAS MAINTENANT ! PAS MAINTENANT !"

Lysandre, qui s'agrippait à ses vêtements, reçut un coup de poing en pleine face, interrompant brièvement sa lutte. Mais il reprit ses esprits et se débattit, faisant pression sur le torse de son ennemi dont il remarqua la proéminence de la poitrine, ce qui le renseigna immédiatement et malgré lui sur le sexe du chef des Indépendantistes. La stupeur lui fit relâcher sa pression, et il eut droit à un nouveau coup de poing qui lui fit lâcher prise. Infectious Noise en profita pour ramasser sa guitare et la brandir loin au-dessus de sa tête, tout cela en l'espace d'une seconde. Le Voyageur temporel jura, ne pouvant rien faire d'autre que fermer les yeux et attendre le coup fatal. Son adversaire abattit son arme droit en direction de son crâne.

Pourtant l'impact n'arriva pas. Une puissante détonation sonore retentit sur le côté, et Lysandre sentit le poids de son opposante disparaître au-dessus de lui. Écartant les paupières, il la vit décoller du sol et être propulsée à plusieurs mètres sur les planches. Elle se réceptionna d'abord douloureusement en arrachant une partie de la scène qui s'explosa en une multitude d'esquilles de bois, mais termina par une roulade qui la stabilisa à genoux, prête à rebondir à l'attaque. En tournant la tête en direction de la provenance de la détonation salutaire, Lysandre découvrit la silhouette familière de Daphnée. Elle arborait un visage furibond, rouge de colère, qui jurait avec le bleu pastel impeccable de sa robe. Elle se tenait prêt des rideaux en position défensive. Lysandre, étendu au sol, mit quelques instants à rassembler ses idées mais il était clair que la jeune femme venait de sauver sa vie du monde des rêves. Lui et Joy s'étaient manifestement complètement trompés sur son compte.
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Mar 8 Déc - 10:55


Les calculs visaient Sandra Cocotte dans un dernier temps, mais avant cela, Fumarola faisait partie du club VIP des cibles de choix. Dans le cercle allant toujours en se resserrant, le public était visé, le public le plus important, pour toucher les esprits dans toutes les couches sociales présentes ce soir. L'ennemi avait profité de la représentation pour mettre en place un plan imparable, qui ne pourrait être totalement contré à moins d'être sur tous les fronts en même temps, à moins de visualiser les longueurs d'avance prises par les cerveaux de l'opération. De quoi agiter les jambes de Joy et de Lilianna, courant comme des furies dans les couloirs faisant un demi-cercle autour de l'Opéra, dévalant et remontant les étages, bousculant le personnel, et bondissant au final dans la loge du Seigneur Fumarola, premier surpris de l'intrusion alors que le chant de Sandra Cocotte allait venir.



- Nous avons trouvé votre palimpseste, et autant dire que vous figurez dans la liste des suspects des meurtres de ce soir, Seigneur Fumarola !
- Pardon ?
- A qui était destiné le message caché ?
- A Beryl, une amie de longue date. Nous avons essayé de mettre en garde Barrak sur la sécurité et le bien fondé de proposer un Opéra dans ces périodes troublées par les Indépendantistes, mais il ne nous a pas écouté ! Il commence à n'en faire qu'à sa tête, cela se voit par sa diplomatie…
- Vous savez qu'un meurtre, que des attentats se dérouleraient, et vous n'avez rien dit à Barrak ?
- Je l'ai informé de la dangerosité de cette situation, il m'a ri au nez...j'ai donc jugé utile de garder mon avis pour la fin de l'Opéra…
- D'où vous viennent vos informations ? Aussi précises, elles vous placent dans le rang des accusés !
- M'accuser ? Je veux bien que la jeune Princesse des Mots se croie supérieure à ma personne, mais faites attention à ce que vous dites, voyageur !


Joy eut un sourire malsain traversant son visage, et, dans un style qui ne lui ressemblait pas, commença à faire sentir une aura meurtrière au Seigneur, qui haussa un sourcil, mais ne parut absolument pas intimidé. Il le fut quand Joy le prit à la gorge, bien qu'une fumée formant des lames noires entoura sa main.


- Seigneur Fumarola, je vous conseille de tout balancer, vous n'avez pas idée de la situation...après la représentation, le Seigneur Barrak risque d'entre dans une colère légendaire en apprenant ce qu'il s'est passé, et comptez sur moi pour être le premier à vous désigner comme responsable…
- Joy, calmez-vous…
- Écoutez votre amie, ça vous épargnera une mort douloureuse, voyageur…
- Rien à foutre de la mort. Qui est Infectious Noise ? Qui est l'ennemi commun dont vous parlez ?
- Vous le saurez bien assez tôt, en attendant lâchez-moi ! Vous pensez faire pression sur un Seigneur de Dreamland, c'est ridicule !


Joy allait répondre du tac au tac quand il vit la porte de la loge s'entrouvrir pour laisser passer une forme noire et masquée, lame au clair. Il lâcha Fumarola pour lui bondir dessus, l'amena dans le couloir, le bras sur la gorge, tandis que l'assassin tentait de le poignarder. Il le lâcha, fit sortir ses pyramides, tandis que son adversaire jouait de la dague, tout fredonnant. Étourdi, Joy commença à perdre conscience, se mit à tituber et vit l'autre foncer sur lui, le bras levé. Il s'abaissa, remonta en uppercut, et activa son pouvoir. La pyramide se figea immédiatement, dans un éclair de formule de trajectoire, dans le poignet tenant l'arme. L'assassin hurla de douleur, puis fut réduit au silence par une deuxième pyramide qui alla transpercer le masque, le front, et il s'effondra dans un bruit sourd. Joy le porta et le plaça dans une pièce non-loin du couloir, qui devait servir au personnel. Il revint vers la loge, où Fumarola parlait, les yeux écarquillés, à Lilianna.


- Je fais donc partie des cibles de choix...très bien, je vais vous dire ce que je sais...les Indépendantistes sont menés par une personnalité très puissante, et qui a des contacts tout aussi puissants...Je ne parle pas juste d'influences, mais d'un groupe de pouvoir, organisé, comportant des membres secrets un peu partout dans Dreamland. Ce groupe a vu d'un mauvais œil l'émergence de Cerana, ses alliances récentes, notamment avec Barrak. Il profite des failles et des luttes déjà en place dans les royaumes pour déstabiliser les Seigneurs, et créer des événements dans l'ombre, restant toujours dans les profondeurs, pour garder le secret...Beryl et moi avons mis Barrak au courant, mais il pense  que ce groupe ne représente aucune menace pour lui...S'ils ont tenté de me tuer, c'est qu'ils sont en confiance…
- Comment s'appelle ce groupe ?
- Et vous connaissez des membres de ce groupe présents ce soir ?
- J'en connais deux...leur groupe s'appelle le Gunsen, qui veut dire Éventail de guerre.  Ils se sont inspirés des mafias existantes dans votre monde, la réalité des voyageurs, ce qui nous laisse à penser qu'un voyageur les dirige...L’Éventail rassemble des personnalités particulières, des personnes influentes, peut-être même des Seigneurs, on ne sait pas vraiment. On sait juste que leurs membres ont un tatouage en forme d'éventail quelque part sur eux, pour signifier leur appartenance au Clan Gunsen. Et qu'ils poursuivent des objectifs secrets, que je m’échine à étudier...
- Dites-nous les deux membres présents ce soir !
- L'un d'eux semble vouloir quitter la scène, juste maintenant…


Joy jeta un regard perçant dans tout le public, et vit la loge d'Adémar se libérer de son occupant, qui était en train de refermer la porte. Il se jeta hors de la loge de Fumarola, et courut à toute vitesse pour essayer d'intercepter le colis. A sa suite, Lilianna avait bondi et commençait à souffler en courant, se tenant une cote. Joy arriva le premier dans le hall, alors qu'Adémar attendait pour récupérer ses vêtements raffinés.


- Personne ne sort de l'enceinte de l'Opéra, Monsieur !


Adémar se tourna vers Joy et lui sourit poliment.


- Des affaires urgentes vont m'occuper jusqu'à tard ce soir, jeune homme, et je souhaite partir au plus vite pour les traiter. Je suis sûr que vous comprendrez l'importance de mes affaires. Vous adresserez tous mes compliments à l'Oratorio.
- Adémar, vous m'avez mal compris, j'ai dit que personne ne devait sortir de l'enceinte de l'Opéra.
- Je pense qu'une petite exception ne vous fera pas de mal, jeune homme. Je toucherai deux mots au Seigneur Barrak pour votre rigueur inflexible.
- Des meurtres ont eu lieu ce soir, Monsieur, personne ne sortira sans avoir été préalablement interrogé !


Joy zieuta le personnel qui assistait à la scène, impassible mais intéressé.


- Et les membres du personnel du Son seront là pour m'aider si besoin, alors laissez-vous faire…
- Oh, nous arrivons donc à ces arguments d'autorité, je vois…


Adémar claqua des doigts, et le personnel de Barrak sortit des armes de leurs vêtements, et chacun d'entre eux mit un masque marquant l'appartenance aux Indépendantistes. Une vingtaine, entourant Joy et Lilianna qui arrivait. Le jeune voyageur, une fois la surprise passée, commença à saisir ses billes, le combat s'annonçait comme l'orage grondant en rase campagne. Un geste brusque, un retard, un moment d'inattention, il serait mort. Il entendit un cri venant de l'Opéra, et des rumeurs venir du public. Le cercle s'était rapproché, Sandra Cocotte avait ou n'avait pas survécu. Adémar se mit à sourire, une lueur malsaine émanait de sa personne tandis que les Indépendantistes s'approchaient de Joy et de la Princesse.


- Il serait peut-être temps d'adresser mes compliments à l'Oratorio, voyageur.
- Je les adresserai en temps voulu...Avec un voyageur temporel, ces choses là ne pressent pas.
- Soit, alors voyons où ce temps nous portera…


Il claqua de nouveau des doigts, et la vingtaine d'indépendantistes se jeta sur Joy et Liliana. Le voyageur lança ses billes tout en sautant en déplacement vectoriel, et faucha une demi-douzaine d'entre eux. Lilianna lança un mot de protection, rejetant ses assaillants tout autour d'elle, les faisant chuter lourdement. Joy en profita pour former des formules concentriques autour d'elle, et achever ceux qui peinaient à se relever. Ils se placèrent naturellement, sans mot dire, l'un contre l'autre, dos à dos, laissant les indépendantistes venir à eux et essayer de les déstabiliser, mais en vain. Joy vit Adémar prend le chemin de la sortie, et il lança des billes que l'homme dût esquiver, tandis que Lilianna, appelée par Joy, lança un mot « fermeture totale » sur la porte de l'Opéra. Adémar arrêta de sourire, se dévêtit, et commença à remonter ses manches, l'air contrarié. Il s'avança tandis que ses hommes commençaient à tomber sans pouvoir se relever.


- Vous êtes plutôt bons, mais je n'ai pas de temps à perdre ici…


Il fit un geste de la main et une longue épée sortit de ses paumes. Il fit deux mouvements vifs dans l'air, et les deux enquêteurs furent projetés contre un mur. Joy encaissa le choc en ralentissant sa vitesse, et retomba sur ses pattes. Mais Lilianna se prit le mur opposé de plein fouet, et tomba inconsciente.


- Vous n'êtes pas prêt, voyageur.
- Assez pour vous faire perdre du temps, Adémar. Et pour vous questionner…


Nouveau geste, et Joy put voir des rafales venir de la lame. Il esquiva non sans mal et envoya des billes que son adversaire para facilement. Derrière lui, Lilianna reprit ses esprits et commença à envoyer des mots pour renforcer Joy et se protéger elle-même, les yeux fermés, enchaînant les syllabes en les accentuant ou diminuant leurs impacts. Elle s'occupa également des serviteurs d'Adémar qui tentaient de foncer sur Joy, en venant dans le hall, passage obligé entre les deux côtés de l'Opéra. Joy se sentit plus fort, plus résistant, plus rapide dans ses analyses et ses formules, et commença à percevoir les changements infimes en train de s'opérer sur le corps d'Adémar. En plaçant des formules cherchant des failles ou des particularités, il vit que tout amenait à un résultat nul : l'homme n'avait aucune faille. De quoi booster l'esprit calculateur du voyageur. Il sortit ses trois pyramides qui commencèrent à tourner autour de lui, et ramena toutes ses billes en vol orbital autour de sa tête. Créant des formules pour ses mouvements, les automatisant de cette façon dans un esprit logique, il se déplaça tout en essayant de cribler sa cible de ses projectiles, mais celle-ci paraît, bloquait, renvoyait tout avec une vitesse et une dextérité peu communes. Soudainement, une aura meurtrière envahit le hall, et Joy fut doublé dans l'un de ses mouvements. Il vit, avec surpris et horreur, ressentant après coup la douleur, son bras gauche au sol. Lilianna poussa un hurlement de terreur et commença à lancer des mots de soins, pour stopper l'hémorragie et apaiser la douleur du voyageur. Joy se donnait des formules pour comprendre le mouvement, et, dans le même temps, esquiver les attaques qui redoublaient d'intensité. Il sentait son énergie se vider, en même temps que le sang qui inondait le carrelage de l'Opéra.


- Je suis Adémar, lord de l'ancien Seigneur Oculus, Royaume des Mille Yeux. Je suis l'assassin du Roi, et le meilleur combattant du Royaume encore en activité...Je vois tout, tes mouvements pathétiques et tes tentatives dérisoires pour me toucher...Tu vas mourir ici, ce soir, Joy Killamanjiro, lentement mais sûrement. Je vais te briser comme une coquille de noix…


Joy ne répondit rien. Il avait enclenché le mode logarithme pour trouver une faille, et celle-ci était en voie de sortir d'une suite de calculs. Soit trop tard, soit impossibles. Shit.
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Lysandre Videl
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Mar 8 Déc - 15:28

De part et d'autres de la scène, les chœurs s'éclipsaient en courant dans les coulisses, laissant Sandra Cocotte et le Voyageur temporel qui se relevait tant bien que mal au milieu des planches. Infectious Noise se tenait côté cour, Daphnée de côté jardin. Les éclairages de la salle jusque-là plongée dans la pénombre s'allumèrent à nouveau. En portant son regard sur l'étendue du public complètement révélée, Lysandre fut à nouveau pris de vertige. Tous ces yeux rivés sur la scène, sur eux, sur lui... Ce n'était même plus comme si l'assemblée était dissimulée par le noir, comme s'il ne pouvait que soupçonner la présence leurs yeux sur lui. Il les voyait, et eux le voyaient en retour. Se produisit alors une étrange alchimie en lui, qui retourna son caractère égotique en une ivresse d'adrénaline. Cette sensation bâtarde aussi délicieuse que désagréable fut éclipsée par le mouvement qu'il perçut de coin de l’œil sur sa gauche.

Infectious Noise se mettait en position de bataille, portant sa guitare de platine en travers de sa poitrine. Elle entreprit de gratter les cordes, émettant instantanément un son en rafales, qu'elle répéta. Aussitôt, depuis sa droite, Lysandre entendit le pouvoir de Daphnée s'activer à travers une impulsion électro, et toutes deux commencèrent à faire monter la pression musicale par dégradés de gammes. Comme si elles signaient de leur griffe le début de leur combat.

♪ Noise and Daphnee ♪

Une voix forte retentit alors depuis l'un des balcons.

"Barrak ! Fais sortir tes invités !"

Lysandre reconnut de loin la silhouette dressée du Seigneur de la Fumée. Comme si le public n'avait attendu qu'un coup d'envoi, les convives du Seigneur de la Musique s'éparpillèrent en direction de la sortie dans un mouvement de panique. Profitant de la cohue et pendant que les deux combattantes ne faisaient que s'intimider mutuellement en accélérant le rythme de leurs salves musicales, Lysandre offrit son bras à Sandra Cocotte pour lui permettre de descendre de la scène. Lui-même se redressa et se mit en position face à Infectious Noise.

"Videl, tu vas me gêner ! Lui lança Daphnée.
- Laissez ma Cantatrice régler cette histoire, Abercrombie ! Tonna la voix de Barrak loin dans le dos du Contrôleur du Temps, perçant les cris de la foule et la musique magique."

L'instant précédant celui où les deux femmes laissèrent exploser leurs pouvoirs musicaux, Lysandre rétorqua un "Bitch, please" destiné uniquement à lui-même, et s'élança en direction de l'ennemie. Alors, oscillant comme un danseur acrobatique entre les explosions dubstep, rock et électro, il se laissa emporter par son extase égotique, s'épanchant en flux temporels qui ralentissaient ici une frappe sonore, accéléraient là ses roulades. Tout autour de lui, les ondes musicales magiques s'entrelaçaient et s'entrechoquaient en myriades multicolores, fourmillant d'esquilles dégradées. A mesure qu'il gagnait du terrain sur la position d'Infectious Noise, il sentait que celle-ci poussait la cadence de sa guitare pour tenter de le capter dans une sonorité explosive, alors même que Daphnée tentait de tempérer leur duel pour le protéger. Se répercutant dans les murs, les rideaux et les sièges de la salle de représentation, les explosions sonores déchiraient les tissus, fracassaient la pierre et le métal, envoyaient voler les quelques retardataires qui se trouvaient encore dans la salle. Et lorsque arriva le point culminant de l'affrontement de ces deux formidables pouvoirs du son, le Voyageur temporel fut sur l'adversaire. L'éclat scintillant de la Dague virevolta entre deux oscillations émanant de la guitare. Puis, la lame vint plonger dans l'épaule de la femme masquée qui, trop concentrée pour lutter contre la puissance classe S de Daphnée, n'eut pas la présence d'esprit de l'esquiver.

Un cri métallique déchirant jaillit de la gorge du leader des Indépendantiste dont les doigts ripèrent sur les cordes de son instrument. Cet arrêt brutal mit fin à sa musique, ouvrant la voix à Daphnée pour la frapper de plein fouet. Lysandre lui-même fut déstabilisé par l'onde de l'explosion, mais le plus gros du pouvoir de la Cantatrice cisailla littéralement le torse de leur adversaire. Ralentissant sa chute en arrière pour ne pas se blesser, le jeune homme eut tout le loisir d'observer Infectious Noise et sa guitare s'envoler en expulsant une traînée de sang qui se répandit en éclaboussures pourpres sur les planches. Elle atterrit lourdement sur les premiers rangs, dont les sièges étaient en charpie et où retombaient des moutons de polystyrène et de laine expulsés précédemment par les pouvoirs musicaux.

Le Contrôleur du Temps, le sourire aux lèvres, bondit sur ses pieds et se précipita au bord de la scène, bondissant comme un lapin près du corps étendu. Appliquant le tranchant de sa lame sur la gorge de la vaincue, il retira son masque d'un coup sec. Il reconnut instantanément le visage de la star du rock, Avril Smith. Du sang coulait depuis le côté de sa bouche, et elle respirait lourdement. Son regard, plein de haine, fixait Lysandre avec ce qui lui sembla être une ferme résolution de meurtre. A ce moment, le jeune homme sentit la présence de Daphnée à ses côtés. La magistrale baffe qu'il reçut en tournant la tête lui arracha un sursaut de surprise.

"Imbécile. J'aurais pu te tuer, que ça n'aurait pas été le plus grave. Le plus grave aurait été que tu lui permettes de s'enfuir. Je n'aurais même pas dû hésiter à te balayer.
- Je passe pour les baffes, mais je te préviens, en-dessous des reins c'est moi qui distribue. répondit le jeune homme en se massant la joue et en souriant. Elle est hors d'état de nuire à présent, ajouta-t-il finalement."

Il reporta son attention sur leur captive, dont la respiration s'accélérait. Elle semblait incapable de bouger. Un léger tremblement parcourut le sol tandis que Barrak, Tomoe et Frost se laissaient tomber de leur balcon pour les rejoindre. De la même façon, le Seigneur Fumarola et l'ambassadeur du royaume de Pâques, Salvatore Orycto, convergeaient vers eux. Ce fut le prince lapin qui prit la parole tandis qu'il contournait les premiers rangs, applaudissant d'une main délicate.

"Quel panache ! Lança-t-il sur un ton précieux. Quel virtuosité dans les mouvements ! Je n'avais jamais eu l'occasion de voir le pouvoir de Chronos en action, je dois avouer être impressionné. Enfin, tout le mérite vous revient, délicieuse Daphnée. J'imagine que la témérité de notre cher Abercrombie n'aurait pas pesé bien lourd face au pouvoir de la Guitare Highway sans votre intervention.
- J'étais persuadé que c'était bien la fameuse Highway, tonna Fumarola en atteignant leur position. Écartez-vous Orycto, ce n'est ni le moment ni l'endroit pour vos flagorneries."

Le prince lapin afficha une moue à la fois amusée et contrariée, mais obtempéra. Manifestement les deux hommes n'entretenaient pas les meilleures relations du monde. Barrak arriva bientôt, entouré de ses invités de marque. Dès qu'ils furent en visuel d'Avril Smith, Tomoe se figea et leva la tête.

"Il y a quelque chose qui ne va pas.
- Qu'y a-t-il ? S'enquit Frost qui ne parvenait pas à détacher ses yeux de Daphnée et de Lysandre en leur adressant un sourire euphorique."

Sans un mot, le numéro un de la ligue M fonça en direction de la sortie.

"C'est Adémard, lança Fumarola en posant une main amicale sur l'épaule de Barrak. Il est sorti peu avant l'intervention d'Infectious... de miss Smith. La princesse des Mots et le gamin qui a inspiré ton Tweanings se sont lancés à sa poursuite. J'ai vu Beryl et Kurogane leur emboîter le pas, mais il est possible que Tomoe ait senti que quelque chose se soit mal déroulé.
- Oser frapper au cœur de mon Opéra... Interrompre ma pièce ! J'aurais dû vous écouter, toi et Beryl, fulmina le Seigneur de la Musique."

La magnanime croche seigneuriale se tourna vers Daphnée et lui sourit, saluant ainsi l'efficacité dont elle avait fait preuve en neutralisant la leader des indépendantistes. Puis il se tourna vers Lysandre et le fustigea d'un regard colérieux.

""Bitch, please" ?
- Pardon ? Fit Lysandre sur le ton de la surprise.
- Vous pensiez vraiment que le Seigneur du Son n'entendrait pas vos susurrements Abercrombie ? Non seulement vous désobéissez, mais avec une désinvolture qui dépasse l'indécence.
- Elle a failli m'effacer de Dreamland, je n'allais pas rester sur cette défaite. Avec le soutien de Daphnée je ne pouvais pas perdre, et elle est bel et bien à votre merci.
- Oui, neutralisée. Priez pour qu'elle soit aussi en état de parler et que votre intervention ne nous ait pas privé d'un démantèlement du réseau indépendantiste, Abercrombie. Ni d'informations sur le groupe Gunsen. Rendez-vous utile, je tiens de Daphnée que vous êtes coutumier des interrogatoires. Procédez, je vous prie."

Le groupe Gunsen ?

Lysandre retint un soupir et alla aider la captive à s'asseoir sur l'un des sièges les moins abîmés. Il s'accroupit en face d'elle, sentant les autres se placer derrière lui.

"Les jeux sont faits, mademoiselle Smith.
- Va te faire foutre... Cracha-t-elle en expulsant une bulle de sang sur ses vêtements.
- Ne rendez pas la chose plus difficile qu'elle ne l'est déjà.
- Je n'aurais jamais imaginé une seule seconde que vous puissiez être Infectious Noise. Je suis terriblement déçu, Avril. Moi qui vous avait tout donné. Prestige, logement, confiance.
- Tu ne connais rien de la déception, croche atone, toi qui parade pour prouver ton existence aux yeux de Dreamland. Musikland dépasse les flashs et les paillettes, elle dépasse le Dream Fest et autres fiascos ludiques. Tu as vendu notre domaine pour t'accorder du crédit, tu ne mérites pas de diriger ce royaume. Hasta la Harmonia Siempre, croche atone."

Aussitôt, Daphnée fondit sur elle, poussant Lysandre d'un coup de bassin, et enfonça ses ongles dans la blessure causée par la Dague du Temps. Avril gémit de douleur.

"Parle autrement à notre Seigneur !
- Petite chienne, tu cours après ton susucre ?"

En voyant la Cantatrice s'empourprer de colère et la terroriste hurler sous l'action de ses ongles, Lysandre posa une main sur son épaule et parla d'une voix calme mais résolue.

"Je ne peux pas l'interroger convenablement si je suis sans cesse interrompu."

Daphnée resta un instant les yeux fixés sur la captive tandis que celle-ci se tordait de douleur, avant de finalement lâcher prise et de laisser à Lysandre le champ de faire ce qu'il avait à faire.

"Combien d'indépendantistes dubstepistes étaient présents ce soir ?
- Tous. Barrak devait mourir. Apis devait mourir. Tous les nantis devaient mourir. On a mis le paquet.
- Qu'est-ce qui me dit que vous ne mentez pas, mademoiselle Smith ?
- Je vais clamser et tout oublier, connard. Qu'est-ce que ça peut me foutre ?
- Point marqué. Pourquoi avoir fondé les I.D. ?
- Ce n'est pas suffisamment clair ? J'ai en eu marre que Barrak dénature Musikland. Ce n'est pas ma conception de la musique. C'est une aberration.
- Adémard fait-il partie des I.D. ?
- Ce vieux dragueur était mon parrain chez les Gunsen. Ils m'ont donné les moyens matériels de faire des I.D. quelque chose de sérieux. Maintenant, on en est là... Je ne sais pas si ils l'avaient prévu ou si tout a vraiment capoté. Peu importe... Sanglota-t-elle soudainement en laissant une larme couler sur sa joue.
- Qu'est-ce que le groupe Gunsen ? Qui en fait partie ?
- Hahaha, rit-elle nerveusement en pleurant. Des gens qui n'ont pas peur de mettre la main dans le cambouis. Des gens qui sont plus près de vous que vous le pensez tous."

Elle toussa, crachant du sang dans la douleur, et releva une partie de ses vêtements au-dessus de son nombril. Elle révéla alors son tatouage d'appartenance.


Dernière édition par Lysandre Videl le Mar 8 Déc - 16:57, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Mar 8 Déc - 16:30

Soudainement, ce fut l'éclair. Suivi d'un autre. Joy avait capturé une faille, en voyant Lilianna, les yeux révulsés, pleins de larmes, le regarder sans rien faire. Puis c'étaient ses cotes, ouvertes en deux par l'épée, qui le foudroyèrent de nouveau. Plein de sang se déversant dans le hall, le jeune voyageur commençait à papillonner autour des étoiles, au bord de la rupture. Mais il se souvint qu'il devait tenir, tenir pour trouver et appliquer la formule. Encore une fois, il entendit les mots de Lilianna, qui s'acharnait à le maintenir présent, concentré, avec des mots qui perdaient peu à peu leurs lettres prononcées avec la magie particulière de la Princesse, comme rouillés, en état de décomposition, abîmés par les coups terribles d'Adémar. Joy parvenait encore, dans un état second, à parer les coups, jusqu'à approcher, dans un moment de répit, Lilianna. Adémar reprenait son souffle, son pouvoir, aussi puissant qu'efficace, lui prenait de l'énergie, face à un voyageur qu'il n'estimait pas aussi résistant. Joy vit son regard aller vers la Princesse des Mots, et il anticipa la prochaine cible. Il fallait faire au plus vite.


- Il a parlé des Mille Yeux, Princesse...si son pouvoir est lié à la vue, essayez l'aveuglement.
- Dans ton état, je dois prononcer des mots en continu. Soin ! Couture ! Réparation !
- Je préfère le voir à terre...Occupez-vous de lui…
- Mais…
- Ne discutez pas. S'il s'enfuit, Cerana sera toujours en danger. Je ne le permettrai pas !


Les yeux du mathématicien avaient depuis longtemps des formules, des symboles, des chiffres passant dans leurs blancs. Les globes s'étaient illuminés et paralysaient la Princesse de terreur, ne sachant si le phénomène était normal. Il observa Adémar, qui reprenait ses attaques. D'un coup, Joy se sentit une nouvelle fois pris au piège, mais le jeune prince des lances Kurogane Ito avait bondi devant lui, accompagné par la Reine Beryl, et il croisait le fer avec l'épéiste, dans une danse mortelle. Joy prit sur lui pour analyser le plus calmement du monde les mouvements d'Adémar, tandis que du diamant recouvrait ses blessures et formait un nouveau bras. Aidé par les mots lancés par Lilianna, il réussit à revenir complètement à lui, malgré l'étrangeté de la situation. Observant en formules mathématiques, il fit silence. Lilianna se mit à lancer des sorts pour tenter de bloquer l'épéiste, quand un coup la frappa en direction de l'épaule. Sans prévenir, Joy se plaça sur le chemin de la lame, qui s'enfonça dans son épaule. Il poussa un hurlement de torturé, tandis qu'Adémar devait laisser son arme pour esquiver le prince des Lances.

C'est alors que son pouvoir se dévoila. Des milliers d'yeux envahirent la pièce, son corps, le sol, et son épée trancha l'épaule de Joy pour aller parer et contre-attaquer le Prince. Ce dernier, surpris, n'eut pas le réflexe pour parer, et reçu la lame en transversale, sur tout le torse. Il eut tout juste le temps de lui entaille les jambes. Le coup était si puissant qu'il fut projeté dans les airs et alla se prendre un mur, ce qui le fit saigner abondamment en plus de l'assommer. Beryl tenta tant bien que mal de s'interposer pour aller soigner son ami, mais Adémar veillait au grain et l'envoya valser à son tour. Ne restait que Lilianna dans le viseur, devant elle, Joy, qui suivait les mouvements de l'ancien Lord, qui jubilait de sa victoire.



- Vous ne pouvez rien contre moi ! Je vois tout, ma maîtrise est parfaite ! Pitoyables mondains, faibles reines, inutiles princesses, vous allez voir l'émergence de la terreur, les Gunsen sont en route, et personne ne pourra plus rien pour vous sauver….Voyageurs, créatures, Seigneurs, tout le monde tremblera à la simple évocation de notre nom. Maintenant mourrez !


Il se lança droit sur la Princesse, et une nouvelle fois Joy s'interposa, recevant le coup de lame à travers tout le torse. Les mouvements d'Adémar relevaient de la perfection, il devenait de plus en plus difficile à Joy d'annoncer la prochaine attaque de leur part...l'ennemi allait gagner, il le savait, mais il prenait son temps...un homme secret qui se dévoile aime savourer le moment où tous les secrets sont révélés au grand jour. Encore un peu de temps, et Joy trouverait un moyen de répondre à ces offensives les mettant au sol.


Les blessures le faisaient chanceler, et Joy vit soudain tout le hall rempli de gens effrayés, apeurés, et les cris redoublèrent en voyant le spectacle. Deux corps inanimés, Kurogane Ito en sang, inconscient, Beryl au sol, un Joy méconnaissable, et une Lilianna en pleine crise de nerfs. Un point positif, Adémar n'aurait plus d'invitations VIP…


- Ah, je vois que le spectacle est terminé, il faut que j'en termine ici même !


Se propulsant vers Joy, visant Lilianna, lame en avant, il souriait de toutes ses dents, certain de sa victoire. Une aura puissante l'entourait, une aura qui montrait la différence de niveau entre les combattants. Cela fit sourire Joy, sans qu'il y fasse attention, et ce sourire déstabilisa pour un temps Adémar, qui stoppa sa course, sentant le piège arriver.


- Tu souris, voyageur mathématique ? Tu souris en voyant ta mort ?
- Je souris, parce que tu es fort, tu me files des frissons, j'suis dans un état pitoyable et pourtant je demande encore du combat, pour tester mes limites. Tu me pousses dans mes derniers calculs, enfoiré, et j'adore ça !
- Vous êtes tous les mêmes, vous les voyageurs...jamais rassasiés…
- Au fait, tu m'as demandé quelque chose tout à l'heure, il est temps que je te réponde.
- Quoi donc ?
- LILIANNA, MAINTENANT !
- CÉCITÉ SOLAIRE !


Joy ferma les yeux, et vit, malgré les paupières closes, l'énorme flash lancé par la Princesse. Elle avait vu la faille dans le pouvoir d'Adémar, et avait tapé là où ça faisait mal, sans que l'autre s'y attende. Du moins Joy l'avait prévu de cette manière. Malgré l'état de son corps, il lança, les yeux fermés, toutes ses billes et ses pyramides en l'air, et ouvrit les yeux quand Lilianna lui mit la main sur l'épaule. Il vit Adémar chanceler, se tenir tout le corps en se plaignant, en râlant et en retenant des sanglots de douleurs. Ainsi, le voyageur avait vu juste, la créature d'Oculus, des Mille-Yeux, pouvant voir avec tout son corps, et multiplier les techniques visuelles pour asseoir sa technique. Mais les yeux, quoique invisibles, étaient bien là, et souffraient d'un défaut : l'éclairage. Joy avait remarqué que des parties du corps réagissaient moins que d'autres quand le Prince des Lances attaquait frontalement, par réflexe, comme des paupières se fermant sous un choc imminent. En somme, les yeux bien qu'invisibles gardaient toute leur sensibilité, et formaient un défaut de taille dans ce pouvoir terrible. Il y avait toujours une faille dans un pouvoir, et Adémar se gardait bien de parler du fonctionnement du sien, évidemment…

Joy s'approcha, et développa ses objets autour d'Adémar. Il se sentait au bout de son énergie, mais avec le diamant, il savait qu'il pourrait aller jusqu'au bout de cette nuit. Les soins apportés par les deux nobles permettraient de régler cette histoire. Il attendit qu'Adémar arrête de tituber, qu'il ouvre un œil. Il cligna plusieurs fois de l’œil droit, ouvrit timidement le gauche, et se mit à hurler. De toute évidence, il était momentanément aveugle.



- Voici ce que je voulais vous dire, Adémar des Gunsen…
- La ferme gamin ! Je vais t'étriper !


Le rouquin, ouvrant les yeux au maximum, hurla de douleur tout en chargeant Joy. Au premier pas posé dans sa direction, la lame au bord de sa gorge, déjà, Joy le cribla de billes sur toutes les articulations. Les billes se plantèrent dans la chair, et Adémar poussa un cri de torturé, ressentant chaque impact comme une balle dans ses yeux. Après quelques secondes, alors qu'il était prostré au sol, les genoux, les poignets, les coudes, les épaules, les chevilles hachés menus, Joy vint vers lui, cracha du sang à côté, essoufflé. Il n'avait la force que pour une seule pyramide, qu'il tenait maintenant dans sa main. Il lui semblait que la réalité lui échappait, un masque venait d'apparaître dans le public...Tomoe ? Il voyait Lilianna pleurer mais réveiller Beryl, Kurogane se masser le crâne et touchant son torse en grimaçant, et ce corps, ce corps misérable. Il ne savait plus si son pouvoir était activé ou non, mais d'une main il voulut soulever une manche de son adversaire, et vit un éventail tatoué sur l'épaule, apparaître et disparaître, enflammer la peau en la transformant en cendres. Adémar était en train d'imploser à partir du tatouage, mais Joy ne le comprit pas.


- Ce que je dois vous dire…
- Gamin, ton pouvoir est aussi fort que le mien, mais un jour, on viendra montrer ses failles. Ce jour là, tiens-toi prêt à donner ta vie pour le défendre. Tu es ton pouvoir, et je vois en toi une folie enragée qui te consume, qui te mènera dans les enfers, et dans les paradis de Dreamland…
- Vous parlez au seuil de la mort de votre expérience de vie, Adémar. En ignorant l'essentiel.
- Tu parles comme un livre ouvert, gamin…
- L'essentiel, c'est que je suis Joy du clan Killamanjiro, avant d'être un mathématicien. Et je vous donne, en guise d'extrême onction, ce que vous vouliez que je dise…
- Fais ton office, les Gunsen n'ont pas peur de la mort.
- J'espère pour eux, car à partir de ce soir, elle sonne à la porte en portant mon nom.
- Ah ah ah...sale gamin, va…


Joy se pencha au-dessus de la tête d'Adémar, sans rien dire. Ce dernier semblait avoir retrouvé la vue, mais il commençait à se troubler, à partir. Joy lâcha la pyramide dans les airs, juste au niveau du front, et prononça, avant qu'elle ne tombe comme un sac de plomb sur le crâne de la créature démembrée une phrase qui laissa le visage d'Adémar dans une stupeur amusée.


- Avec les compliments de l'Oratorio...


Après quoi il tomba de fatigue. Il sentit les bras de Kurogane le soutenir, il vit le visage de Lilianna, et ferma les yeux en entendant le brouhaha reprendre vers la sortie de l'Opéra.
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Lysandre Videl
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Mar 8 Déc - 18:52

Le tatouage s'embrasa subitement. D'un réflexe, Lysandre poussa Daphnée en arrière et se dressa lui-même sur ses jambes, reculant d'un pas. Pleurant et riant, Avril Smith les regardait tandis que les flammes commençaient à se propager et à consumer son corps de l'intérieur, noircissant la surface de sa peau. En jetant un coup d’œil à Barrak, Frost, Fumarola et Orycto, il se rendit compte que les créatures observaient en silence la lente décomposition de la jeune femme. Voir ainsi des êtres quasiment immortels faire face à la mort les yeux dans les yeux lui fit soulever mille et une questions. Quel pouvait bien être leur état d'esprit en ce moment ? Se projetaient-ils dans leur éventuelle finalité d'existence, ou se pensaient-ils tout simplement à l'abri d'un tel sort ? Avaient-ils seulement la même conscience que lui qu'ils existaient à proprement parler ?

Le corps de la rockstar s'évanouit dans les flammes, disparaissant complètement dans les limbes oniriques. Il y eut un moment de flottement durant lequel nul ne prit la parole, jusqu'à ce que l'honneur revienne à Barrak.

"On n'en sait pas plus sur les Gunsen. Fumarola ?
- Pour l'heure je n'ai que quelques soupçons, quelques angles d'attaque et les révéler ainsi ne nous mènerait nulle part. Je peux si tu le souhaites engager une enquête de mon côté et rester en contact avec toi.
- J'apprécie ton soutien.
- Seigneur Barrak, intervint Daphnée, il reste sans doute quelques irréductibles I.D. à l'intérieur de l'Opéra. Avec tous les invités rassemblés dans le hall, je crains que que le danger ne soit pas complètement écarté. Videl a demandé à mes hommes de boucler le Palais, donc personne ne devrait être en mesure de sortir, ce qui les rend d'autant plus dangereux.
- Videl ?
- Abercrombie.
- Seigneur Barrak, fit Frost d'une voix amusée, votre confiance en un Voyageur qui ne fait pas partie des vôtres est surprenante.
- Je suis le premier surpris, cher ami. Abercrombie a certes pris des libertés, mais ces libertés l'ont conduit à sauver Sandra Cocotte d'une mort assurée. Je statuerai sur son cas plus tard, je pense qu'il est de bon ton que je vous conduise vous et Tomoe à l'écart, afin que vous sortiez sans subir les affres de la foule. Daphnée, je vous donne carte blanche. Faites sortir les invités mais imposez un contrôle strict à la porte principale. Aucun de ces parasites ne doit passer à travers les mailles du filet. Venez, allons trouver Tomoe.

Barrak invita Frost à le suivre en direction d'une des issues discrètes de la salle de représentation. Le Seigneur de la Glace adressa un ultime regard énigmatique à Lysandre, qui le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse de son champ de vision. En d'autres lieux, en d'autres temps, il aurait l'occasion d'interagir avec lui de manière bien moins cordiale. Il comptait bien là-dessus.

"Vous disiez que Joy était parti à la poursuite de l'autre membre des Gunsen ? Fit le Contrôleur du Temps à l'intention de Fumarola.
- Joy ? Vous voulez dire le gamin qui accompagnait la princesse des Mots, Tweanings ? Il va falloir que je connaisse vos véritables identités, ça nous évitera ce genre d'embarras à l'avenir.
- C'est très probablement lui. Joy Killamanjiro. Quant à moi je suis Lysandre Videl.
- Ma foi, je n'aurai désormais pour ma part aucun mal à retenir vos noms, gazouilla Salvatore Orycto en souriant.
- Si toutefois le garçon a survécu, nuança aussitôt le Seigneur de la Fumée. J'ai eu un aperçu de son tempérament et si mes soupçons sur Adémard se révèlent justes, l'avoir provoqué comme il m'a provoqué aura eu des chances de le conduire à être débité en plusieurs petits morceaux à l'heure qu'il est. Ce n'est pas pour rien que le Voyageur Tomoe a réagi de la sorte en percevant l'affrontement."

Suite à ces paroles, Lysandre fronça les sourcils et tourna les talons en direction de la sortie sans ajouter un mot. Il fut arrêté par la voix de Daphnée.

"Videl, je vais m'occuper d'évacuer les convives, tu vas venir avec moi et on va découvrir ce qui s'est passé. Seigneur Fumarola, votre altesse Orycto, je vous recommande de ne pas rejoindre vos suites tant que nous ne serons pas certains que les lieux sont saufs.
- Je m'en vais louer une chambre en ville le temps que cette affaire se tasse, douce Daphnée, je sortirai avec les autres.
- Entendu.
- En ce qui me concerne j'aurai quelques mots à vous dire, Cantatrice, lorsque vous en aurez terminé, conclut Fumarola."

Daphnée acquiesça d'un signe de la tête et s'élança à la suite du Contrôleur du Temps qui, n'y tenant plus, avait déjà repris sa marche en direction de la sortie. La main en entonnoir, elle transmit quelques ordres à ses hommes situés à l'extérieur. Tous deux se mirent à courir jusqu'à atteindre le lieu du combat, découvrant les premiers attroupements du public. Lysandre joua des coudes pour se frayer un chemin à travers la foule avant d'être finalement arrêté d'une main par Tomoe, qui leva la tête vers lui pour lui adresser quelques mots.

"Le garçon et toi. Un jour je veux vous affronter."

Sans même donner l'occasion à Lysandre de lui répondre, le numéro un de la Ligue M s'en alla dans l'autre direction, disparaissant rapidement de son champ de vision. Le Contrôleur du Temps haussa les épaules et franchit les derniers mètres qui le séparait du cercle formé par les invités. Il y trouva le prince Ito qui tenait Joy dans ses bras, l'adolescent se trouvant dans un état critique. Lui-même était blessé. Non loin, la Reine Beryl étreignait une Lilianna en état de choc, qui se tourna dans sa direction dès qu'elle se rendit compte de sa présence pour déclamer que Joy l'avait protégée au péril de sa vie. Lysandre reconnut bien là le style du garçon, et afficha une mine contrariée par son inconscience de placer sa mémoire au même niveau qu'une création onirique. Dans quelle mesure la petite princesse avait bien pu paraître suffisamment importante à Joy pour l'amener à songer au sacrifice pour elle ?

"Messieurs, Dames, Mesdamoiselles, survint la voix de Daphnée par-dessus les chuchotements de la foule, je vais vous demander de bien vouloir vous avancer en direction du Hall, où des agents procéderont à un contrôle de vos identités. La menace est écartée, aussi vous demanderai-je de conserver votre calme."

Impulsés et bien qu'à moitié rassurés par les affirmations de la directrice de la police du son, les invités entreprirent de se mouvoir en direction des escaliers. Au bout de quelques minutes, il ne resta bientôt plus que les participants au combat. Daphnée montra une clef à Lysandre et la lui remit, indiquant la direction de sa suite à l'intérieur du palais. Elle lui demanda d'y conduire le petit groupe et d'y attendre le personnel médical qu'elle enverrait. D'un signe de la tête, Lysandre acquiesça et l'observa s'éloigner dans les escaliers. Son regard, enfin, se posa sur le corps inanimé du garçon. Une sérieuse discussion allait s'imposer.

***

Lysandre se tenait debout devant l'immense tableau qui représentant Daphnée dans sa robe bleu pastel, arborant son masque glacial de femme outrée. Les mains dans le dos, la mine amusée, il détaillait le moindre trait de l'artiste onirique qui, avec un grand talent, avait réussi à peindre la jeune femme dans une forme mouvante qui la rendait presque vivante. Tandis qu'il tournait la tête à gauche, elle tournait la sienne à droite, et inversement. Le silence régnait dans l'immense suite de la Cantatrice, si l'on exceptait la respiration sifflante de Joy qui avait été amené expressément sur ordre de la jeune femme aux médecins. Le garçon était recouvert de bandages et avait été gavé de perfusions et de médicaments des rêves. A son chevet, Lilianna reposait sur un siège confortable qui avait manqué par deux fois à contribuer à son endormissement. La princesse des Mots n'avait pas voulu lâcher d'une semelle son jeune compagnon.

Une main se posa sur le bras de Lysandre, qui en se retournant sourit à Cerana Apis. La jeune Reine Insecte avait rejoint la suite de Daphnée en compagnie de Barrak, qui l'y avait laissée afin d'aller régler les affaires urgentes qu'il ne pouvait reporter suite à l'attaque de l'Opéra. D'abord effondrée de voir Joy dans cet état, elle avait constaté avec une horreur non feinte que l'adolescent avait pris de plus graves dommages encore que lors de son affrontement contre Seth, dans la ruche de l'Arbre des Rêves. "L'ennemi se chauffe d'un autre bois", lui avait-il dit avant de la rassurer du mieux qu'il le pouvait.

"Sa respiration est plus fluide, lui annonça-t-elle tandis qu'il se retournait.
- Il est encore un peu plus fort que l'autre fois, ça ne suffira pas à effacer son existence de Dreamland.
- Je suis contente que vous n'ayez rien, Lysandre. Vous avez brillé aujourd'hui.
- Peut-être bien plus que j'aurais dû. Si Chronos et Verne ne retrouvent pas ma trace après ça, c'est qu'ils sont devenus sourds et aveugles.
- Chronos, s'agit-il du Seigneur dont vous dépendez ? Le Seigneur du Temps, si je ne m'abuse ?
- Dont je dépendais. Disons que j'ai eu mes différends.
- Vos actions ne resteront pas sans conséquences, Lysandre. Ce que vous avez fait cette nuit compte, et ce Seigneur qui était le votre va réfléchir à deux fois avant de tenter quoi que ce soit contre vous. Vous avez vos alliés, à présent. Alliés qui sont aussi les miens.
- Des alliances bien fragiles, Cerana. Barrak sait des choses sur moi qui font qu'il ne me fera jamais totalement confiance. Il se mit sur la pointe des pieds pour atteindre son oreille, où il chuchota. Mais je suis un Meteor à présent. D'eux au moins, je suis sûr. Je partage en grande partie leurs idéaux, je sais qu'ils sont puissants, organisés... C'est une colonne vertébrale sur laquelle je peux m'appuyer. Tout comme j'espère pouvoir m'appuyer sur votre sens de la confidence et de la compréhension.
- Je vous dois mon statut, répondit-elle sur le même ton, à Joy et à vous. Je ne le répéterai ni ne vous remercierai jamais assez pour ça. Qui suis-je pour me croire supérieure aux Voyageurs que vous êtes ? Je suis en paix avec moi-même et avec ma ruche. Notre proximité avec l'Arbre des rêves et son peuple nous écarte de ce genre de considérations politiques. Alors si vous pensez que certains Seigneurs doivent disparaître, je vous fais confiance, Lysandre."

Ils échangèrent un sourire et Cerana alla rejoindre Lilianna, dont elle frictionna chaleureusement les épaules. Lysandre laissa son regard se poser sur l'autre côté de la pièce où la magnifique reine Beryl s'occupait d'appliquer un baume sur le torse découvert de Kurogane Ito. A en juger par les gloussements échangés, tous les deux étant manifestement très complices et très proches. Lysandre n'avait pas encore eu l'occasion d'échanger quelques mots avec eux, alors que c'était sur eux que son regard s'était posé presque immédiatement après son arrivée à l'Opéra. Il décida donc de profiter de ce moment pour aller engager la conversation, mais à ce moment la porte de la suite s'ouvrit en laissant pénétrer Daphnée et Fumarola. Lysandre étouffa un hoquet de rire devant l'ironie, voire la malédiction qui l'empêchait constamment d'aller parler au couple. S'adossant contre le mur et croisant les bras, il laissa les nouveaux venus s'exprimer.

"Comment va Joy ? S'enquit la Cantatrice en regardant le corps momifié du garçon.
- Mieux, répondit le Contrôleur du Temps. Les médecins d'harmonie ont fait du bon travail. Avec un peu de chance et tel que je le connais, il ne devrait pas tarder à se réveiller.
- Bien, intervint Fumarola. Parce que j'ai à vous parler. A vous tous ici présents. Et j'ai besoin que vous soyez tous en mesure d'entendre ce que j'ai à vous dire.
- De quoi s'agit-il ? Demanda Beryl d'une voix cristalline.
- J'ai promis à Barrak de lancer une enquête à titre personnel sur le clan Gunsen. Mais je vais faire mieux que ça."

Lysandre dressa un sourcil. Fumarola afficha un sourire si goguenard que le Voyageur temporel se sentit petit dans la même catégorie.

"Je vous engage."
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Mar 8 Déc - 22:50

Pendant que l'Opéra en effervescence, effrayé, partait et faisait le ménage, Joy lui était parti en plein rêve. Une joyception de plus, comme d'habitude, une fois que son pouvoir avait terminé de lui faire vivre le martyr à force d'être utilisé. Un contrecoup dont il avait l'habitude, mais qui avait le don de lui donner des raisons de devenir encore et toujours plus fort, pour éviter de se mettre une nouvelle fois dans la mouise, voire d'y laisser la vie. Il se sentait une nouvelle fois, les yeux clos, la conscience entre deux mondes oniriques, au bout d'un terme, au fin fond de lui-même, alors qu'il arrivait – du moins avait-il cette impression – dans un autre monde. Un monde blanc, où des formules, des chiffres, des lettres, des équations, des polygones, des fonctions passaient comme des trains, à différentes vitesses. Sa conscience de voyageur sans doute, ou alors...quelque chose d'autre, quelque chose de nouveau, qui serait lié à son pouvoir ?

Assis sur un fauteuil molletonné, Euclide, son Roi, Seigneur de Mathematica, le regardait errer entre les formules, surpris et amusé. Il  lui souriait, comme un père sourit à son enfant, et attendait patiemment en silence. Ses doigts écrivaient les formules qui défilaient devant Joy. Il portait cette fois des lunettes de soleil rondes à verres bleus, un costard très élégant avec une cravate, et il pianotait des mathématiques comme d'autres font de la musique. Joy le remarqua soudainement, quand une formule lui dévoila sa présence, et il s'avança vers lui, remarquant par la même occasion qu'il était habillé comme lui, les lunettes en moins.



- Où sommes-nous ? Que faites-vous là ?
- Je suis ton Seigneur, Joy, il est normal que je sois une partie de toi. Une partie...de ce que tu es.
- Personne ne m'habite, sans vouloir vous offenser.
- Pourtant tu m'utilises, tu te sers de moi comme une extension de toi-même, tu es une version quasiment parfaite de ce que j'aurais voulu être...libre, sauvage, jeune, aventurier…
- Qu'est-ce que ce monde ?
- Ton esprit aime ce qui est rationnel, hein ? J'aime ça ! Ou plutôt, nous aimons ça ! Car que suis-je ? Une projection de ta conscience ? Un double mental ? L'incarnation onirique de ton pouvoir des mathématiques ? Ou alors une simple discussion sur ce que t'a dit cet homme avant de mourir ? Est-ce possible qu'il t'ait marqué à ce point ? Peut-être même que...tu regrettes sa mort ?
- Écoute, Morpheus, les devinettes n'ont jamais été un passe-temps pour moi, tu devrais le savoir…
- Je sais que tu te questionnes...ton pouvoir n'est pas anodin, tes rencontres te poussent à te surpasser, à le surpasser, même. Et tu veux savoir quelles sont les formules qui se cachent à ton esprit naguère si clairvoyant.
- Comment le sais-tu ?
- Je suis la Formule ! Je suis, pour le dire d'un autre théorème, ton potentiel inexprimé ! Je suis le Chiffre qui illumine tes yeux ! Je suis chaque parcelle de calcul qui vient à toi...Je sais donc que tu cherches avidement la Formule, celle qui pose LA question essentielle…
- Et qui est ?
- Le néant mathématique, c'est-à-dire universel, existe-t-il ? Toi qui penses être un créateur, tu te demandes si tu pourrais...n'être rien.
- Le zéro.
- Bingo. Je ne dirai pas que tu réfléchis vite ; après tout, nous sommes liés.
- D'accord, j'ai deviné. C'est quoi la suite ?
- Je vous engage.
- Quoi ?


Retour brutal à la réalité, et la voix de Fumarola qui tire Momie-Joy de son sommeil réparateur.



- Je vous engage.


Le jeune voyageur prit d'un sursaut bondit dans son lit avant de se laisser tomber, son corps désormais sans diamant ni pansements en joyaux ressemblant à un amputé sévère.



- On dirait que notre jeune ami est réveillé...voilà qui arrive au moment propice.


Joy entendit difficilement la réaction du Seigneur de la Fumée, car Cerana venait de se jeter sur lui, doublée par Lilianna qui se jeta dans son cou en sanglotant. Ne sachant que faire, il regarda Lysandre avec désarroi, Daphnée, Fumarola, et Beryl en compagnie de Kurogane Ito qui semblaient tous deux très en forme, dans une complicité naissante qui ne laissait aucune doute possible. Écarquillant un peu les yeux, il comprit que la situation avait été réglée pendant qu'il dormait, et que le moment était venu de débriefer sérieusement de ce qui venait de se passer. Encore une fois il avait loupé des choses intéressantes parce qu'il pionçait, comme si toutes les nuits en compagnie de Lysandre devaient finir de la même manière, c'est-à-dire jusqu'à l'épuisement complet. De quoi retourner s'entraîner avec une rigueur encore à trouver…


- Excusez-moi, je me présente à vous un peu diminué et...continuez, Seigneur Fumarola, je vous en prie. Oh, et j'espère que vous ne tiendrez pas rigueur de mon attitude durant l'Opéra...la situation l'exigeait…
- Non, Joy, je n'en tiendrai pas rigueur, mais veillez à l'avenir à agir avec plus de prudence. Un Seigneur plus fier de sa personne vous aurait mis en pièce...Sans l'intervention de quelques uns ici, Adémar vous transformait en charpie…
- J'ai encore des progrès à faire, vous avez raison. Poursuivez, je vous prie.


Fumarola regarda le jeune voyageur avec un temps de réflexion. Conciliant mais commandant, le jeune Killamanjiro semblait amuser le Seigneur qui n'était pas habitué à entendre l'impératif émaner des voyageurs qu'il côtoyait d'habitude. Le duo Lysandre/Joy avait quelque chose de très particulier, que Cerana avait sans doute cerné, et que Barrak avait replacé à sa manière dans l'Opéra interrompu. Il esquissa un sourire, présageant de bonnes choses pour la suite de ses idées.


- L'enquête sur le clan Gunsen, ce groupe de pouvoir, me permettra de développer une idée qui se construit petit à petit. A l'image des Gunsen, pour les combattre, il nous faudra développer un groupe secret, un groupe comme eux, puissant, efficace, avec de la suite dans les idées, influent, capable de prouesses, de miracles, de sauvetages. Contrairement à ces lascars sans foi ni loi, nous serons tous réunis pour œuvrer dans un but bénéfique, nous serons les alter-ego du bien, les vengeurs des personnes diminuées par les Gunsen. Nous serons le Clan des Fumées !


Toussotements polis, sourires de façade à l'écoute du nom proposé par le Seigneur, qui, les bras ouverts en signe d'évidence, les laissa retomba comme son sourire qui disparut rapidement de sa figure.


- Ahem...on pourra discuter du nom de groupe après, mais vous avez saisi l'idée...Notre groupe d'enquêteurs sera uniquement connu par ses membres, les réunions seront secrètes, les missions concoctées par des informateurs choisis bien spécifiquement...et l'idée est de nous faire connaître, comme les Gunsen, par tout le monde, sans que le Dreamag, les Seigneurs et les Voyageurs sachent vraiment qui nous sommes, et pourquoi nous avons formé ce groupe. Cela nous permettra de travailler et d'avancer dans la traque et l'extinction des Gunsen. Car soyez-en sûrs, l’Éventail de guerre n'a perdu cette nuit qu'une branche de son corps dépliant, et d'autres restent encore dans les coulisses, dans l'ombre, et essaieront de nous faire chuter. Nous ne pouvons pas nous laisser faire, nous ne pouvons pas endiguer sur une nuit les menaces qu'ils représentent. C'est pourquoi je vous engage...si vous êtes d'accord…


Les auditeurs accueillirent la proposition avec un silence méditatif. Cerana regardait les deux voyageurs qu'elle affectionnait, Kurogane et Beryl parlaient de bouche à oreille, Daphnée fixait Lysandre, Lysandre fixait les formes de Daphnée, Lilianna réfléchissait à voix haute en faisant naître de petites fées discutant entre elles, et Joy calculait où ça allait le mener. Une fois le calcul fini, il prit la parole.


- Tout cela me semble assez réducteur, Seigneur Fumarola. Je suis d'accord, nous devons nous mettre en route contre le Gunsen – ou les Gunsens, au choix. Je vous suis entièrement, et je serai le premier à partir enquêter sur eux. Mais arrêter le groupe à une cible, c'est nous prendre pour des Avengers, des héros vengeurs, les valeureux défenseurs de la veuve et de l'orphelin...Non, nous ne serons pas les paladins du bien et de la Justice, mais libre à vous d’œuvrer dans ce but. Je propose plutôt que nous formions un groupe hétéroclite, venant de tous les horizons, Seigneurs, créatures, voyageurs, même des Meteors, et que nous soyons les témoins de notre époque.
- Je suis un Seigneur de Dreamland, Joy, ne l'oubliez pas…je suis un acteur, pas un témoin !
- Les deux ne sont pas incompatibles...par témoins, j'entends que notre groupe pourrait avoir comme vocation d'explorer tout Dreamland, de nouer des contacts, de vivre par tous ses membres des histoires à raconter autour d'un verre. D'avoir des objectifs de groupe, mais de laisser une liberté totale dans l'action et la réalisation. D'avoir un groupe soudé par l'esprit, mais voyageant partout dans Dreamland, répandant son nom à demi-mot, sur une lettre, une feuille, un corps d'un voyageur killer, que sais-je...un nom légendaire qui n'aurait pas de visage, ni même de grandes causes. Simplement fait de ce que nous sommes, et ce que nous voulons. Aujourd'hui les Gunsens, demain ce sera autre chose...calculons sur le long terme, voilà ce que je dis.


Un  silence accueillit de nouveau le monologue du jeune voyageur, qui poursuivit.


- Enfin, sans vouloir une nouvelle fois vous faire offense, personne ne m'engage, personne ne me dit quoi faire. Je m'occuperai des Gunsens parce que je le désire, mais je ne souhaite pas recevoir d'ordres. Je pense que Lysandre et Daphnée auront la même réflexion que moi sur le sujet. Navré de modifier un peu vos plans, mais je me vois davantage en tant que partenaire que voyageur…


Fumarola esquissa un sourire amusé, et hocha la tête pour montrer son accord. Visiblement, il ne s'attendait pas à une telle réponse, mais ne semblait pas choqué pour autant. Raison pour laquelle Joy poussa la discussion.


- Quant au nom de groupe, je pense que cette soirée suffira à trouver un socle commun, qui satisfera tout le monde...je vous laisse répondre, émettre vos idées, j'y réfléchis.


Se tournant vers Lilianna qui l'écoutait d'un air quasiment religieux, il lui sourit et lui embrassa les mains, la remerciant à voix basse pour son aide durant le combat. La Princesse devint rouge, sous l'air railleur de Lysandre, et amusé de Cerana. Avec Beryl et Ito en face, ça roucoulait sec. Lilianna, les joues rougies se pencha pour vérifier les bandages de Joy, qui regarda les autres réfléchir et émettre les idées, un peu gêné. Puis il entendit la Princesse des Mots murmurer, encore un peu choquée...


- Nous avons évité le massacre à l'Oratorio...c'est un symbole fort, non ?
- Envoyez le mot à Lysandre, avec tout ce que vous ressentez en le disant, s'il vous plait...
- Que j'envoie Oratorio ?
- Oui, et avec tous mes compliments. Si c'est comme je le pense, il devrait comprendre où je veux en venir. Il y a de la puissance...
- Bien, Joy.


La Princesse se concentra et envoya le mot ronronner aux oreilles du Voyageur Temporel, les yeux fermés, lâchant une larme. Joy lui pétillait de leur trouvaille, et espérait que Lysandre ressentirait la même chose.
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Jeu 10 Déc - 12:43

La bombe lâchée par Fumarola fut ponctuée par le réveil de Joy, qui répandit une pointe de soulagement à l'esprit d'une bonne partie des personnes présentes. Cerana et Lilianna réagirent comme on pouvait s'y attendre avec émotivité, se précipitant sur l'adolescent encore en quête de repères spatio-temporels. L'échange qui suivit entre le Seigneur et le Voyageur fit sourire le Contrôleur du Temps, qui percevait à peu près comment l'entretien dont il était question s'était déroulé. Puis Fumarola eut à loisir de développer la raison de sa présence parmi eux. La première partie de son monologue fit tiquer Lysandre, qui pour une raison évidente frôla la crise de foie lorsqu'il fut question de participer à un rassemblement de héros à la manque. L'emportement sur Seigneur sur son "Clan des Fumées" provoqua l'amusement général, auquel se joignit le Voyageur temporel dans une expression faciale qui témoignait de la dérision qu'il portait aux propos de leur interlocuteur.

L'ambiance sembla mettre le Seigneur dans un état d'esprit délicat, mais la manière dont il géra le ridicule interpella Lysandre. Il y avait là une créature royale qui ne prenait pas ombrage d'un éventuel affront. C'était suffisamment rare pour être noté. Fumarola rebondit, explicita le fond de sa pensée et posa les bases de ce qu'il estimait être la création d'un groupuscule secret. Lorsqu'il eut terminé, Lysandre se joignit au mutisme réflexif du reste de l'assemblée, son regard se baladant de Joy à Daphnée. Machinalement ses yeux se perdirent, sur la Voyageuse, parcourant les contours de celle-ci tandis que son esprit voguait d'un point d'interrogation à un autre. Qu'est-ce qui pourrait bien le motiver à rejoindre le projet du Seigneur de la Fumée ? Avait-il vraiment envie de traquer le Gunsen ? Lysandre était déjà chargé de protéger les civils dans le monde réel, il n'avait pas l'intention de se la jouer chevalier blanc dans Dreamland. Ce fut Joy qui, prenant la parole, exprima tout haut ce que le Voyageur temporel taisait au même moment. Ponctuant son discours à forte connotation d'indépendance par un baise-main qui provoqua l'hilarité du Contrôleur du Temps, l'adolescent ne froissa même pas Fumarola. L'attitude si conciliante de ce Seigneur à l'égard d'un Voyageur ne cessait de surprendre Lysandre. Dans un bon sens qui quelque part, le dérangeait.

"Ce n'est pas une question d'engagement, dit alors Daphnée, ma dévotion à Barrak est absolue. Je traquerai les Gunsens, mais ce sera pour lui. Pour répondre à ce qu'ils ont causé en soutenant les I.D. Je respecte profondément votre vision des choses, Seigneur Fumarola, mais je ne peux pas me permettre de mettre mes Voix à votre service.
- J'ai un Royaume à gérer, Fumarola, enchaîna Beryl. Et toi aussi. Dame Apis elle-même a sa ruche à charge. Nous sommes amis depuis maintenant suffisamment longtemps pour que tu saches avoir mon soutien. Mais ce que tu proposes me semble disproportionné.
- La vision du garçon me plaît, souligna Kurogane Ito. Ce groupe n'a rien d'anodin, mais il ne peut pas devenir notre seul horizon. Je veux dire, Adémard était très puissant, et les Gunsens sont très probablement un danger pour l'équilibre de Dreamland. Il importe de les traquer et de les éliminer. Mais après ? Ce "Clan des Fumées" n'aura-t-il réalisé cette prouesse que pour se disloquer ?"

Lysandre écouta les propos de chacun en silence. Lui-même était en proie au conflit. Il était Meteor, ennemi farouche de l'Alliance Elémentaire, du Royaume obscur, des Seigneurs Cauchemars et des créatures qui prétendaient avoir en main les rênes de Dreamland. Pouvait-il, comme ça, décider de rejoindre un groupuscule mélangeant Voyageurs et créatures, d'un Seigneur à un adolescent, et dont la vocation serait de rendre justice alors qu'il considérait déjà le monde onirique comme un lieu tangent aux limites malléables ?

"J'entends ce que vous dites, intervint le Seigneur de la Fumée, mais croyez-vous réellement que le Gunsen ne comporte pas en son rang des créatures et des Voyageurs dont les responsabilités ne soient pas déjà officiellement vouées à leur peuple, leur royaume, leur Seigneur ? Contre une telle menace, on ne peut répondre qu'avec les mêmes armes. Le culte du secret, le réseau d'influence, la traque silencieuse. Et je tiens compte de votre vision des choses en affirmant cela, Joy, Kurogane: ne pensez-vous pas que ce clan occulte soit déjà composé de membres à horizons multiples, par-delà les tensions, les affinités et la politique ? Le Gunsen est jeune, naissant, ce n'est probablement pas encore impossible de l'arrêter. Ses objectifs ne sont pas encore clairs, mais il est certain que leur ambition dépasse l'Opéra et Musikland. Quel genre de cause pourrait bien lier des personnalités telles qu'Adémard, Avril Smith... et Salvatore Orycto ?
- Orycto ? Sembla s'étonner Beryl.
- Pour l'heure je n'ai que des soupçons à son égard, c'est pour ça que je ne t'en ai jamais parlé. Je n'en ai d'ailleurs touché mot à quiconque.
- Je vous prie de m'excuser, souligna Daphnée, mais vous étiez là lorsque le prince de Pâques nous a annoncé vouloir louer une chambre en ville. Pourquoi ne pas l'en avoir empêché ? A présent qu'il réside hors de l'Opéra, il sera beaucoup plus aisé pour lui de s'enfuir.
- On ne pourra s'en prendre à lui que lorsque nous aurons la certitude de son implication. Un incident diplomatique entre Roger et Barrak est pour l'heure la dernière chose dont votre Seigneur a besoin, Daphnée. Laisser croire au prince lapin qu'il est en dehors de tout soupçon nous permettra d'observer ses mouvements. Et s'il est bien celui que je pense, il commettra une erreur tôt ou tard. Mais le surveiller implique de nous organiser. De nous grouper. Vous tous ici présents êtes dans la confidence. Certains se sont imposés par la force des choses, dit-il en glissant un regard appuyé à Lysandre, d'autres parce que je l'ai choisi. D'autres encore parce qu'ils se sont montrés suffisamment braves et méritants pour entrer dans mon estime, fit-il en posant ses yeux sur Joy. Il importe désormais de faire de cette confidence notre arme contre le Gunsen. Et, pour reprendre vos propos, jeune homme, de faire de cette confidence un murmure qui parcourra Dreamland, de telle sorte que nos histoires puissent être racontées autour d'une pinte.

Il y eut un bref moment de silence, durant lequel les propos de Fumarola firent réfléchir les uns et les autres. Lysandre, fronçant les sourcils, prit finalement la parole pour exprimer le fond de sa pensée.

"Des Seigneurs et des Voyageurs, ensemble contre un ennemi commun. Je vois dans cette proposition un problème. Il n'y a qu'une seule chose qui nous lierait tous, et c'est cet ennemi commun. Pourquoi considérerais-je le Gunsen comme mon ennemi ? Tout ce que j'ai fait cette nuit, je l'ai réalisé parce que mon instinct me disait de le faire. Je ne m'attendais à rien de tout ça, je venais parce que je savais que Cerana se trouvait derrière mon invitation. Au fond, rien ne fait des membres de ce groupuscule mes adversaires. Joy a raison. Je ne pourrai rejoindre votre "Clan des Fumées" que s'il est épuré de toute connotation politique et de tout engagement moral. Je ne suis pas un héros, je ne suis pas non plus au service d'un Seigneur. Quel qu'il soit. Daphnée pourrait vous en rebattre les oreilles."

La directrice de la police du son leva les yeux au ciel, la Reine Insecte esquissa un sourire. Fumarola resta un instant sans dire un mot, fronçant d'abord les sourcils avant de s'adoucir visiblement, comme si les réaction des Voyageurs, Lysandre après Joy et Daphnée, lui plaisaient beaucoup.

"Croyez-vous que le Gunsen vous laissera tranquille après que vous ayez contribué à l'échec des I.D. ? Vous êtes dedans depuis que votre lame s'est logée dans l'épaule de miss Smith.
- Rien ne nous dit encore que le Gunsen avait prévu la réussite des I.D. Avril était peut-être un pion utile. L'attentat de cette nuit n'était peut-être qu'un message, destiné à faire comprendre à leurs éventuels adversaires que les gens du Gunsen étaient présents, et en mesure d'agir.
- Je peux vous assurer que la mort de Barrak, de Cerana et des autres convives auraient couronné l'assassinat de Sandra Cocotte comme une cerise sur un gâteau. L'acte aurait été attribué aux I.D., mais le Gunsen se serait auto-congratulé, et aurait gagné en assurance. Maintenant qu'ils savent qu'ils ne sont pas infaillibles, que des gens les connaissent, qu'ils ont des ennemis prêts à lutter contre eux, ils vont agir avec davantage de prudence. Ils vont traquer ces ennemis et chercher à les anéantir. C'est-à-dire vous, Voyageur temporel, et tout le monde ici présent. Gardez en mémoire l'attitude d'Avril Smith... d'Adémard ! Si les autres n'ont ne serait-ce qu'un fragment de leur résolution, ils ne s'embarrasseront pas de savoir si vous vous considérez ou non comme leur ennemi. Vos actes de ce soir vous ont déjà désigné comme tel. Vous sentez-vous prêt à faire face, seul, à de tels individus ? Je crois savoir que vous avez déjà fort à faire avec Chronos... Et cette question ne vous concerne pas uniquement. Je m'adresse à vous tous."

Le Contrôleur du Temps afficha une mine neutre, en proie à une intense réflexion. Fumarola marquait des points, et semblait réellement bien renseigné. Pour autant, il ne réglait pas la question principale.

"D'accord. J'admets que considérée sous cet angle, la situation est délicate. Partons du principe que nous sommes déjà tous impliqués. Que... notre "clan" est déjà constitué. Nous n'avons donc guère le choix. Et, précisément parce que nous sommes tous uniques par essence, que nos sensibilités politiques et morales diffèrent par nos expériences et nos aspirations, nos responsabilités et nos engagements, nous ne pouvons nous envisager navigant sur la voie du Clan des Fumées tel que vous nous le décrivez. Nous ne pouvons pas être tous à votre service, nous ne pouvons pas nous présenter comme des justiciers, comme des symboles d'espoir. Nous devons êtres apolitiques, nous devons être explorateurs, nous devons être indépendants les uns des autres, mais unis face à l'adversité. En ce sens, nous serions... Non, nous sommes..."

Ce fut à ce moment que les Mots de Lilianna pulsèrent à travers les veines de Lysandre avec toute la puissance du symbole dont ils étaient porteur. Le Contrôleur posa ses yeux sur la princesse, puis sur Joy, qui l'observait d'un air entendu. L'évidence était là. Lysandre ferma les yeux, esquissa un sourire et se détendit. D'une voix calme, il termina sa tirade.

"Nous sommes l'Oratorio."

Il laissa un instant le nom investir les murs de la suite de Daphnée. Celle-ci lui jeta un coup d’œil intéressé. Fumarola esquissa un sourire qui, contagieux, se répandit sur les lèvres de Beryl et Kurogane, élargit celui de Cerana, sortit Lilianna de son état timoré.

"Avec les Compliments de l'Oratorio... Avec les Compliments de l'Oratorio, le Gunsen se repliera sur lui-même et périclitera. Nous n'aurons pas à nous rendre de comptes, mais nous œuvrerons ensemble lorsque nous le devrons. Nos réunions seront un terrain neutre où chacun pourra s'exprimer librement."

Devant ce qui semblait être une approbation générale, Lysandre jeta un coup d'oeil à Cerana, qui le lui rendit en étant un peu inquiète, car elle devinait sans doute ce qu'il allait dire à présent.

"Partant de ce principe, il n'y a rien à cacher à qui que ce soit dans cette pièce. Joy, tu parlais de la multiplicité des horizons. Seigneur Fumarola, vous dites que nous sommes un clan. Je dis que nous sommes l'Oratorio, et que l'Oratorio comporte en son sein un Seigneur de la Fumée, une Reine des Pierres Précieuses, un Prince des Lances de Sérénité, une Princesse des Mots, une Reine de Ruche, une Voyageuse aux Mille Voix, un Voyageur d'Euclide..."

Il afficha une mine ferme et résolue. Le moment était venu de voir si Fumarola tiendrait parole. De voir aussi si Daphnée réfléchissait plus loin que son engagement auprès de Barrak. De savoir, enfin, de quel bois se chauffait réellement Joy.

"Et un Meteor."
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Joy Killamanjiro
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Jeu 10 Déc - 16:56

Relevant et surveillant ses bandages, sentant le poids de son corps s'alléger avec les médicaments et les soins apportés par les équipes médicales de Barrak, Joy ne perdait pas une miette des échanges vigoureux entre Fumarola et le reste du groupe. De toute évidence, il ne s'attendait pas à ce que son plan soit retourné de cette manière. Il agissait comme un Seigneur de Dreamland, fier et vexé, mais aussi comme un être humain, conscient du compromis ; il écoutait patiemment l'avis des autres, répondait poliment sans s'énerver ni se mettre en avant par quelconque stratagème utilisé par Adémar. Joy appréciait que la parole se fasse entendre sur un pied d'égalité, ce qui était un bon point pour le Seigneur Fumarola, qui sentait son groupe rêvé lui échapper lentement mais sûrement. Il sentit le vent tourner en sa faveur quand Lysandre prononça le mot Oratorio. Une évidence venue comme une friandise, aidée par Lilianna qui avait sucré le mot pour donner à tout le monde réuni près de la couche du blessé une impression d'évidence, de certitudes, de puissance aussi. Il apprécia d'autant plus la suite, Lysandre indiquait la voie de la raison, et un avenir possible avec ce groupe hétéroclite, dont il souligna les différentes particularités, jusqu'à la sienne...ce qui créa d'abord un long silence gêné, un malaise palpable. Que rompit Beryl, d'une voix sèche.


- Il est bien sûr hors de question que je...m'acoquine avec un Meteor ! Ces gens-là veulent notre perte ! Ils veulent prendre nos places ! Ils veulent nos palais, nos cours, nos armées, nos gens, sous le prétexte horrible que Dreamland leur appartient ! Ai-je choisis d'être une créature des rêves ? J'habite dans Dreamland tout le temps, contrairement à eux, et je ne laisserai pas ma place, quoiqu'il m'en coûte !


Le silence reprit et en disait long sur la révélation apportée par le voyageur temporel. Kurogane hésitait à consoler son amie, tandis que Cerana, choquée, regardait Lysandre avec un œil d'incompréhension. Lilianna fixait le sol, Fumarola Lysandre, comme Daphnée. Enfin, le Seigneur de la Fumée tenta de reprendre la main, sentant que la conversation allait bientôt lui échapper.


- Ainsi mes informations étaient justes, Lysandre, vous avez rejoint l'Armée des Voyageurs…
- Inutile de bluffer, Seigneur Fumarola.


Joy esquissa un sourire devant la tentative plutôt osée du Seigneur, qui lui fit un clin d’œil, bien conscient que son entourloupe aurait eu du mal à passer. Mais la confiance était une chose importante, la confiance que Joy plaçait dans le voyageur qu'il n'avait pas de mal à appeler « ami » était importante, et commençait à peser dans la balance. Pour l'heure, c'était le groupe à peine embryonnaire qui comptait, et uniquement lui. Les petites émotions dues à l'amitié qu'il portait au voyageur du temps devaient attendre leur heure. Il savait bien, depuis le temps en voyage, ce qu'étaient les Meteors, ce qu'ils voulaient, qui ils combattaient et, certaines nuits, ce qu'ils faisaient à Dreamland. D'abord sans opinion, Joy les avait pris en grippe, car leurs comportements quasiment colonialistes et sûrs de leur bon droit étaient à la fois risibles et détestables. Leur postulat était mauvais : Dreamland n'appartenait pas aux voyageurs, car Dreamland n'appartient ni aux créatures ni aux voyageurs, ni aux rêveurs. Dreamland n'est que l'inconscient collectif, rien de plus qu'une terre où des êtres vivants, des êtres oniriques vivaient. Mais...il y avait ces désirs, toujours : la possession, le pouvoir, le territoire, la croyance en une identité...cela mettait Joy dans des états pensifs qui ne se terminaient, parfois, qu'à la fin de la nuit. Il regarda Lysandre, sans rien dire, songeant à cela, et pensant aussi qu'il s'y attendait. Son camarade avait montré des...aptitudes pour l'armée, et des accointances dans les idées portées par les Meteors. Dans ce cas, que faisait-il avec Cerana et toutes ces personnes ? Une question qui serait soulevée entre eux deux seulement, une fois le calme revenu.


Cerana, d'une voix timide, et douce, prit sur elle de rompre une nouvelle fois le malaise général. Ouvrant ses bras, les yeux embués par les émotions, elle apparut à Joy comme une vraie Reine aimant ses proches, sans doute par sa tenue de cette soirée, mais aussi par sa gestuelle, désormais naturellement royale.


- Je...je me permets, je connais Lysandre et Joy depuis quelques temps, ce sont eux, Tweanings et Abercrombie. Ils m'ont aidé à renaître, à m'installer, à trouver une nouvelle vie…J'aurais de la peine si j'apprends un jour qu'ils ont été contre les créatures, contre mes semblables, mais je leur fais confiance, car pourquoi auraient-ils apporté leur aide, si c'était pour me détruire ensuite ? Je fais confiance à Lysandre, c'est tout ce que je peux promettre. Je comprends parfaitement Beryl, les Meteors nous inquiètent, ils sont menaçants et leurs idées sont assez étranges, mais...je crois en Lysandre, je sais qu'il pourra faire changer des choses dans cette armée, et même s'il n'y arrive pas, il gardera ma confiance…
- Jusqu'à voir son armée devant votre porte, Cerana Apis !
- Peut-être, oui, mais je serai restée loyale, une amie dévouée, et je serai alors assassinée en étant fière de ce que j'ai pu accomplir. Ces deux voyageurs m'ont appris ça !
- Vous êtes folle !
- Et vous bornée ! Vous refusez de voir des changements possibles !


Le brouhaha allait en s'intensifiant. Fumarola mit son index et son pouce sur ses yeux, remontant vers le nez, en soupirant ; Kurogane Ito défendait Beryl devant Cerana. Lilianna regardait la scène d'un air blasé, et Daphnée sur le point de baffer Lysandre. Joy se leva péniblement, enleva ses bandages et découvrit son corps tailladé de partout, son bras tenu par un énorme pansement blanc et tâché de sang, des cicatrices tenues par des fils. Il était dans un sale état, et à la vue de son corps, tout le monde s'arrêta. Un long rugissement mit du temps à sortir de la gorge du voyageur, mais il envahit bientôt tout l'espace sonore, avec une multiplication de décibels, si bien que Daphnée dû intervenir en atténuant la puissance. Joy, au sol, à quatre pattes, continuait de râler. Cette fois de manière compréhensible, en soufflant.


- VOUS...N'AVEZ RIEN...COMPRIIIIIIIIIIIIS !!!!!!!


Un nouveau silence prit place, cette fois choqué et alerté. Beryl, les yeux écarquillés, voyait le jeune voyageur hurler jusqu'à cracher du sang. Elle se pencha sur lui et plaça des diamants sur les plaies rouvertes, en demandant un médecin, mais Joy l'en empêcha d'un geste de la main. Lilianna bondit vers lui, avant d'être arrêtée par Fumarola, qui souriait. Joy, à terre, regardait Lysandre et esquissa un sourire de dément. Il voyait, dans une sorte de fièvre, Euclide le regarder de toute sa hauteur, à la place de Fumarola, de Cerana, de Kurogane, de Daphnée, et du Meteor. Éclipsant des formules, il se leva doucement, s'appuya sur Beryl, d'une voix caverneuse et essoufflée par l'effort.


- Si Lysandre se montre une seule fois comme un assassin de quelqu'un de l'Oratorio, d'un Seigneur innocent, d'un Seigneur tué simplement parce qu'il régnait, je le tuerai de mes mains. Comme il se chargerait de moi si c'était le cas avec ses petits copains Meteors. Parce que vous pensez que nous allons faire une société secrète, tous amis, tous copains, des espions par jeu. Non ! Vous n'avez pas compris le but de l'Oratorio...nous venons de partout, pour justement aller et venir absolument partout ! Je me fous qu'untel soit Meteor, que Daphnée soit potentiellement une voyageuse killeuse. Je me fous de votre diplomatie, car nous sommes l'Oratorio, nous dépassons les groupes, les idées, les idéologies, les clivages, le fait que je sois un voyageur et vous des créatures, JE M'EN FOUS ! Nous voulons un groupe capable d'agir selon ses propres règles, et voilà que vous ramenez toutes les règles déjà existantes entre nous ! Nous sommes l'Oratorio, et vous avez la possibilité de transcender ce que vous êtes, pour devenir quelque chose d'autre, pour devenir quelqu'un d'autre, pour réfléchir sur votre vision de ce que doit être Dreamland ! Les Meteors ? Je m'en carre des Meteors, qu'ils se battent. Moi je veux voyager, je veux découvrir, je veux rencontrer, et je veux protéger les gens qui me sont chers. Qu'ils viennent toucher à un seul de vos cheveux, Reine Beryl, et je serai parmi vos défenseurs ! Et à ce moment là, Lysandre devra rendre des comptes...alors que les formules aient pitié de lui, car moi je n'en aurai aucune !!


Joy sentit pour la première fois une aura meurtrière se développer autour de lui, tandis qu'il fixait Lysandre avec l’œil du tigre (le fameux!). Il la sentait distinctement, l'accepta et la fit taire une bonne fois pour calmer les esprits. Il vit Lilianna le fixer, ses yeux noirs perçants ne pas le lâcher du regard. Elle avait pris sa décision. Fumarola souriait, comme à son habitude, et décida, en bon maître de cérémonie, de reprendre la parole. Une interrogation vint à Joy : et s'il avait tout prévu ? S'il savait déjà que Lysandre allait se livrer, que Joy irait hausser le ton dans le débat, dans sa fougue inarrêtable ? Alors, tout était déjà joué d'avance, et il avait mené le groupe jusqu'à un point de non-retour, où au moins, les choses étaient claires, où la messe était dite. Joy le sentait tout excité en entendant et en participant aux discours des voyageurs, et il comprit l'intérêt que Lysandre et lui représentait pour les créatures des rêves. Une autre façon de penser, des opinions différentes, une puissance difficilement contrôlable, une motivation à toute épreuve, en raison de la brièveté de l'existence humaine...


- Je crois que maintenant les choses sont claires, et je pense qu'on peut passer sur le nom du groupe...reste à savoir qui désire en être pour de bon ? Pour ma part, j'accepterai quiconque veut en faire partie, qu'importe les affiliations. Car c'est comme cela qu'on pourra réellement peser. Je suis de l'Oratorio !


Il leva le poing en geste à la fois de victoire, et de défi. Joy l'observait, et plus ses yeux tentaient de comprendre la Fumée Royale, plus il sentait qu'elle savait des choses qu'il ignorait. Il y avait une suite derrière toutes ces idées, de quoi le convaincre plus d'une fois...Beryl se recula lors de son tour de prise de parole.


- Je suis sincèrement désolée, je vois où vous voulez en venir, mais les Meteors me pourrissent trop la vie pour que je puisse honnêtement m'allier avec l'un d'eux ! Je ne peux pas, c'est hors de mes possibilités, j'en suis navrée...mais je tiens à apporter mon soutien à votre groupe.


Kurogane Ito leva le poing comme Fumarola, et cria qu'il était lui aussi de l'Oratorio. Il serra la main du Seigneur de la Fumée, et fut félicité par Beryl. La manœuvre de la Reine des Joyaux était plutôt fine, elle pourrait, par son amitié avec le jeune Prince, se tenir informée voire l'aider dans ses voyages, tout en niant faire partie du groupe. Elle sourit à Fumarola, qui avait sans nul doute depuis le début comprit la manœuvre. Ce fut au tour de Cerana, qui jetait des regards alarmés aux deux voyageurs l'ayant aidée à remonter à la surface, puis elle soupira, décidée.



- Je dois également décliner votre offre...Comprenez-moi, je viens d'être reconnue comme Reine, ma Ruche doit encore se consolider, j'ai beaucoup de travail à mener, des grandes œuvres...j'aimerais tant voyager à vos côtés, Joy et Lysandre, mais vous savez que j'aime mon peuple plus que tout, et je ne peux pas l'abandonner, ou le placer comme une cible !
- Cela vous honore, Reine Cerana. Nous comprenons bien votre situation.
- Cela étant, il est évident, comme Beryl, que je serai toujours votre amie dévouée, quoiqu'il arrive et...je répète, je persiste et je signe, j'ai confiance ! Voilà.


Après que Lysandre eut affirmé sa présence, et la confirmait au sein de l'Oratorio tout en répondant à toutes les accusations et les mises en garde, Daphnée déclina l'offre, créant ainsi une vraie surprise au sein du groupe.


- Je reste disponible si vous avez besoin de moi, mais je ne peux pas m'engager complètement, ce serait incorrect envers Barrak. Cela étant, je vous aiderai à faire tomber le Gunsen, car c'est ce que veut mon Seigneur. Je verrais peut-être, d'ici là, comment me positionner entre vous, et Lui.


Les regards se tournèrent alors vers les deux derniers. Lilianna regardait Joy, et Joy regardait Fumarola, Kurogane et Lysandre. La Princesse des Mots fut la première à prendre la parole, d'une voix claire et assurée.


- J'ai toujours voulu voir à quoi ressemblait la vie avec une équipe. Si en plus elle est secrète, ça m'évitera des soucis avec ma famille, elle a tendance à être un peu possessive...J'en suis, tant que les objectifs énoncés ce soir demeurent encrés dans le marbre ! Je suis comme une voyageuse, du moins j'aime à le croire, et je souhaite avant tout ma liberté de circuler, de penser, d'agir comme bon me semble ! Est-ce clair ?
- On comprend pourquoi vous êtes la Princesse Fugueusse, Lili-Anne !
- Appelez-moi Lili ou Anna, Seigneur Fumarola, mais laissez les prénoms officiels pour les dîners mondains. J'ai terminé, je laisse Joy répondre.


Joy sourit, regarda tout le monde d'un air amusé, s’appesantit sur Lysandre avant de lâcher un seul mot.


- Oratorio.


Le groupe se sépara quelques minutes après. Fumarola allait envoyer des consignes aux membres, notamment les signes distinctifs d'appartenance, et l'endroit où les réunions auraient lieu. Joy salua longuement Cerana Apis, à qui il promit de rendre visite d'ici quelques nuits, et eût du mal à la laisser partir, encore sous le choc des homicides. Daphnée l'invita à se rendre à l'infirmerie du Palais Opéra, mais sentant la fin de la nuit arriver, il préféra souffrir encore un peu mais marcher. Il quitta donc l'Opéra seul, laissant Lysandre d'un signe de tête entendu. Fumarola avait de la suite dans les idées, et il avait indiqué, à demi-mot, qu'une mission imminente attendait les deux voyageurs. La suite dans une missive très bientôt, de quoi rendre le jeune matheux impatient. Il savait qu'une discussion s'imposerait avec son ami temporel, une discussion sérieuse sur leurs visions de ce qu'était Dreamland. En attendant, Joy se mit en marche pour boire un coup, pour souffler un peu de cette nuit agitée. Bien que les passants le regardaient avec curiosité, car il portait encore ses bandages ensanglantés, il n'y faisait pas attention. Il sentit rapidement un bras se glisser entre ses cotes meurtries et le sien, et vit Lilianna à ses côtés, souriante et rougissante.


- Daphnée m'a dit de ne pas te laisser vadrouiller tout seul, dans ton état. Mais tu es parti bien vite !
- Ah pardon ! Et merci pour ton aide durant le combat, je ne te l'ai pas dit encore…
- Tu n'as pas à t'excuser, il était vraiment vraiment fort ce type...ça me fait peur, parfois, de savoir que des types aussi puissants vivent parmi nous…
- C'est aussi intéressant, tu ne crois pas ?


Les deux se regardèrent, un temps de silence, puis le visage de Lilianna se mit à rayonner.


- Tiens, on se tutoie maintenant, il faut marquer le coup ! Je me demandais quand tu voudrais bien le faire !


Elle se pencha et déposa un baiser sur la joue du jeune voyageur. Joy se mit à compter la probable différence d'âge entre eux deux, avant de voir un type passer devant eux en se moquant de lui et en lui disant « si t'y vas pas, j'y vais sans problème mon gars ! », ce qui empourpra complètement le visage de la Princesse des mots. Activant son pouvoir de calcul, il augmenta la masse de la ceinture de l'homme, qui emporta le pantalon avec elle. En slip dans la rue, l'homme poussa un glapissement de honte, et essayait de relever son froc qui pesait plusieurs dizaines de kilos. La scène fit rire tout le monde autour, et il s'enfuit en slip sans demander son reste. Une fois le calme revenu, Lilianna, encore toute rouge, regardait Joy comme s'il allait dire quelque chose. Ce dernier approcha son visage, vit que Lilianna fermait les yeux, tendait les lèvres, il fit de même et…...


*


- Allez debout Joyou ! Allez, t'es en retard pour les cours !
- Mais Mamaaaaaaaan, je faisais un super rêêêêêve !


Athénaïde Killamanjiro s'arrêta soudainement, la couette de son fils entre les mains pour le sortir du lit, et pencha son visage au-dessus de lui, les yeux révulsés. Un visage de film d'horreur.


Spoiler:
 


- J'espère que tu ne viens pas de Sboobland ! Tu sais ce que j'ai fait à ton frère quand je l'ai surpris là-bas !
- Oui Maman, tu l'as pendu par les pieds au dessus du Croco Canyon pendant une nuit entière raaaah...mais laisse-moi émerger, au moins !
- Elle s'appelle comment ? Je veux savoir ! Tu caches des choses à ta mère ! Courir le monde ne te suffit pas, tu coures les voyageuses ! J'en ai connues, des pas frileuses, je peux te dire qu'elles ont mal fini ! J'espère que ce n'est pas cette pétasse de Betty Barbara !
- Woh, Mummy, on arrête cette discussion, okay !


Athénaïde remit la couette sur son fils, et gueula pour réveiller Peter, dans la chambre d'à côté, qui avait le sommeil encore plus lourd.


- PETER ! On arrête de boire et de te battre dans Dreamland, c'est fini la guitare, tu vas en cours !


Joy se retourna dans ses draps en pestant.


- J'suis bon pour dix ans de suivi en psychanalyse...


Ironie du sort, la radio de Peter se mit à gueuler pour le réveiller, couvrir la voix d'Ahténaïde, qui pétait le feu aux aurores comme toujours, et passa un morceau semblable à celui entendu à l'Opéra. Ou était-ce une réminiscence de la nuit mélomane passée à Muzikland ? Une nuit particulière pour Tweanings et Abercrombie.



Dernière édition par Joy Killamanjiro le Jeu 10 Déc - 22:24, édité 1 fois
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Lysandre Videl
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Jeu 10 Déc - 21:09

Voilà précisément le genre de réaction qui justifie mon appartenance aux Meteors.

Lysandre écouta Beryl déclamer son accusation, soutenant le regard d'une Reine de Dreamland avec toute la hauteur du propriétaire onirique qu'il estimait être. Il comprit subitement les coups du sort répétitifs qui l'avaient empêchés toute la soirée de rejoindre le couple formé par Kurogane et la Dame aux Pierres Précieuses. Depuis sa rencontre avec Pytie, il avait compris que dans le monde des rêves, certaines choses n'arrivaient pas parce qu'il était préférable qu'elle puisse ne jamais advenir. Et le présent état dans lequel se trouvait la somptueuse et royale créature soutenait pleinement cette théorie. En face de lui, campée sur ses positions, se trouvait une Monarque des Rêves. Un pilier a priori inamovible de l'inconscient collectif, qui en scellait les fondations dans la pierre -au propre comme au figuré, dans son cas- et qui exprimait sa volonté inflexible d'y demeurer. Toute ébranlée par la perspective de se voir arracher cette position usurpée, ingrate quant à ceux à qui elle la devait.

Lorsqu'elle termina, le léger malaise qui avait précédé sa tirade reprit son cours. Lysandre cessa de fixer Beryl pour porter son attention sur Fumarola, puis Daphnée. Tous deux l'observaient, le poids de leur regard pesant sur lui avec une certaine intensité qui témoignait pour l'un de son intérêt, pour l'autre de sa sidération. Le Contrôleur du Temps avait déposé ses attributs, ses conditions, sa réalité, déstabilisant le statu quo qui s'était imposé auparavant à la conversation. Pour la recadrer, Fumarola sembla tenter un subterfuge qui fut aussitôt relevé par Joy. Mais s'agissait-il vraiment d'un coup de bluff ? Le Seigneur de la Fumée n'avait fait, jusqu'à présent, que démontrer qu'il en savait long sur tout et tout le monde. Et cette attitude qui consistait à rester si calme, si détendu et si conciliant à l'égard des Voyageurs, faisait à Lysandre l'effet d'un vin aigre. Comme si son échine était parcourue de frissons, comme si sa bouche se contractait sous les perturbations non tolérées des papilles gustatives. Il ne comprenait pas où il voulait en venir, ni ce qu'il avait derrière la tête. Et cet état d'ignorance l'ennuyait profondément.

Mais le jeune homme demeura silencieux, assez longtemps pour assister à la montée de ton entre Beryl et Cerana, l'augmentation du volume sonore dans la pièce en conséquence de la prise de paroles multiple. Fumarola sembla perdre le contrôle des discussions. Tout le monde se mit à intervenir plus ou moins en même temps, jusqu'à Daphnée qui s'approcha de Lysandre d'un air colérique qu'il commençait à bien lui connaître, tout en lui adressant la parole sur un ton tout aussi nerveux: "A quel point suis-je bête. Le pamphlet digne d'un Meteor, c'était signé !". Le Voyageur temporel s'épargna la peine de lui répondre en de telles circonstances, plus interpellé par le mouvement de Joy qui quittait le lit pour se débander et offrir à tous la pleine vue sur ses horribles blessures. La bouche de Lysandre se tordit en un rictus empathique lorsqu'il découvrit le moignon sanguinolent, les estafilades et les points de suture rouverts. Le puissant cri qui jaillit ensuite de la gorge de l'adolescent lui fit tourner la tête de l'autre coté et grimacer, tant il fut violent. Malgré le ralentissement temporel des ondes sonores qu'il opérait au contact de ses oreilles, la stridence du son lui vrilla les tympans. Les interventions de Beryl n'y changèrent rien, tandis que celle de Daphnée ne put au final qu'atténuer la prolifération des décibels sous l'action des calculs mathématiques du rejeton d'Euclide.

Lorsqu'il s'arrêta pour finalement parler avec ses propres mots, le Contrôleur du Temps l'écouta avec un intérêt non feint. C'était ce qu'il attendait avant tout en révélant sa position au garçon qui s'était tenu à ses côté lorsque l'Arbre des Rêves lui avait confié son vœu. Ses paroles faisaient sens, il était lucide et clairvoyant quant au devenir de leur relation. Viendrait en son temps un moment où ils devraient en discuter. Et après ce moment, longtemps ou pas, en viendrait peut-être un autre. Un autre moment au cours duquel les convictions des deux Voyageurs risqueraient de se rencontrer, de se heurter les unes aux autres dans un ballet tourbillonnant où Calculs et Temporalité emporteraient avec eux colère et souffrance.

Ponctuant son monologue par une expulsion d'ondes meurtrières, Joy atteignit Lysandre en profondeur. Le Contrôleur du Temps, percevant le regard dément de son jeune camarade, écarquilla les yeux à son tour. Le comportement de l'adolescent, l'énergie provocatrice qui s'étendait à la manière de pseudopodes invisibles qui venaient le caresser froidement, tirèrent hors de lui l'Instinct qui s'était éveillé lors de sa rencontre avec Dango.

C'est ça... C'est ça que je chasse.

Le rythme de son cœur s'accéléra, l'adrénaline se répandit à travers son corps en pulsant, son souffle se fit plus rauque, tandis que les contours de son champ de vision se troublaient en déformations. Seul demeurait distinctement Joy, centre d'un monde d'émulation guerrière qui faisait vibrer d'impatience la moindre fibre corporelle du Voyageur temporel. Plus forte que lui, sa langue passa le long de sa mâchoire supérieure, se découpant légèrement au fil des dents et répandant le goût métallique de son propre sang à l'intérieur de sa bouche. Sa propre aura assassine imprégna la pièce en réponse à celle de l'adolescent. Surprise, Daphnée se recula d'un pas avant de se ressaisir, tandis que Fumarola observait la scène d'un œil assuré, voire amusé.

Puis Joy mit fin au phénomène, faisant redescendre de trois gammes la tension qui imprégnait les lieux, ce qui laissa Lysandre sans impulsion provocatrice. Le jeune homme ferma les yeux et calma sa respiration, ce qui eut pour effet d'atténuer sa propre aura menaçante. Lorsqu'il rouvrit les yeux, il souriait sans s'en rendre compte à l'intention de Joy, comme s'il le remerciait inconsciemment de s'être imposé comme digne d'être pris au sérieux. Au même moment, Fumarola prenait la parole pour inviter chacun à signaler son appartenance à l'Oratorio. Sans surprise, Beryl se retira, en gardant toutefois une porte ouverte à ce qu'elle fournisse ponctuellement son aide. Kurogane, qui ne s'était pas caché depuis le début d'adhérer à la vision de Joy, confirma son adhésion. Il n'en fut naturellement pas de même pour Cerana, que Lysandre invita à parler sans crainte d'être mal reçue, d'un signe de la tête. Lorsque vint son tour, le jeune homme balaya l'assemblée du regard en s'arrêtant pile sur le monarque des fumées et décroisa son bras gauche, offrant sa paume à la vue de tous à travers un geste d'ouverture révérencieux.

"J'ajoute mes compliments à la partition. Une étoile au compteur, Seigneur Fumarola. Je suis de l'Oratorio."

Nul besoin d'en ajouter. Tout avait été dit, exprimé, senti. Lysandre ne ressentait pas le besoin de se justifier auprès de Beryl. D'autre part, la tension créée par les heurts d'auras avait été suffisamment claire pour poser les bases saines d'une coopération de long terme. Il décida donc de laisser la danse des adhésions se poursuivre, mais Daphnée suscita l'étonnement en refusant de prendre part complètement à l'Oratorio. Lysandre et elle échangèrent un regard, le Contrôleur du Temps se moqua dans un sourire, une manière de lui faire comprendre qu'il ne comptait pas en rester là. Puis ce fut au tour de Lilianna et de Joy. La princesse des Mots exprima son point de vue pour finalement confirmer son adhésion, avant que l'adolescent ne conclue la ronde en posant ses yeux sur lui.

Suite à cela, ils se séparèrent. Beryl et Kurogane furent les premiers à partir. Alors que le jeune prince des Lances de Sérénité, bien qu'hésitant, serra la main de Lysandre, Beryl l'ignora superbement. Cela eut pour effet de faire ricaner le Voyageur temporel qui la regarda partir d'un œil satisfait. Laissant Cerana dire aurevoir à Joy, il alla saluer Fumarola, qui l'informa avoir besoin d'eux dans un avenir proche. Lysandre approuva, et échangea d'interlocuteur avec Joy, se faisant étreindre par une Cerana inquiète pour lui. Il la rassura du mieux possible avant de la laisser partir. Seuls demeurèrent bientôt plus à ses côtés que Daphnée, Lilianna et Joy. L'adolescent partit le premier malgré les recommandations de la Cantatrice, et Lysandre l'observa partir avec la connaissance qu'ils se reverraient bientôt. Daphnée fit comprendre à la princesse des Mots qu'il était de bon ton pour elle de ne pas laisser partir le jeune Voyageur seul, et comme si la créature n'avait attendu qu'un aval quelconque, pourvu qu'il s'agisse d'un aval, elle détala à sa suite sous le regard hilare de Lysandre.

Il fut alors instantanément poussé contre le mur par Daphnée, qui déposa un doigt accusateur et tendu sur son plexus. Tout autour d'elle vibraient des ondes sonores latentes qui menaçaient de s'abattre sur lui. Malgré la distance de bras qui les séparait, Lysandre se sentit littéralement plaqué et immobilisé contre la surface tapissée, incapable de réellement comprendre comment une telle chose était possible.

"Sachant ce que je sais dorénavant, Barrak voudrait que je t'exécute, fit-elle d'un ton qui se voulait sans appel.
- Mais il ne le sait pas, rétorqua le Voyageur temporel au souffle court, et je crois d'ailleurs qu'il devait déjà "statuer sur mon cas". Si quelque chose de grave avait dû m'arriver, je ne serais plus là depuis longtemps."

Daphnée fit silence, plongeant son regard dans celui de Lysandre, et retira finalement son doigt avant de lui tourner le dos et de croiser les bras sous sa poitrine. Le Voyageur temporel porta la main à son pectoral et expira longuement.

"Barrak a décidé de te laisser tranquille. Beaucoup de spectateurs ont déjà raconté au Dreamag t'avoir vu t'interposer sur scène entre Sandra Cocotte et Infectious Noise. Sandra Cocotte t'a remercié publiquement. Lord Chyropterion lui-même a loué ton intervention et a promis de prêter toutes les essences de vie nécessaires à la restauration de la salle de représentation. Et ça, sans intérêts. Apparemment parce que, je le cite, "si un Voyageur peut se dresser face à la terreur pour sauver une icône, nul ne doit ignorer que l'Opéra et Barrak resteront debout". Te porter atteinte après ça ne serait pas compris par la population de Musikland.
- Et toi, qu'est-ce que tu en penses ?
- Pas grand chose.
- Peut-être que tu aurais préféré que je laisse Sandra Cocotte se faire tuer. Après tout, elle a pris ta place sur les planches."

Daphnée se retourna et lui adressa un regard dur.

"Je crois que des réparations s'imposent de ma part, enchaîna rapidement le Voyageur temporel, les mains levées en signe d'apaisement. Tout à l'heure, j'ai porté de fausses accusations. Je te présente donc mes excuses.
- Je n'ai que faire des excuses d'un Meteor. Savoir que tu t'es lourdement trompé et que tu en as bien conscience suffit à me convaincre que ton espèce de suffisance perpétuelle est entachée."

Lysandre émit un petit rire. La conversation sembla alors s'arrêter ici. Il y eut de fait quelques instants de silence, étranges, durant lesquels le visage du Contrôleur du Temps s'imprégna d'une drôle d'expression. Levant légèrement les bras tout en haussant les épaules, il mit son menton en avant et gonfla ses joues de telle sorte qu'il mimait la surprise et l'expectative.

"Donc... On en a terminé. Tu ne me chasses pas de ta suite à grand renforts de déconsidérations, de dénigrements et d'insultes ?"

Les yeux de Daphnée se perdirent dans l'ombre de ses cheveux tandis qu'elle inclinait la tête vers le bas. Elle lui répondit finalement, d'une voix cassante, sans réellement satisfaire sa question.

"Quel culot tu as eu ! Du début à la fin, malgré mes mises en gardes, mes directives, mes menaces, tu n'en as fait qu'à ta tête ! Tu as donné des ordres à mes hommes, tu m'as filé entre les doigts, tu t'es interposé entre Avril et moi... tu as insulté Barrak !
- Je suis un Meteor, rétorqua-t-il d'un sourire goguenard.
- Oui, tu es un Meteor, mais un Meteor sain d'esprit avouerait-il au nez et à la barbe de plusieurs Seigneurs, princes et princesses de Dreamland qu'il en est un ? Quel genre de feu brûle à l'intérieur de toi ?
- Ce n'est pas la chaleur d'un feu qui brûle. C'est l'urgence du temps qui file."

Sur ces mots, Lysandre franchit d'un pas la distance qui le séparait de sa compagne et posa une main le long de sa joue, sur son cou. Sans préavis, sans préparation, sans coup d'envoi, il pencha la tête et attrapa les lèvres de la Cantatrice entre les siennes. La claque qu'il reçut dans l'instant lui fit violemment tourner la tête.

"Comment oses-tu, Videl !"

Tout sourire, sûr de lui, terriblement insolent, Lysandre remit son visage en face de celui de son interlocutrice, l'attrapa par les hanches et la retourna pour la plaquer à son tour contre le mur. Il saisit à nouveau les lèvres de Daphnée tandis que les siennes s'actionnaient. L'échange dura une seconde ou deux, sans que la jeune femme ne se montre réceptive. Une baffe alla s'écraser sur l'autre joue du Voyageur temporel, dont la tête tourna dans l'autre sens.

"Va-t-en, Videl."

Sans répondre, l'intéressé lâcha les hanches de la Cantatrice et s'empara de ses mains, glissant ses doigts entre les siens pour les emmener plus haut, au niveau de leurs visages respectifs, posés contre le mur. Lysandre, sans jamais se départir de son sourire, plongea ses yeux dans celui de la jeune femme et ne dit rien. Ils restèrent un instant dans le silence, Daphnée soutenant son regard sans plus chercher à se débattre. Dans cette position, ses mains n'étaient plus en mesure d'aller frapper le visage du Contrôleur du Temps, qui se tenait si près d'elle qu'il pouvait percevoir les moindres détails de ses iris de saphir. Finalement, Daphnée détourna le regard vers le bas.

"Arrête... Lysandre..."

Le sourire du jeune homme s'étira, vainqueur, triomphal. Inclinant la tête, il embrassa la Cantatrice. Et, tandis que ses lèvres se mouvaient avec la fièvre du désir qui ne pouvait être plus longtemps réprimé, celles de la jeune femme s'animèrent d'une même exaltation.
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Lysandre Videl
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MessageSujet: Re: Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]   Ven 11 Déc - 11:54

[post hors contexte]








« ... et la nuit glorieuse a failli tourner tourner au cauchemar lorsque les I.D. se sont introduis dans l'enceinte de l'Opéra, dans le sinistre but de faire le maximum de victimes parmi les personnalités les plus importantes rassemblées par le Seigneur Barrak. Daphnée la Cantatrice, directrice de la police du son, a été interrogée quant à l'efficacité du service de sécurité et a déclaré que tous les moyens avaient été mis en oeuvre pour arrêter les terroristes avant qu'ils ne commettent l'irréparable. On déplore toutefois six victimes, trois des acteurs de la pièce, un officier, un ouvreur de salle ainsi qu'un messager. L'efficacité de l'intervention des forces de sécurité aurait néanmoins permis de démanteler le réseau des Indépendantistes Dubstepistes, jusqu'à leur leader, Avril Smith, star de Musikland. Les dernières informations qui nous sont parvenues tendent également à démontrer que le célèbre journaliste Adémard faisait partie du groupuscule terroriste.

Encore sous le choc, on le comprend aisément, par ce qu'ils venaient de vivre, certains invités ont pu confier à nos micros leurs premières impressions. Je vous propose d'écouter, dans l'ordre, les déclarations de Cristobelle, protégée du Maître des Dunes Ocres, et de Lord Chyropterion, mécène et philanthrope.


"J'avais la chance de me situer en hauteur, ce qui m'a permis de sortir de la salle de représentation relativement rapidement. Tout ça visait tout autant le Seigneur Barrak que Cerana Apis, à mon humble avis. Je pense pouvoir parler au nom de mon Seigneur en affirmant que le Maître des Dunes Ocres apporte tout son soutien au Seigneur de la Musique ainsi qu'à la nouvelle Reine de Ruche de Dreamland, et qu'il est prêt à les recevoir dès qu'ils le souhaiteront. Les terroristes ne nous font pas peur, et ce qui s'est passé cette nuit aura prouvé à tous que la musique et l'Opéra ne mourront pas sous l'assaut de quelques fanatiques. Les amis de Barrak et de Cerana sont nombreux, et il demeurera impossible de les atteindre tant que des personnalités telles que mon Seigneur ou de jeunes personnes comme Joy Killamanjiro se dresseront entre eux et leurs assassins. Comment ? Le rôle de Joy Killamanjiro ? J'ai été l'une des premières à arriver sur les lieux, donc je sais ce qui s'est passé, quand bien même je suis arrivée à la fin. Ce garçon, celui-là même qui aura inspiré le Tweanings de la pièce du Seigneur Barrak, a affronté Adémard jusqu'au bout de ses forces, avec une détermination sans faille. Il serait allé jusqu'à mourir pour défendre la princesse des Mots, Lilianna, et c'est bien Adémard qui a trépassé. Je suis impatiente de le voir grandir dans Dreamland."

"Bien sûr, mon balcon se situait sous le balcon d'honneur. J'ai tout vu de mes yeux. Abercrombie... Non, c'est Lysandre Vadel... Videl si ma mémoire ne me fait pas défaut. Il a bondit sur la scène en un éclair, si vite que j'ai d'abord cru à des effets techniques. Comme s'il s'était téléporté, voyez-vous ? Il s'est interposé entre Sandra Cocotte et Infectious Noise. Sans lui elle serait morte, c'est une certitude. J'avais eu l'occasion, me semble-t-il, d'échanger quelques politesses avec lui avant le début de la représentation, l'informant que certains convives faisaient froid dans le dos. Je ne m'attendais pas à être autant dans le vrai, et ce jeune homme a prouvé qu'il était attentif. Cette démonstration impressionnante m'a donné à réfléchir, et je tiens à déclarer à l'intention du Seigneur Barrak que je lui prêterai sans intérêts ni conditions les fonds nécessaires aux réparations des dommages causés par les terroristes. Si un Voyageur peut se dresser face à la terreur pour sauver une icône, nul ne doit ignorer que l'Opéra et Barrak resteront debout envers et contre tout."


Des messages de soutien, qui sans aucun doute réchaufferont les cœurs de ceux qui se sentent encore en insécurité. Je suis Théa Wilde, grande reportrice pour la Dream-TV, et au moment où je vous parle, une nuit seulement après le terrible attentat de l'Opéra, la population de Musikland semble avoir du mal à se remettre de l'événement. Pour vous, en toute solennité, un micro-trottoir qui vous donnera la température.


"Monsieur, comment vous sentez-vous après la nouvelle de l'attentat de l'Opéra ?
- Hein ? Y'a eu un attentat ? Quand ?
- zap -
- Mademoiselle, selon vous comment Barrak a-t-il géré la situation hier soir ?
- Je l'avais dit que ça allait péter ! Et ça a pété ! Voilà ce qui pend au nez des Seigneurs qui attachent plus d'importance aux nantis qu'au petit peuple. Et croyez-moi, ça va pas s'arrêter là.
- zap -
- Messieurs, dame, êtes-vous venu devant l'Opéra pour vous recueillir en l'honneur des victimes ?
- Ouais m'dame. Mon Joe s'est fait tatouer le visage de l'ouvreur de salle sur le torse, pour que jamais personne l'oublie. C'est dur, m'dame, la musique saigne.
- zap -
- Madame, je vois que vous avez en main des prospectus, de quoi s'agit-il ?
- J'ai bien voulu proposer à Barrak de diriger une campagne de communication pour remonter sa cote de popularité après ce qui s'est passé, mais la sécurité m'a encore empêché de l'approcher ! Alors vous savez, à force de se faire refouler, on réagit. Je distribue un avis de réunion pour manifester devant le palais la nuit prochaine. On ne peut pas laisser passer une telle insécurité à Musikland ! Ce sont toujours les petits qui trinquent, au final !
- zap -
- Jeune homme, je vous reconnais, c'est vous qui aviez tenté de passer les barrières hier soir. Regrettez-vous de ne pas y être arrivé après ce qui s'est passé ?
- Bah y'avait pas Désirée alors pas vraiment !
- Que pensez-vous de la sécurité qui vous a roué de coups mais qui a laissé pénétrer les terroristes dans l'enceinte de l'Opéra ?
- Vous savez quand vous aimez les femmes, quelques bleus sont un moindre mal ! Les gars ont fait leur boulot du mieux qu'ils ont pu, j'en suis sûr. Je profite encore de mon passage à la télé pour faire une dédicace à ma Maman que j'aime très fort, place 250 Mezzo représente, big up à tous mes négros. Alors demain soir Snoop Dog, Snoop Doggy Dog ! Alors, qu'est-ce qu'on attend ?"

Voilà pour les premières impressions, une nuit après l'horrible attaque des I.D. sur l'Opéra. Je m'exprime au nom de toute l'équipe du Dreamag pour présenter nos plus sincères condoléances aux victimes. Je vous rends l'antenne. »








***

Lysandre détourna le regard de la télévision et vida d'un trait ce qui restait dans sa pinte musicale. Payant sa consommation au barman, il se leva du bar et quitta l'établissement pour se diriger vers le Swift Tailor. Il s'était endormi en pensant à la fin de la nuit passée, les quelques moments d'intimité partagés avec Daphnée dans sa suite. Il n'avait pas manqué de la contacter dans le monde réel au cours de la journée pour fixer un vrai rendez-vous, l'occasion pour lui de voir quel genre de femme elle était au quotidien. S'éveillant dans Dreamland en plein milieu d'une avenue bondée de Musikland, son premier réflexe avait été de se rendre dans un pub afin de se renseigner sur les conséquences de la nuit d'hier. Comme il s'y était attendu, la nouvelle faisait grand bruit au sein de Musikland. L'avenir seulement dirait si elle se répandrait en dehors.

Lorsqu'il pénétra dans la boutique, la cloche tintinnabula. Derrière le bureau se trouvait un homme âgé, relativement grand bien que légèrement voûté, qui arborait une petite barbe blanche. Il s'agissait vraisemblablement d'un Voyageur, ce qui était plutôt étonnant si l'on considérait ses rides et la couleur de sa chevelure.


Un peu surpris de ne pas retrouver la vieille femme de la veille, Lysandre s'approcha du poste et se présenta en souriant. Son interlocuteur lui rendit le sourire.

"Bonsoir, j'ai déposé mes vêtements ici hier soir.
- Je sais, jeune homme, répondit-il d'une voix un peu rauque mais étrangement familière."

L'homme se pencha sous le comptoir et en tira un paquet, qu'il déposa devant Lysandre. Il plongea ensuite un regard bleu très intense dans ses yeux, que le Contrôleur du Temps eut, de manière assez incompréhensible, du mal à soutenir. Il s'empara du paquet, retira le costume anthracite qu'il portait encore et enfila ses vêtements habituels. Aussitôt, l'absence du badge en forme de piano causa un retour à la normale de son apparence. Son visage retrouva ses traits fins, perdit son léger tapis de barbe, et céda les prunelles d'or au profit de leur bleu habituel. Pliant le costume dans sa besace, Lysandre reporta son attention sur le vieux tailleur.

"Vous remercierez la propriétaire, elle a été adorable avec moi.
- Je n'y manquerai pas."

Le Voyageur temporel prit congé son interlocuteur et tourna les talons en direction de la sortie. Avant qu'il ne pose la main sur la poignée de porte, l'homme l'invectiva:

"Le début, le milieu et la fin. Le début, le milieu et la fin, jeune homme !"

L'intéressé se retourna, la mine contrariée et incrédule, pour voir le vieux Voyageur s'en aller vers l'arrière-boutique. Haussant les épaules pour lui même, le Contrôleur du Temps poussa la porte et quitta les lieux.

***

"Il est plus séduisant que vous.
- Il est aussi bien plus jeune."

La propriétaire du Swift Tailor tira un coup sec sur le bras tendu du vieil homme, retirant de son encastrement ce qui ressemblait à une prothèse. Allant déposer la réplique sur un bureau, elle se retourna pour observer son compagnon s'emparer, à l'aide de son unique bras, d'une grande dague scintillante. Erys, car c'était ainsi qu'il s'était présenté à elle, s'approcha de la créature ligotée à la chaise qui jouxtait le mur du fond. Il écarta deux doigts de la poignée de son arme et retira le bâillon de la bouche du captif. Celui-ci, apparemment calme, jetait des coups d’œils dans toutes les directions.

"Lysandre Videl est parti. Joy Killamanjiro est parti. Tu ne les auras pas. C'est la fin des I.D. Tu es le dernier d'entre eux.
- Je les aurai tous les deux. C'étaient les consignes d'Infectious Noise. "Si Adémard est tué, si je suis tuée, traque les responsables, envoie un message".
- Non, tu ne les auras pas. Jamais. Tu ne tueras pas Joy, je ne le permettrai pas. Et tu n'aurais guère pu que mutiler Lysandre. Daphnée la Cantatrice t'aurait arrêté avant que tu ne fasses mieux.
- Tu parles parfois comme si tu savais tout, vieillard.
- C'est parce que je sais ce qui se serait passé si je ne t'avais pas attaché ici.
- Tu ne sais rien du tout.
- Peu m'importe ton opinion. J'ai néanmoins besoin de connaître encore une chose, qui t'a fourni cette arme ? S'enquit-il en désignant une épée noir obscur qui trônait au fond de la pièce.
- Infectious Noise elle-même.
- Il n'y a donc pas d'autre alternative pour toi.
- Hein ?
- Tais-toi. Il reste une dernière chose à faire, comprends-tu pourquoi ?"

Le captif le regarda d'un air incompréhensif. La propriétaire de la boutique jeta un coup d’œil intrigué sur l'attitude du vieil Erys. Elle vit ce dernier montrer son bras manquant d'un signe de la tête.

"Il me manque toujours quelque chose. Ce qui veut dire que te retenir ici n'aura pas été suffisant."

Le vieil homme se dressa sur ses jambes et passa derrière le prisonnier, qui sembla subitement comprendre où menait cet entretien qui n'était déjà pas à son avantage. Mais avant qu'il ne puisse exprimer sa terreur, la dague cisailla sa gorge sur tout sa largeur. Saigné, la créature émit quelques gargouillis, ses yeux affolés balayant la pièce. Finalement, il rendit son dernier souffle en laissant retomber sa tête sur son torse. Alors se produisit un phénomène extraordinaire, puisqu'une fumée d'argent scintillante émana du moignon d'Erys. Ébahie, la propriétaire contempla les volutes s'étendre sur une longueur de bras. En-dessous, petit à petit, se reconstituèrent à un rythme inégal des os, puis des tissus musculaires, de la chair, un épiderme. Lorsque la fumée fut complètement dissipée, le vieil homme agita son bras recouvré et afficha un sourire de complaisance. Il la tourna le visage vers elle tout en rangeant son arme, et fit quelques pas en direction de la sortie.

"Débarrassez-vous du corps, faites ce que vous voulez de l'arme. Vendez-la, cachez-la, détruisez-la. L'essentiel étant qu'elle entame un nouveau cycle."

Elle acquiesça, fascinée par ce qu'elle venait de voir, et se positionna dans l'encadrement de la porte qui séparait l'arrière-boutique de la boutique elle-même. Elle l'observa partir en silence, consciente qu'elle avait assisté, sans vraiment tout comprendre, à un phénomène rarissime.
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Les planches pourpres : l'Aria de la Ruche [PV Lysandre]
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